Hakubababa, j’en suis bibi !

janvier 14, 2012
De Hakuba Janvier 2012

De retour dans les Alpes du Nord, où plutôt dans leur contreforts, pour la première sortie de ski de l’année. Profitant d’un jour férié, le jour du “passage à l’âge adulte” (成人の日) qui voit tous les jeunes fêtant leur vingt ans dans l’année vêtir leur plus beaux kimono pour aller au temple, nous partons pour un week-end de trois jours organisé par Tokyo Gaijin. Tokyo Gaijin est une sorte d’association visant principalement les étrangers. Comme ils organisent le séjour pour un grand nombre de personnes (~50) ils peuvent bénéficier de réductions qui doivent leur permettre de faire la petite marge nécessaire à leurs opérations tout en nous proposant un prix décent pour de bonnes conditions de transport (bus dédié) et d’hébergement.

Premier bon point, dans notre respectable (comme dans “un âge respectable) ryokan, nous avons un onsen, ce qui nous évite les péripéties de l’an dernier. La temperature de l’eau est même très chaude, je pense que c’est pour éviter que les hôtes ne passent trop de temps dans le bain, créant ainsi l’embouteillage.

Un autre bon point, c’est que nous avons les petits-déjeuner et les dîners compris, ce qui nous évite d’avoir à dévaliser la combini pour nous sustenter.

Mais le mieux, c’est que nous allons skier dans trois stations différentes, et après tout si nous sommes au Japon c’est bien pour voir du pays ! En effet le village d’Hakuba comporte de nombreuses stations, reliés de façon pratique par des navettes gratuites circulant environ toutes les demi-heures. Le point névralgique du réseau, Hakuba Happo Information Center est situé à deux pas de notre hôtel.

Le premier jour nous allons à Tsukaike Kogen (栂池高原). Il s’agit d’une station plutôt petite, que je pense les tout débutants apprécierons particulièrement : le bas de la station est une étendue quasiment horizontale sillonée par quatres télésièges. Je me dis que la station porte bien son nom (Kogen signifie plateau). Les rares pistes noires indiquées sur le plan par contre sont en fait plutôt des pistes rouges qui sont néanmoins bien agréable alors que nous skions sur le blanc velour tombé pendant la nuit. Un bon choix pour ne pas commencer l’année de façon trop brutale.

Au rayon des curiosités, le télésiège avec une seule place, dommage qu’il ait été désaffecté. Puis, alors que je suis tranquillement abrité dans la gondola (c’est le mot anglais/japonais pour les oeufs) je vois arriver, en face, sur le chemin de la descente donc, un vieux monsieur grisonnant et bedonnant qui redescent dans une cabine à toit ouvert. Alors qu’il se rapproche, et le voyant immobile et impassible, je me dis intérieurement qu’il a bien du courage pour ne pas trembler devant l’altitude et le froid dans son costume blanc. Las ! Il s’agit du colonel Sanders (en statue) qui fait de la réclame pour le KFC se trouvant en haut des pistes !

J’arrive à prendre la gondola à 16h18 alors que elle ferme à 16h20. Donc je me retrouve au sommet à 16h40. Et en hiver, au Japon, il fait… …nuit ! Heureusement la plupart des stations propose du ski en nocturne et ont les éclairages adéquats. Au long de la descente, les taches oranges et bleues des lumières altérnées donnent un éclairage féérique à la piste, mais sont de peu de secours en ce qui concerne la vue du relief !

Le deuxième jour, nous voilà en route pour Iwatake (岩岳). C’est également une petite station, qui a une position un peu inhabituelle : la gondola amène directement au sommet, et de là les pistes partent en étoile. Il semblerait que cette station ait les meilleures vues sur le massif environnant (au sommet nous avons une vue à 360°). Dommage, durant les trois jours les nuages bas nous empêchent de contempler le paysage. Enfin nous avons quelques vues sur la vallée, mais aucune sur les montagnes des Alpes du Nord environnantes. Les pistes ont un niveau un peu plus relevé, mais, sans que je sache pourquoi la plupart des pistes noires indiquées sur le plan étaient fermées. L’autre inconvénient de la disposition en étoile c’est d’un point de vue cartographique : il n’est pas évident de représenter cela de façon claire, en conséquence de quoi il n’est pas évident de trouver la bonne piste. Bon faut dire que le -7°C en début de matinée ne donnait pas trop envie de sortir la carte/enlever les gants.

Le troisième jour, nous allons skier à Happo One (八方尾根, il semblerait que “One” n’ait rien à voir avec le d’adjectif numéral anglais). Il s’agit de la station qui a acceuilli les épreuves de vitesse des Jeux Olympiques de Nagano, à savoir la descente et et super-G. La station est la plus grande des trois auxquelles nous sommes allés cette fois-ci, et elle est également légérement plus grande que Hakuba Goryu/47 où nous étions l’an passé. Mais rien de grandiose pour qui est habitué aux immenses domaines des Alpes. D’ailleurs la descente masculine avait fait légérement débat à l’époque des Jeux Olympiques car jugée trop courte par les autorités de la fédération internationale de ski.

La visibilité est réduite à son strict minimum alors que d’énormes flocons tombent sans discontinuer pendant toute la matinée et une bonne partie de l’après-midi. En haut des pistes nous retrouvons quand même les cabanes qui ont servi aux départs de la descente femme et homme. D’où se sont élancés le fortuné Jean-Luc Crétier et l’un peu moins fortuné (pour la descente) Hermann Maier.

Happo semble être la station “sérieuse” de la région : il y a beaucoup moins de pistes pour les débutants, et l’on voit depuis les télésièges un grand nombre d’excellents skieurs dévaller les pistes.

Pour finir, le fait d’être allé dans ces trois stations trois jours d’affilé m’a permis de remarquer un petit détail amusant dans les noms des gondolas de ces différent domaines : à Iwatake, elle est nommée “Noah” (“Noé” en anglais), à Tsugaike, elle est nommée “Eve”, et à Happo, “Adam” !

お正月 (Le nouvel an japonais)

janvier 1, 2012

Bonne année 2012 ! Je profite de la tranquillité des jours fériés du nouvel an pour faire une mise à jour, la première depuis (trop) longtemps…

Nous n’avons pas chômé en cette fin d’année : visite des parents (j’espère toujours en faire un billet), bachotage puis passage du test d’aptitude en japonais (j’espère toujours en faire un billet), recherche d’un nouvel appartement (j’espère toujours en faire un billet), recherche d’un nouveau travail (j’espère toujours en faire un billet)…

De retour au sujet qui nous intéresse : le nouvel an japonais. Si chez nous Noël est plutôt la fête à passer en famille, ici ce n’est qu’une débauche splendide d’illuminations urbaines, sous lesquelles des couples chaudement couverts font des sorties romantiques, tandis que plus loin des hordes de mères-noël sponsorisées par Don Quichotte sèment la terreur dans les discothèques. Le nouvel an me semble avoir un petit peu plus cet aspect familial, même les clubs de Roppongi font recette cette nuit là également.

La première chose, ou plutôt la deuxième, mais on voit juste après que les deux sont liées, qui m’a surpris avec le nouvel an japonais, c’est sa date. C’est quand même une sacrée chance que le nouvel an tombe juste au premier janvier. Une telle coïncidence ne saurait être simplement le fait du hasard : les japonais ont adopté le calendrier grégorien pendant l’ère Meiji, et les festivités du nouvel an ont été décalées du nouvel an de l’ancien calendrier lunaire vers le nouvel an grégorien.

L’autre fait troublant, c’est le nom du nouvel an japonais : oshougatsu (comme écrit dans le titre). Littéralement ça veut dire “le mois juste”, et vu sous cet angle, c’est à nouveau une splendide illustration des difficultés incommensurables que doit affronter tout japonisant en herbe : comment on en arrive à dire “nouvelle année” en utilisant le mot “mois”, et sans utiliser le mot “nouveau”… L’explication est que à l’origine il s’agissait du nouvel an lunaire et que shougatsu était le nom du premier mois de l’ancien calendrier. Il faut dire que j’ai fait une petite cachotterie en taisant que 月 (gatsu) signifie mois, mais également lune.

Dans de telle circonstances, j’en viens à me demander pourquoi le calendrier lunaire a été abandonné pour commencer (même les gaulois en avaient un !).

Petite plongée dans les symboles et les us et coutumes du nouvel an… Pour une vision plus complète, wikipedia sera votre ami. On commence par la préparation : depuis quelques jours nous avions vu apparaître sur les entrées des maisons des décorations faîtes principalement de branches de pin et de bambou (trois de taille inégale, taillés en biseau), avec parfois même des branches de sakura. Il s’agit des kadomatsu (門松), ils se placent par deux, un de chaque côté de l’entrée, et servent officiellement à accueillir le kami (divinité) du nouvel an, et officieusement à montrer son status social : que de différence entre les simples branches de pin scotchées sur le perron de telle gargote et les imposantes compositions se pavanant devant les boutiques huppées de Tokyo Midtown !

Sur la porte on épingle une décoration appelée shimekazari (注連飾り) constituée d’une corde tressée, symbole omniprésent du sacré dans le shinto (que l’on retrouve dans les temples, sur les arbres, à la ceinture du yokozuna) accompagnée des éclairs en papier pliés, mais également d’une farandole d’accessoires (optionnels) à la symbolique absconse (en tous cas pour moi) : du kombu (algue), du pin, de la fougère, de l’orange amère, éventuellement un homard. Mais si vous pensiez vous faire un repas de fête en faisant le tour des shimekazari du coin, sachez que le homard est un postiche en plastique.

Le soir du nouvel an, nous en avions déjà parlé, est dédié au Kohakuutagassen, l’inénarrable émission de variété que j’avais évoquée également l’an dernier. Cette année, la K-pop (musique populaire coréenne par similitude avec la J-pop, musique populaire japonaise) était à l’honneur avec les premières apparitions de “Kara” et “Girl generation” (les groupes coréens à succès imitant les groupes japonais à succès se retrouvent à avoir du succès au Japon où ils sortent des chansons en japonais à succès).

Les AKB48, impératrices des ventes de disques cette année étaient omniprésentes, mais bon il faut dire que elles sont 48 et elles avaient ramené des amies, alors ça faisait beaucoup de monde !

Au sein de l’émission, qui est une institution, certains artistes se distinguent. En particulier Kobayashi Sachiko qui tous les ans (c’est sa 33ème participation) a une robe et un décors somptueusement kitch. Cette année elle s’est faite avaler par un dragon chinois mécanique avant de ressortir sur sa tête. Le dragon ouvrait la bouche de façon synchronisée avec la musique et avait les sourcils et les oreilles qui remuaient.

Le thème de cette année était : “Chanter pour demain”. L’évènement principal de l’année 2011 au Japon est bien entendu le tremblement de terre du 11 mars, ainsi que les ravages du tsunami qui a suivi. Ces difficultés ont pu être surmontées grâce à l’union de la société japonaise, ainsi qu’à l’aide venue des autres pays, et c’est pourquoi le kanji choisi pour être le kanji de l’année 2011 était lien (絆). On sent bien que avec la nouvelle année, les gens ont envie de tourner la page et de retrouver les lendemains qui chantent.

Pour le repas, une tradition est de manger des sobas (pâtes de sarrasin) en soupe, que l’on appelle alors des toshikoshisoba (年越し蕎麦). Il faut manger ces sobas avant la fin de l’année, pour se débarrasser de la fatigue de l’année précédente et avoir une bonne santé (éventuellement financière) pour l’année suivante.

Nous sommes allés au temple Zoujouji (増上寺). Nous n’étions pas les seuls à avoir cette idée : le lieu était comble ! Au temple un grand feu était destiné à brûler les charmes protecteurs de l’an passé… Nous nous empressons d’acheter une nouvelle hama-ya pour être sur que les démons se gardent à distance raisonnable de notre foyer. La cloche sonne 108 coups, symbolisant les 108 désirs terrestres dont il faut se détacher.

A minuit, un lâcher de ballon est organisé, des centaines s’envolent du temple, mais aussi de l’hôtel avoisinant. De l’endroit où nous sommes, nous pouvons également voir la tour de Tokyo qui affiche 2012, la nouvelle année.

Les célébrations ne s’arrêtent pas ici : il est également de bonne augure de porter une attention particulière à toutes les actions que l’on fait pour la première fois dans la nouvelle année. A commencer par le premier lever de soleil (初日の出). Alors que la couverture nuageuse ne nous a pas permis de profiter d’un spectacle extraordinaire, bientôt un autre évènement nous rappelle l’indifférence de la nature : un tremblement de terre d’une magnitude 7, qui malgré l’éloignement a été ressenti fortement à Tokyo. Les réalités géologiques ne changent, hélas, pas aussi facilement que les agendas.

Avec François Fillon vous nous avez vraiment gâtés…

octobre 26, 2011

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.
- J.M. de Hérédia, Les VIEs

19h40, cela fait maintenant quarante minutes que nous sommes debout, serrés en rang d’oignon dans un hall où résonnent les éclats de voix en attendant l’invité de la soirée, que la formulation des emails que nous avions reçu laissait entendre qu’il se présenterait à 19h. Et alors que l’heure tourne, les appétits se creusent, et je commence à me dire que c’est un miracle que personne n’ait encore défailli.

C’est ce moment que choisit l’homme de la soirée pour se propulser sur l’estrade. Son discours commence tout simplement par : “je suis en train de battre un record…” ; je pensais tout naïvement qu’il s’agissait d’une formule alambiquée qui allait éventuellement inclure le mot “retard” et une certaine forme, sinon d’excuse, du moins de compassion. Que nenni ! Le record dont il était question était le record de visites au Japon pour un premier ministre en exercice (3 seulement, mais quand même).

Après notre cher président Chirac, amateur de toutes choses japonaises, voilà un autre de nos élus pris par ce qui ressemble bien à une crise de soleil-levantropisme. Ce que je me demande, c’est quel est leur réponse à la fatidique question : “Mais pourquoi le Japon ?”, qu’on ne manque jamais de vous poser, juste après : “D’où viens-tu ?” et juste avant : “Peux-tu manger du natto ?”. En général, nonobstant une longue histoire d’échanges franco-japonais remontant au moins au XIXème siècle et que je suspecte d’être passée dans l’inconscient collectif français, nous rendant une cible privilégiée du “soft power” japonais sauce XXIème siècle, ma réponse finit toujours par évoquer “Saint Seiya” (le nom japonais des chevaliers du zodiac) ou tout autre dessin-animé donc le club Dorothée nous a gavé lorsque nous étions petits. Mais alors eux, quelle est leur excuse ? C’est que j’en viendrais presque à les imaginer lisant de rares inédits d’”Astro Boy”, importés par un bouquiniste connaisseur des bords de Seine dans les années 60…

Enfin, pour revenir aux choses sérieuses, M. Fillon serait en tournée Corée – Japon pour préparer le futur G20 de Cannes. Son discours, classique, ne peut se passer d’évoquer la catastrophe du 11 mars (il était en visite à Ishinomaki la veille), où il évoque les actions françaises positives (comme l’envoi d’aide humanitaire et d’experts sur les problèmes nucléaires), tout en n’oubliant pas de mentionner (et on finira par le savoir) que notre président fut le premier responsable étranger à visiter le Japon après le désastre. Il a continué sur l’autre sujet d’angoisse existentielle de la communauté française au Japon : le Lycée français. Je n’ai pas suivi toute l’histoire dans les détails, mais cela aurait commencé par un constat d’obsolescence du l’actuel lycée français. Un grand terrain aurait été acheté et un beau lycée construit. Tout cela engendre évidemment des frais qui auraient été remboursés par, selon les calculs, un certain nombre d’élèves au lycée. A la suite de Fukushima, la population expatriée au Japon a quand même diminuée (même si de nombreuses personnes sont revenues, certaines ne l’ont pas fait, a fortiori celles qui ont des enfants), ce qui met maintenant tout le plan de nouveau lycée en péril.

L’exercice est un peu différent de chez Eva Joly, car étant venu dans le cadre de son mandat, il semble ne pas pouvoir ou vouloir aborder directement le thème des échéances électorales de l’an prochain. Tout juste aura-t-il évoqué les législatives du bout des lèvres (notre ministre des transports qui a été parachuté dans la circonscription Asie-Océanie, l’accompagnait), mais pas un mot sur la présidentielle, qui était quand même imprimée en filigrane dans la suite de son allocution sur la résolution de la crise de l’euro et le pilotage de l’économie mondiale.

En effet, il s’est occupé à dresser un portrait valorisant de l’action gouvernementale, tantôt sur la volonté politique qui est nécessaire pour assurer la survie de la zone Euro face à “l’attaque des spéculateurs”, tantôt sur la rigueur budgétaire qui sera désormais nécessaire, en commençant par le budget 2012 qui serait, toujours selon lui, l’un des plus serré depuis 1946…

Une fois le discours fini, nous avons eu le droit à une Marseillaise sotto-voce, à la fin de laquelle le public s’est divisé en deux camps : une (petite) partie s’est ruée vers le premier Ministre pour serrage de main, tandis que la majorité se précipitait sur le buffet. Je pense en effet que le message de M. Fillon sur la fin du gaspillage budgétaire est parfaitement passé, et que l’assemblée entière a décidé de se pencher sur cet épineux problème. Mais l’on ne peut pas réfléchir le ventre creux, peut-on ? Alors autant commencer par se goinfrer de petits-fours (assortis de maki-sushi, ça s’appelle la cuisine fusion et c’est à la mode) et se gorger de champagne.

C’est accompagné par le tintement des flûtes que commence le brouhaha général, alors que se forment les premiers “groupes de réflexion”. Les moins chanceux avec le buffet sont les capitaines d’industrie et autres managers de haut niveau qui sont contraints de se consacrer à entretenir leur réseau, et n’ont pas le temps de jouer des coudes en quête de sustentation. A l’opposé du spectre, les piques-assiettes, euh… je veux dire les VIEs. Certains n’ont toujours pas vraiment compris ce qu’ils font là, mais ont bien réalisé que nourriture et boisson seront en quantités limitées, et sont décidés à ne pas en perdre une miette. Puis, flottant au milieu des fracas de la fête comme des fleurs de lotus, quelques japonaises en robes de soirée. Chez certaines l’air absent n’est pas dû à l’excès de fines bulles, mais à la détresse passagère, voire très passagère, d’avoir égaré leur cavalier.

On retrouve nécessairement des têtes connues : avec entre cinq-mille et dix-mille français à Tokyo, d’un pur point de vue national, nous ne sommes jamais qu’un gros village gaulois dont tous les habitants partagent les mêmes rêves (e.g. un camembert à moins de 13 euros). Pouvoir se retrouver pour en parler autour du fameux verre de l’amitié ne gâte rien. Au retour au pays, il ne restera plus qu’à trouver l’ambassade de France en France (quoiqu’à la réflexion les chouquettes à la salle des fêtes de la mairie ça le fera aussi !).

La bonne humeur est de mise et certains s’improvisent tribun, prenant des photos souvenir sur l’estrade où le pupitre est resté en place (grâce au ciel les hôtes de la soirée ont pensé à désactiver le micro). Un peu de tenue que diable, il ne manquerait plus que quelqu’un aille se baigner dans la piscine de M. l’Ambassadeur !

Pour finir, alors que le vin s’est tari, l’on se met au frais dans les splendides jardins japonais de l’ambassade (que j’avais déjà découverts le 14 juillet 2006). Dans la nuit douce à souhait, seules les stridulations du suzumushi (鈴虫, grillon japonais) nous rappellent à l’automne.

C’est du Joly !

octobre 20, 2011

L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons !
- Lamartine

Un peu honteux, je cède à la facilité en enfreignant la règle : “pas de jeux de mots sur les noms de famille”. Tout ça pour introduire un post un peu aléatoire sur la visite de Mme. Joly à Tokyo qui a reçu les français de l’étranger dans la salle de réception de l’hôtel Monterey près de Hanzomon avec jus de fruits et gâteaux de riz à l’oeuil (ce n’est pas pour insister sur le fait que je suis un pique-assiette, mais plutôt pour me dédouaner de ma présence à une réunion politico-électorale).

Parmi les sujets de conversation des expatriés (ou à destination des expatriés), la présentation de la candidate des verts aux élections législatives : les français de l’étranger auront à partir de l’année prochaine 11 députés à élire, le monde étant divisé en autant de circonspections (sic, mesquin, promis après ça j’arrête) regroupant chacune ~100000 électeurs. Celle qui concerne le Japon englobe une “toute petite zone” comprenant toute l’Asie et l’Océanie soit plus de quarante pays (si vous vous demandez où sont les autres circonscriptions, disons que l’Europe de l’Amérique du Nord sont beaucoup plus densément peuplées en français).

L’occasion aussi de présenter son programme en insistant particulièrement sur deux points qui touchent la population locale. Premièrement la double nationalité dont elle se fait la championne (le contraire eût été étonnant), ainsi que l’amélioration des conditions d’accueil des étrangers… Toujours bien reçu au Japon, je n’ai jamais imaginé que l’on puisse être mal reçu en France ; j’ai pourtant eu des échos récents que ce serait le cas ! La bi-nationalité ainsi que les échanges entre pays seraient une richesse : je ne peux que plussoyer, tenant de source sûre qu’on pourrait même en naître, c’est dire…

Le deuxième point : la sortie du nucléaire. Devant un parterre de gens contraints de vérifier la provenance de leurs légumes, et qui ont un compteur geiger à la sortie de leur robinet d’eau potable, il n’est pas trop dur de gagner des points de ce côté là.

Ayant un jour dormi pendant 18 heures d’affilée après un retour au Japon, je comprends la fatigue du décalage horaire. Intarissable sur la sortie du nucléaire, elle fut plutôt intraitable en ce qui concerne les “grandes-écoles”. Népotisme, reproduction des élites arrogantes, voilà le résultat de ces machines infernales (qui n’existent pas en Norvège qui trouve pourtant des élites pour diriger) et qu’il faut rapidement réformer ou supprimer. A 68 ans, elle ne changera pas d’avis nous prévient-elle, et “vous verrez ce que vous en penserez dans 40 ans”.

Ce n’était pas dans quarante ans, mais plutôt il y a dix ans. A Milly ; un village quelque part en France qu’a posteriori je me demande comment nous avons fait pour trouver sans GPS ; devant une vieille maison qu’on m’a dit être celle de Lamartine ; un vieux monsieur qui était l’actuel propriétaire des lieux et qui aurait aussi bien pu avoir 68 ans, quoique à l’âge que j’avais toute personne au-delà de 50 ans devait m’en paraître 80, m’a dit que les classes préparatoires étaient une merveilleuse école de travail et de rigueur. Je crois que j’ai alors pensé que quelqu’un qui vivait dans la maison de Lamartine ne pouvait pas complètement se tromper, et cela a achevé de me convaincre de faire MP…

Il “Kai” au Komagatake

octobre 12, 2011
De Kaikomagatake&Senjougatake

Le Japon est un pays avec de nombreux jours fériés, et qui applique la règle bonus (qui me semble être un minimum dans tout pays dit civilisé) qui reporte le jour férié au lundi lorsqu’il tombe un dimanche. Mais toutes les bonnes choses doivent avoir une fin, ainsi, pour le l’avant dernier week-end de trois jour de l’année (le dernier étant le 23-25 décembre pour l’anniversaire de l’empereur) et mon anniversaire, je décide de m’offrir une tournée d’au revoir dans les Alpes du Sud.

M’étant préparé un programme plutôt chargé, et afin de bénéficier d’une longue première journée, je dois prendre le bus à quatre heures du matin à Kofu. Le meilleur train pour y être à temps, mais quand même pas trop tôt, répond au poétique nom de “Moonlight Shinshu” (ムーライト信州, clair de lune pour Shinshu). La locomotive est un ancien modèle de motrice pour les Azusa je crois, elle a la même forme bossue caractéristique. Départ 23h54 de Shinjuku, arrivée 2h21 à Kofu.

Sous le regard bienfaisant de Takeda, hormis quelques oiseaux de nuit qui papillonnent autour des izakayas et Yoshinoya ouvertes 24/24, la gare de Kofu appartient aux randonneurs. Ils dorment ça et là dans leurs sacs de couchage, certains bouquinent, d’autres errent hébétés, visiblement soucieux de ne pas perdre leur place dans la file d’attente qui commence à se former pour le bus, d’autres encore vont à la combini faire des recharges de boulettes de riz et de boisson. Ayant du temps à tuer, j’y vais acheter mon petit-déjeuner ; il n’y a alors qu’un seul employé, plus affairé que je ne l’aurais cru : il doit préparer la journée à venir (déballer les magazines, etc…).

C’est alors que je me souviens de ce blog d’un randonneur japonais qui relatait sa nuit à Kofu et comment il n’avait pu trouver de bière à biberonner avant de se coucher dans les combini proches de la gare. Pas de bière dans une combini, voilà une affirmation qui semble difficile à croire et qui demande vérification ! Cherchant vainement la bière introuvable, aux rayon de spiritueux, mon regard s’arrête sur un vin au nom français : “Mon cher vin”. Le dessin de l’étiquette attire autant l’attention que le nom du vin, car il représente le Matterhorn. Le nom allemand (qui est aussi utilisé en japonais) de la montagne me vient à l’esprit m’empêchant de réaliser sur le moment le calembour. Une explication de l’absence de bière en vente serait-elle que les vignobles de Kofu, qui est une des capitales du vin japonais, auraient complètement noyauté le réseau de distribution ? Quoiqu’il en soit, un vin au nom français et à l’étiquette représentant cette montagne emblématique est une rareté. Du coup j’en ai acheté une bouteille au retour, on verra ce que cela donne !

Ce seront finalement trois (!) bus qui partiront vers Hirokawahara ce matin à quatre heures. Serrés comme des sardines avec nos gros sacs à dos, le sommeil sera long à venir.

Pyramide aux reflets blancs légèrement à l’écart des autres sommets des Alpes du Sud, le Kaikomagatake (甲斐駒ケ岳, 2967m) est souvent décrit comme un des plus beaux sommets du Japon. Il m’avait tapé dans l’oeil lorsque je l’avais vu pour la première fois lors de notre promenade au sommet du Houousanzan, et je m’étais promis d’y aller faire un tour…

Ensommeillé ; fourbu d’une montée solitaire dans une forêt peuplée de bruits bestiaux que pour me rassurer j’imaginais être les appels de la chèvre barbue plutôt que les cris de l’ours au croissant de lune ; le sac alourdi par le chemin sur la crête entre Hirokawaharatoge (広河原峠) et Sensuitoge (仙水峠) dont le relief, contrairement à la beauté, connaît des hauts et des bas ; frissonnant dans le vent d’octobre ; le sommet qui me toise désormais de quelques 800 mètres de dénivelé paraît désormais vaguement menaçant… et inaccessible ! Trop heureux de mettre ma retraite sur le dos d’un petit coup de froid d’entre deux saisons, je fonce vers le proche refuge de Sensuigoya (仙水小屋) et la sieste qui m’est promise, remettant l’ascension au lendemain.

Les joies de la montagne en automne ! Plus au nord certaines montagnes ont déjà commencé à se vêtir de leur cape de neige. Ici, elle ne devrait pas trop tarder. Les signes ne trompent pas : la nuit la température descend proche de zéro, les bananes sont à moitié givrées dans le sac, les snickers sont durs comme des croquettes. Enfin, à quelque chose malheur est bon : la tente peut rester grande ouverte, il n’y a plus un moustique dans le ciel !

Pour mon anniversaire monsieur météo m’a fait cadeau d’une magnifique journée. La marche commence un peu avant cinq heures sous les étoiles, le soleil ne se levant “que” à six heures moins le quart. C’est une forêt peuplée de flaques de soleil qui m’attend après Sensuitoge, puis une ligne de crête pour qui aboutit à de gros rochers qu’il faut grimper à quatre-pattes. Pour ceux que ce genre d’exercice rebute, il existe un chemin qui contourne sur la droite passant dans les blanches sablières qui donnent à la montagne son aspect caractéristique rappelant le Houousanzan.

C’est à ce moment là que je croise, descendant d’un pas allègre, un certain anglais. Je le reconnais à son sac dont il parle longuement dans la section matériel de son blog que j’avais trouvé alors que je cherchais à m’équiper. Amoureux des montagnes japonaises qu’il fréquente en toutes saisons, ses textes et ses photos poussent à l’humilité. Par contre je déduis de son sourire et du joyeux “konnichiwa” qu’il m’adresse, que soit il ne s’intéresse pas au rugby, soit il n’était pas au courant du résultat de la veille !

Puisque pour compenser ma faiblesse de la veille j’avais décidé de gravir à la fois le Kaikomagatake et le Senjougatake (仙丈ケ岳, 3032m) dans la journée, je ne m’éternise pas au sommet, et je redescends tranquillement vers Kitazawatoge (北沢峠), le col entre ces deux montagnes. Week-end de trois jours oblige, le refuge de Kitazawakomasengoya (北沢駒仙小屋) est complet, mais il reste encore des places au grand camping d’une centaine de tentes. J’y monte ma tente pour alléger le sac avant de repartir. Par contre, le camping est placé au seul endroit dégagé des environs : la grève d’un petit cours d’eau. Un vrai casse tête pour trouver un petit peu de terre où planter les sardines entre les galets.

Débarrassé du poids du matériel de camping, tel Sangoku sans la carapace de tortue, je repars d’un pas léger vers le sommet du Senjougatake, divisant par deux le temps de la carte dans la forêt. Mais plus haut, la fatigue commence à se faire sentir, les jambes à me faire remarquer que c’est un peu plus de dénivelé que ce à quoi elles avaient été habituées. Et avec les jambes, le coeur aussi commence à se faire lourd alors qu’approche la fin de cette dernière randonnée dans les Alpes japonaises.

C’est mon anniversaire alors, un peu égoïstement, un peu follement, j’ai envie de croire aux improbables causalités. Qu’un laborieux kami l’avait noté dans son agenda, que si le regard porte si loin, c’est pour que ces montagnes puissent me faire leur petit adieu. Toutes sont au rendez-vous : au sud le Fujisan domine les nuages, tête et épaules, avec une nonchalance étudiée ; les trois bouddhas du Houousanzan veillent aux destinées des randonneurs ; le Kitadake assume tranquillement sa situation de pater familias ; le Kaikomagatake en vis-à-vis me permet de mesurer le chemin parcouru ; et, au nord, prêts à se retirer dans une brume ensoleillée, les massifs des Hotaka et la pointe du Yari font un dernier coucou. Je reste au sommet jusqu’à ce qu’elles aient toutes disparues dans la brume montante de fin d’après-midi.

Il est facile de tomber dans les pièges de l’automne. Le lendemain, alors que je regagne Hirokawahara à pied par la vallée, les feuilles tombantes arrachées par le vent frais me semblent autant de déchirures, autant de sanglots. Mais alors, au détour du chemin, j’assiste émerveillé à l’envol des graines de chardon dans la lumière rasante du soleil levant, comme autant de promesses pour l’avenir.

Have some spear time? On se lance : 槍ました!

septembre 27, 2011
De Yarigatake&Okuhotakadake

Yama-girl : Jamais je n’aurais imaginé de lieu aussi enchanteur sinon dans mes rêves.
Petit-ami de Yama-girl : Imagine plutôt un moyen de nous faire traverser la Daikiretto.

Je n’ai pas révisé le kanji pour Yarigatake (槍ヶ岳), encore moins pour Okuhotakadake (奥穂高岳). Qu’a cela ne tienne, je cède à la facilité et me décide pour les romajis. De toutes façons, au dos de la feuille d’itinéraire que je m’apprête à glisser dans la boîte, tout y est sous forme de schéma. Et si l’on m’a dit que quelques japonais ne savaient pas lire l’alphabet latin, dans le manga Gaku, Sanpo parle quasi-couramment anglais, donc pas de soucis de ce côté là.

A voté, mon devoir est fait. Six heures tout juste passées, une nuit passée dans un autobus, de retour à Kamikochi après quatre ans, pas de typhon en vue – le numéro quinze s’étant éclipsé la veille apportant le soleil et une vague de froid -, il est plus que temps de se dégourdir les jambes. Cette première journée s’annonce d’ailleurs prometteuse à ce regard, une petite vingtaine de kilomètres de long et 1500 mètres de dénivelée positive bien concentrés à la fin.

Doucement alors que je chemine le long de la rivière Azusagawa (梓川) me reviennent les images de mon escale précédente. Je n’étais préparé pour la randonnée et j’avais du me contenter d’un petit tour et des photos prises d’en-bas. Petite vengeance donc alors que j’arrive au bout des terrains connus et prend résolument le chemin des montagnes. De nombreuses personnes ont d’ailleurs choisi ce week-end de trois jours pour faire de même. Leur nombre diminue à Yokoo (横尾) où beaucoup bifurquent pour rejoindre le populaire terrain de camping de Karasawa, tandis que ceux qui se dirigent vers le Yari s’enfoncent vers le fond de la vallée.

Lorsque la rivière se perd en affluents, nous bifurquons sur la gauche suivant une combe où chante un petit torrent. La forêt s’éclaircit peu à peu. Les feuilles ne changent pas encore de couleur, et à part la fraîcheur ambiante, seuls les fruits rouges des viornes nous rappellent que nous sommes en automne. Le paysage est bien entendu splendide, mais notre destination ne se fait toujours pas visible. Ce n’est qu’au refuge de Yarisawa (槍沢) qu’une lunette astucieusement placée nous permet de découvrir le petit triangle noir du Yarigatake, la Lance.

A cause de sa forme caractéristique, le Yarigatake est parfois surnommé le “Cervin du Japon”. Comparer le Yari au Cervin, c’est un peu comme comparer Kamikochi à Chamonix, où les Alpes japonaises aux Alpes européennes (comme on les appelle ici) : hors de proportions. Mais il est vrai que l’on se sent quand même un peu au pays, et on tombe facilement sous le charme de ce lieu popularisé par le révérend Weston. Cinquième montagne du Japon par l’altitude (3180 mètres), le Yari est un peu le chouchou des montagnards et des randonneurs.

Passé ce premier refuge, les choses se compliquent : il reste l’essentiel de la montée, dans un pierrier qui se fait de plus en plus pentu, alors que les lacets du chemin se font de plus en plus courts, et que ce fichu triangle ne semble se rapprocher qu’à la marge ! Au deux tiers, je me fais gentiment dépasser par une yama-girl dont le rythme de marche ne faiblit pas : ça doit être le sac à dos Arc’teryx et la veste en gore-tex.

Arrivé enfin au refuge, une centaine de mètres en deçà du sommet, voilà l’arrivée de la purée de pois, et en même temps que le nuage, le vent, les frimas. Heureusement, je ne dormirai pas dans la tente ce soir : j’ai décidé de faire le voyage en refuge, même si cela implique de dépenser des sommes indues (9000 yens) pour le futon et les deux repas. En voyant la fréquentation du jour, je n’ose imaginer le chiffre d’affaire de ce refuge qui compte jusqu’à 650 places !

Tandis que j’essaie désespérément de faire chauffer des pâtes pour le repas de midi, un solitaire flocon de neige se détache du brouillard pour venir se poser sur la table. J’apprends plus tard que le même jour de la neige est tombée au sommet du mont Fuji. Dans ces conditions (non non, ce n’est pas la fatigue), j’attends le lendemain pour monter au sommet, d’autant que la météo prévoit un jour radieux pour samedi, sur l’ensemble du Japon.

Après un succulent repas du soir, petit péché-mignon, des japonais allument la télé dans la bibliothèque pour regarder les prévisions météo, et nous tombons sur le sumo (oui nous avons dîné à 5 heures). C’est l’antépénultième jour du tournoi et Hakuho fait la course en tête suivi d’un point par Kotoshogiku (de la même “écurie” que Kotooshu qui est forfait sur blessure au milieu du tournoi). Ils s’affrontent d’ailleurs aujourd’hui.

Lors de ce dernier combat de la journée, Kotoshogiku s’empare fermement du mawashi de son adversaire et le porte à l’extérieur du ring ! Les zabutons volent et voilà le japonais à égalité de points avec le Yokozuna, ce qui arrache quelques cris de satisfaction dans la salle (les deux derniers jours du tournoi, finalement remporté par Hakuho ne seront pas négatifs pour Kotoshogiku qui vainc Harumafuji et obtient suffisamment de victoires pour pouvoir prétendre au rang d’Ozeki et replacer le Japon dans l’élite de ce sport).

Samedi 4h30, il est l’heure de se lever. C’est l’avantage de l’automne sur l’été : le soleil se levant une heure plus tard, ça fait toujours une heure de sommeil en plus ! J’ai décidé de prendre les petit-déjeuners au refuge pour avoir moins à porter (concessions, concessions…), même si ça veut dire rater le lever de soleil du sommet. Je vois d’ailleurs les lueurs des frontales qui grimpent tandis que je descend vers le réfectoire des fenêtres duquel je vois l’horizon s’embraser derrière le Fujisan qui, s’il garde sa prestance entière, est réduit d’ici à une taille ridicule.

Je ne sais pas pourquoi j’avais imaginé échapper au poisson dès potron-minet. Enfin je me console avec, comme au dîner, riz blanc et soupe miso a volonté (ça n’ira pas en s’améliorant, et le poisson n’était en fait pas le pire, c’étaient des petites boules vertes qui n’ont réussit à ne me faire penser à rien d’autre qu’à des crottes de nez d’Hulk).

Ce “festin” est rapidement englouti, d’autant que je résiste plus à la tentation de sortir me baigner dans la lumière du jour naissant, même si cela implique d’affronter le froid. Mon ardeur à partir grimper l’éperon rocheux est tout de suite tempérée par, eh bien, ce qu’il convient d’appeler une file d’attente. Cela permet quand même de faire quelques photos et de regarder la foule alentour. Je n’ai pas forcément l’air malin avec ma veste de ski quand ils ont tous les combinaisons gore-tex dernier cri, mais mes gants de ski sont eux par contre du plus bel effet : certains ont des gants de déménageur (en fait je crois que c’est juste le gant générique au Japon) et ceux qui ont des choses un peu plus stylées façon mitaines ont le bout des doigts tout rouges.

Pour éviter les trop gros bouchons, il y a un chemin pour monter et un chemin pour descendre. Au sommet, on se bouscule. Je suspecte que la taille du ring de sumo ait été décidée d’après la surface du sommet de cette montagne. Je ne résiste pas à faire un petit panorama (youtube). Il semblerait qu’une fraction non négligeable des 50000 personnes (dont 1500 gaijins) qui se rendraient annuellement au sommet aient décidé de le faire aujourd’hui.

Le reste du programme de ce samedi, qui n’aura pas connu un nuage pour venir troubler le ciel bleu, est une longue ligne de crête restant en permanence aux alentours des 3000 mètres, sauf au lieu-dit la Daikiretto (大キレット, grande coupure), une trouée de quelques centaines de mètres de dénivelée dans la ligne de crête. Ce chemin est bien connu pour être quelque peu aérien, et il demande de bonnes conditions météo ainsi que le pied sur pour être passé en toute sérénité. Plus que les chaînes et les échelles, ce sont les chutes de pierres qui me semblent menaçantes, et plusieurs japonais sont venus avec leurs casques en état de cause. Ici aussi des bouchons se profilent au passages difficiles où la circulation est parfois alternée, mais rien de tel que le paysage grandiose pour prendre son mal en patience.

Peu à peu se dévoile le cirque des monts Hotaka. En contrebas les toits rouges des deux refuges ainsi que l’éclatement de couleur des tentes de Karasawa. Plusieurs sommets portent le nom de Hotakadake. Le Okuhotakadake (奥穂高岳) les commande tous, et comme un bon général se tient en retrait, protégé par le Kitahotakadake (北穂高岳) au nord, le Nishihotakadake (西穂高岳) à l’ouest et le Maehotakadake (前穂高岳) … par devant. Si cela ne suffisait pas, le Okuho (comme le surnomment les intimes) bénéficie même d’un jandarumu (ジャンダルム, la magie des katakana) pour sa protection rapprochée. Étrange impression que de devoir passer par le Japon pour apprendre la signification (alternative il est vrai) d’un mot français ! Mon favori est le Maeho, à contre-jour la majeure partie de la matinée, qui, avec sa traîne de sommet secondaires à l’altitude décroissante, fait penser à quelque titan s’arrachant à sa terre originelle.

Le Kitaho marque la fin de la Daikiretto, mais le long de la ligne de crête, il reste encore un peu de sport pour arriver au Karasawadake, sommet intermédiaire avant le refuge Hotakadakesansou (穂高岳山荘). Mon itinéraire est parti de la région la plus éloignée de Kamikochi pour s’en rapprocher. Avec la proximité du terminal de bus augmente la population. La fille de la réception – un grand nombre de refuge engagent une armée de filles dans leur vingtaine – me décrit tout de go le film de la soirée : “un futon pour deux”. Les refuges ne refusant personne, quand il y a foule, on empile. Je ne sais pas si c’est de la paranoïa, et je n’ai aucune idée de ce que peut rendre la combinaison montagne et séisme, mais je ne voudrais vraisemblablement pas vivre le “Big One” dans un refuge en pierre, accroché sur un col étroit à 3000 mètres, et double charge de randonneurs.

Le dîner ne me donne pas grande confiance pour la suite. J’ai eu le poisson dès le soir, que vont-ils inventer pour le petit déjeuner ? Enfin, je fais la fine bouche rétrospectivement, mais j’étais alors trop content de me jeter sur tout ce qui pouvait servir de carburant. Et le soir venu, la situation est moins pire qu’attendue, nous sommes à cinq futons pour huit : le luxe ! Je dors à cheval sur deux, et je fais bientôt mon trou jusqu’au tatami originel. S’il faut un point positif, nous n’avons pas froid !

Trois heures du matin à peine passées, la moitié de la chambrée se lève, dont mon voisin. Chic ! Je vais avoir un futon entier pour la dernière heure de sommeil. Las, à peine ai-je commencé à réclamer l’espace que je le vois revenir, il ne s’agissait vraisemblablement que d’une pause technique…

Comme hier, le petit-déjeuner ne me retient pas au réfectoire trop longtemps. Pas de petites boules vertes cette fois-ci, mais une substance blanche gluante (j’ai reconnu au premier coup d’oeil le plat dont les japonais doivent faire leur délice), et un oeuf cru qu’ils versent dans leur riz. En voyage culturel, je m’efforce de goûter aux spécialités du cru (c’est vraiment le cas de le dire) ; avant une marche, je préfère n’ingérer que ce que je suis sûr de digérer.

Je ne me suis dépéché que pour mieux tomber dans les embouteillages. Le Okuhotakadake, troisième montagne du Japon avec 3190 mètres, est très convoité ce matin. Nous prenons notre mal en patience en regardant le soleil levant découper le Jounendake (常念岳) en ombres chinoises. En cette saison avancée, les pipkrake font office de fleurs des Alpes, leur frêle structures de glace ajoutent une touche de féerie aux bordures des chemins.

Au sommet, deux petits promontoires de pierres, dont il se dit qu’ils ont été érigés par les locaux afin que le sommet puisse surpasser de la plus petite des marges le Ainodake dans les alpes du sud. Sur l’un, une table d’observation, sur l’autre, à l’instar du Yari, un petit temple devant lequel on fait la queue pour pouvoir se faire prendre en photographie avec un panneau annonçant l’altitude.

L’arête se poursuit vers le Nishiho et le Jandarumu, où quelques randonneurs matinaux font le show. Je suis tenté d’aller aussi y faire un tour, mais un bouchon qui se dessine sur cette partie un peu technique me fait changer d’avis. En route vers le Maeho, tour noire dans le contre-jour et ses multiples sommets, dernière étape avant le long retour vers Kamikochi.

Après une courte descente, il est offert un choix cornélien au randonneur aux jambes lourdes : faire l’aller-retour vers le sommet du Maeho qui n’est au final qu’un objectif secondaire, où continuer à descendre comme si de rien n’était… La montée vaut vraiment le coup, déjà parce qu’il s’agit encore une fois de crapahuter dans les rochers, et ensuite parce que du sommet on a une vue imprenable sur cette partie de la chaîne de montagne, et entre autre sur le chemin parcouru en trois jours. Si bien que je n’ai pas résisté à faire une petite vidéo (youtube).

En descendant je suis ému de croiser un petit grand-père qui m’avait demandé de le photographier en face du refuge au Yarigatake, ce qui me semble maintenant une vie avant. Redescendu au col, j’entends le bruit d’un hélicoptère qui vient survoler en vol stationnaire le sommet. Nous sommes tous inquiets d’un accident, mais finalement l’hélicoptère se remet en mouvement sans que rien de plus ne se soit passé : il ne devait s’agir que d’une patrouille de routine.

Il est temps de redescendre dans la vallée. A mi-chemin est marqué sur la carte “le point de vue du Kamoshika” (カモシカの立場). Je m’y attarde un peu, scrutant chaque combe d’où retenti le son caverneux de chutes de pierres : aucun signe de la chèvre barbue, je vais vraiment finir par croire qu’il s’agit d’un mythe !

Magma Climber

septembre 21, 2011
De Fujisan

J’ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
- Baudelaire

Près du lac Saiko, sous la “mer d’arbre” d’Aokigahara, se cache un dédale de sous-terrains, grottes formées par la lave suite aux éruptions successives du mont Fuji. Trois d’entre elles sont bien connues par les touristes : la grotte aux chauves-souris, la grotte du vent et la grotte des glaces. Mais lorsque nous entrons dans la première, après un petit chemin aménagé dans la forêt, nous sommes saisis par une impression de déjà-vu, comme si nous connaissions ce lieu d’une vie antérieure.

Il est vrai que nous avions déjà visité auparavant la région des cinq-lac du mont Fuji. C’était au printemps, il faisait froid et nous nous étions réchauffés en sirotant un amazake tout en regardant le yabusame (tir à l’arc à cheval). Aurions-nous déjà visité cette grotte à cette occasion ? La sensation se fait plus forte, mais aucun souvenir ne se forme de façon définitive. Et après avoir poussé jusqu’à la grotte du vent, évitant la grotte des glaces devant laquelle se formait une file d’attente de plus d’une heure et demie, dans une vaine tentative de souffler sur les braises de nos mémoires, nous sommes obligés de constater que ces grottes n’ont pas vraiment grand chose de mémorable !

Plus loin à l’ouest, plus isolés, moins facilement accessibles, se cachent les lacs Shoji et Motosu. Ils commandent des vues intéressantes sur le mont Fuji. Le paysage de la montagne sacrée se réfléchissant dans le lac Motosu a d’ailleurs été choisi pour illustrer le verso du billet de milles yens. Le temps est splendide, nous admirons à loisir le cratère sommital que nous nous proposons de gravir le lendemain.

3h45, il est l’heure de se lever, plier la tente et prendre la direction de la Fuji Subaru Line, route payante qui nous conduit des lacs à la cinquième station à 2300 mètres. L’ascension du mont Fuji est divisée en plusieurs stations, régulièrement espacées sur les flancs de la montagne, et ce pour tous les chemins qui montent au sommet. Nous empruntons l’historique chemin Yoshida, et à partir de la cinquième station, la plus haute accessible en voiture par le grand public, on trouve à chaque station des refuges qui permettent pendant la courte saison officielle de se reposer et se restaurer moyennant finances. Les puristes eux commenceront au temple Sengen dans la ville de Fuji Kawaguchiko, point de départ des pèlerins du temps jadis qui double la durée de la balade. Nous n’en avons ni le temps ni la force.

Depuis la route, le Fuji nous surplombe de toute sa majesté. Sa forme sombre se découpe dans la nuit étoilée, tandis que les lumières des différentes stations nous permettent de deviner le chemin. Ayant légèrement sous-estimé le temps qu’il nous faudrait pour arriver à la cinquième station, nous sommes contraints de regarder le lever de soleil depuis l’intérieur de la voiture alors que nous roulons sur la route en épingles. De nombreuses personnes font la montée de nuit pour voir le lever de soleil du sommet, j’ai une pensée satisfaite pour eux alors que le ciel est largement dégagé. D’ailleurs une fois arrivés nous pouvons profiter de la vue notamment sur le Yatsugatake mais également sur le Houousanzan et les alpes du sud, Kitadake en tête.

5h30, nous commençons à marcher sur un chemin qui est au départ plat, voire descendant, dans la forêt, vers la sixième station. A partir de là, commencent les zigzags sur un sol nu de roches volcaniques. Contrairement à d’autres montagnes où tantôt les arbres bouchent la vue, tantôt un petit sommet masque le but à atteindre, ici tout est clair depuis le début : les lac Yamanaka et Kawaguchi endormis dans la vallée, et la haut le bord du cratère.

La saison officielle étant fermée, dans les refuges que nous croisons, les responsables sont affairés à faire le grand nettoyage d’automne, drôle de spectacle que de voir les futons étendus à l’extérieur au milieu de cette lande désertique (mais pas désertée, le mois de septembre étant encore populaire pour les randonneurs, même si leur nombre est sans commune mesure avec l’été).

Vers 3300 mètres, la marche prend un aspect légèrement différent. Il fait froid et un vent à déchapeauter les randonneurs s’est levé. Nous voyons maintenant clairement les toris qui désignent le sommet. L’oxygène se fait légèrement plus rare, aussi il vaut mieux marcher à son rythme et bien se restaurer, sous peine d’avoir un petit peu la tête qui tourne. Et bien entendu, alors que nous approchons du sommet, le ciel clair jusque là se trouble de nuages !

9h45, nous passons sous le tori entre les deux lions qui désignent l’arrivée au sommet. Nous ne sommes pas surpris par la température d’environ 5 degrés car nous étions prévenus par de nombreux retours d’expérience. Le vent était lui aussi terrible, et nous n’étions par du tout mécontent d’avoir emporté les vestes et gants… de ski. Ce devrait être un reflexe en montagne, mais juste au cas où, le froid et l’altitude ne dispensent pas de mettre de la crème solaire, au contraire !

Une fois au bord du cratère circulaire, après avoir repris son souffle, l’atroce constatation : encore de la marche jusqu’au point le plus haut (3775 mètres) qui est diamétralement opposé. Essentiellement sur terrain plat, c’est presque une promenade de santé, qui nous permet de découvrir l’atmosphère du lieu. Il s’agit d’un volcan, donc si je me souviens bien de mes cours de SVT, tout ce que je viens de grimper depuis les dernières heures est de la lave séchée qui sort justement peu ou prou de l’endroit… où je suis en train de pique-niquer. En plus le volcan n’est pas éteint, simplement dormant (avec une dernière éruption datant du XVIIIème siècle). C’est vraiment sûr d’être là, entre terre et ciel, sur un énorme tas de magma ?

Pendant ce temps, les nuages jouent à se chasser et danser dans le cratère, sublime. Mais le vrai choc, c’est arrivés de l’autre côté du cratère que nous y assistons. C’est comme si la télé n’affichait que la moitié de l’image, comme si la caméra du cinéma n’avait filmé que la moitié de la scène. Tout le haut du champ de vision mangé par un nuage gris uniforme, tandis qu’en bas le soleil brille. Nous sommes sous le nuage lenticulaire qui se forme au sommet des montagnes lors de grand vents.

11h30, un tour du Mordor plus tard, après avoir mangé nos cup-noodle de ninja, nous commençons la descente qui est une bonne surprise : le chemin, qui emprunte un parcours différent de la montée, est large et facilement praticable. Par contre nous étions prévenu depuis le début : le chemin Yoshida est fermé. Cela veut dire qu’il ne faut pas compter sur un toilette ouvert (ceux qui pensent que c’est facile, il suffit d’aller derrière un fourré n’ont pas non plus suivi l’histoire). C’est un mal pour un bien, nous n’en avons été que plus motivés pour rejoindre la station 5 en quatrième vitesse.

13h40, soulagés d’être enfin de retour à la civilisation. Nous croisons un nombre impressionnant de japonais venus faire un tour sur le mont Fuji, certains marchent de la cinquième à la sixième station, dont un nombre impressionnant de filles en talons (never give up). Il y a même des promenades en calèche organisées.

Il est temps pour nous de filer au onsen. Dans l’eau chaude jusqu’au cou, au loin le mont Fuji a repris sont allure débonnaire, avec ses pentes douces et son air symétrique.

La “Messe” du jeu video

septembre 19, 2011
De Tokyo Game Show 2011

De retour au Makuhari Messe, salon des expositions de Tokyo, pour le Tokyo Game Show 2011, dernière édition en date du salon annuel du jeu vidéo. Nous arrivons pour l’ouverture de la première journée publique le samedi, et force est de constater qu’il y a foule. Ainsi après avoir acheter nos tickets, nous nous retrouvons à attendre dans la foule et sous un soleil, qui n’a pas encore compris que son rôle allait être fortement réduit dans la prochaine saison, de plomb. Lorsque nous bougeons enfin, c’est pour constater que nous allions entrer par la porte secondaire, ce qui implique faire le tour complet des bâtiments, à l’extérieur, au soleil.

L’an dernier été marqué par les kinects et autres playstation move, ainsi que par la 3D. Cette année ces deux catégories étaient plus discrètes, tandis que la mobilité semblait grignoter du terrain : jeux sur téléphones portables, mais également présentation de la nouvelle playstation vita, dont certains jugent qu’elle ne pourra battre la concurrence des smartphones, avis qui semble n’être pas partagé par les hordes de fans qui se pressaient pour y jouer.

Pour jouer au Tokyo Game Show, il faut d’ailleurs être patient avec en général quelque chose comme deux heures d’attente pour jouer entre 10 et 15 minutes… Une autre façon de voir la chose est de se dire que c’est toujours mieux qu’au parc d’attraction, et comme les personnes prêtes à attendre sont de surcroît venues avec leur propre console de jeu portable, ils ne doivent pas vraiment voir la différence.

Les décorations des stands rivalisaient de beauté : le stand de Basara sous forme d’une Chaya, le dragon du stand de Dragon Dogma, ou encore le tajine géant de Monster Hunter. Et si d’aventure la décoration du stand ne suffisait pas à attirer le chaland, ce rôle serait dévolu à un staff plus ou moins court vêtu chargé d’expliquer les mécanismes des derniers jeux, ou juste de poser pour la photo. A ce petit jeu là, il me semble que de ce côté là les filles de Kurohyou ne s’en sont pas trop mal sorties.

Un autre aspect important du Tokyo Game Show est le cosplay, qui se déroule à l’extérieur entre les halls d’exhibition. Trop déconnectés pour pouvoir détecter les tendances, à notre niveau le jeu est de simplement reconnaitre les personnages. Telle Bayonetta, reconnue non grâce à la pratique du jeu video, mais parce que sa précédence alphabétique rendait la jaquette du jeu facilement visible dans le Tsutaya depuis la porte d’entrée… Quoiqu’il en soit, je ne sais pas si c’est parce que je deviens moins critique, mais à mon sens la qualité des costumes était cette fois au rendez-vous. En dehors d’une espèce d’arbre enragé, hors-catégorie, notre préféré était une EVA01 refaisant toutes les scènes de l’anime : plutôt que de souligner nos goûts de vieilles personnes, disons que la série Evangelion bénéficie d’une popularité à la longévité exceptionnelle au Japon.

Petite surprise au coin d’une allée, un imposant stand “Magic the Gathering” (ça non plus ça ne nous rajeuni pas). Quelle plaisir que de découvrir que les filles du staff distribuent des cartes… …en japonais ! Qu’à cela ne tienne, ça nous fera faire des révisions…

Quand revient le vent de l’automne…

septembre 15, 2011
De KissAZima

Si il est une chose dont les japonais s’enorgueillissent (outre les sushis, les animes, les gadgets électroniques et les films de Yakuza) c’est de vivre dans le seul (!) pays du monde à avoir quatre saisons (je viens d’y penser, mais je ne sais pas comment ils s’expliquent les origines de la pizza éponyme). Cette richesse inédite, célébrée dans les Haïku, a un corollaire implacable : il ne faut pas traîner en route ! Ainsi début septembre, avec la rentrée des classes en ligne de mire, fini le supercool business dans les magasins et place aux châles, adieu baignade en mer et place aux méduses ; et même si le thermomètre sembler objecter le Donki commence à sortir les déguisements d’halloween.

Les temps changent ! Les cigales l’ont bien compris qui nous donnent dorénavant leur chant du cygne. Si dans la rue quelques yukata font de la résistance, la saison des feux d’artifices (花火) est belle et bien finie. Suntory nous matraque de publicité à la télé sur sa nouvelle bière Akiraku (秋楽, où “la joie de l’automne”) qui s’annonce un concurrent sérieux pour Akiaji (秋味, où “le goût de l’automne”) de Kirin. Des lampions s’allument aux coins des rues où l’on voit les mikoshi (神輿, sorte de temple portatif) qui attendent d’être transportés lors des festivals (祭り) de quartier, sous la lumière bienveillante de la lune. Il parait que c’est au 15 du huitième mois de l’ancien calendrier lunaire (soit avant-hier) que la lune est la plus belle, il y a une fête pour cela : le tsukimi (月見, où “regarder la lune”).

Au Ryogoku Kokugikan le tournoi d’automne a recommencé. L’Ozeki Kaio le vétéran ayant pris sa retraite au tournoi précédant, il n’y a plus de japonais dans les deux rangs les plus élevés du sumo. Harumafuji se serait bien vu dans le rôle du deuxième Ozeki mongol laissé vacant par la retraite d’Asashoryu, mais avec deux défaites dès le début ses espoirs ont été douchés. Dépêchons-nous d’encourager nos Ozeki européens tant que l’union existe encore, même si ce n’est brillant ni du côté de Baruto (3 victoires 2 défaites) ni du côté de Kotooshu (1 victoire 4 défaites) qui je crois est blessé.

Bon, avant d’être complètement hors-saison, quelques mots sur la campagne Kiss-A-Zima de cet été… Zima, c’est cette boisson qui a essayé un peu partout mais n’a percé qu’au Japon. Alcoolisée et sucrée en diable, un breuvage conçu dans un but très clair (se faire biberonner par les jeunes japonaises venues s’encanailler dans les bas-fonds de Tokyo). C’est peut-être justement cette image de boisson de fille qu’ils ont voulu casser en proposant cet été le “Kiss-A-Zima” : pour chaque bouteille achetée, un moulage en silicone de lèvres féminines. Le but est de les fixer au goulot de la bouteille et, moyennant un certain effort d’imagination, on se retrouverait en train d’embrasser son actrice préférée.

Je l’admet, les réactions à ce genre de campagne peuvent aller de l’amusement au dégoût, en passant par le “mais tout ceci est-il vraiment hypoallergénique ?!”. Lors de l’évènement de lancement, il semblerait que les personnes du marketing aient insisté sur le fait que nombre de jeunes (mâles) japonais souffraient d’une affection chronique : le déficit de bisous. Des “scientifiques” bien informés auraient jugés que toute personne ne donnant/recevant pas au moins un bisous par mois serait en déficit. Maomi Yuuki (優木まおみ), chef de file des participantes à la campagne cette année, multi-talent à la japonaise (c’est à dire actrice, chanteuse, modèle en bikini, présentatrice TV et radio-amateur 4 kyu), a déclaré qu’elle était heureuse de pouvoir lutter contre le déficit de bisous. Le responsable de Zima au Japon a ajouté que la guérison définitive était dans les vrais bisous, et qu’il serait ravi que ceux qui auraient éventuellement besoin d’un petit remontant avant de faire le premier pas se tournent vers le Zima…

Ce serait donc déjà l’automne (et premier anniversaire de réactivation du blog) ? Qu’à cela ne tienne, il ne reste plus qu’à relire “Le coupeur de roseaux” pour se mettre dans l’ambiance, retrouver le tsukimi burger de MacDonalds (qui revient tous les ans en septembre), et attendre la fin du mois où, avec la baisse des températures, on devrait définitivement suspendre les mesures d’économie d’électricité et retrouver l’indispensable sèche-main électrique dans les toilettes publiques.

On The Road ou There And Back Again ?

septembre 9, 2011

La météo au Japon, en particulier celle fournie par l’agence météorologique, ne me semble pas totalement satisfaisante. Peut-être est-ce parce qu’il ne cherchent pas à simplifier un problème compliqué, peut-être est-ce du à la situation complexe de l’archipel où se rejoignent mers et montagnes, et typhons ; peut-être finalement est-ce juste de la mauvaise foi envers celui qui annonce les mauvaises nouvelles : mais lorsqu’on cherche à planifier un week-end, savoir qu’il y a 56% de chances que la prévision de 60% de pluie se réalise, ça ne fait de sens que pour les docteurs en statistiques (et encore).

Du coup nous avons adopté une technique dite du “aller voir”. Après tout si la météo n’est pas clémente, il sera toujours possible de visiter un musée plutôt que de passer la journée dehors et de nager dans les 5 lacs du mont Fuji. Si il pleut des cordes, on ne campera pas, on restera à l’hôtel…

De plus, ce week-end nous allons goûter à notre nouvelle liberté : la voiture. Je ne reviens pas sur les détails de la procédure d’obtention du permis de conduire japonais à partir du permis français, c’est déjà fait avec moult détails ici et . Je suis à la fois agréablement surpris et surpris par la simplicité de la procédure. Tout commence par le permis international : pour simplifier la France et le Japon ont décidé de ratifier deux conventions différentes pour les permis internationaux, pour conduire au Japon il faut donc obtenir un permis japonais. Mais pas de sueurs froides. En une demi-journée et moyennant le versement d’à peu près 6000 yens, c’est fait ! Cerise sur le gâteau, lorsqu’on vient de France et de certains autres pays, il n’est pas nécessaire de passer de test de conduite. Pas nécessaire non plus de savoir parler japonais, sauf pour passer l’épreuve de vue, où un cerbère grisonnant à l’air peu affable vous demandera la direction de l’échancrure dans le cercle du fameux test, ainsi que les trois couleurs des feux tricolores.

Enfin, comme ils se sont doutés que tout cela était peut-être un peu léger, dans la pochette surprise qui contient notre permis (n.b. au format carte de crédit, pas un carton rose à demi-plastifié taille A6.47 qui ne rentre dans aucun portefeuille), ils ont glissé deux documents d’une extrême valeur. Le premier est un feuillet de quatre pages qui explique quand même quelles sont les vitesses limites au Japon, ainsi que les démarches à suivre en cas d’accident. Le deuxième est plus crucial. Il s’agit d’une chronologie contenant les dates des jeux olympiques ainsi que les dates de naissance et de mort des empereurs japonais. L’intérêt est bien sûr de pouvoir faire le lien entre les années japonaises (nous sommes en Heisei 23) et les années grégoriennes. L’objectif, je pense, et de me faire comprendre que le 58 qui désigne mon année de naissance ne signifie pas que je suis contemporain de Néron. Dans ce contexte, est-ce vraiment plus important qu’un document expliquant si oui ou non ils font la priorité à gauche ? (J’ai appris plus tard que les australiens, bien qu’ils conduisent à gauche font la priorité à droite !).

Nous voilà donc dans notre Toyota Vitz au rugissant moteur de 1L (elle compense en esprit ce qu’il lui manque en puissance – mais pas nous, ce n’est que en vérifiant sur internet que je me suis rendu compte que ce modèle est connu sous le nom de Yaris par chez nous -). J’étais prévenu, je l’ai quand même fait : mettre le pied sur l’accélérateur et le frein en même temps, et avoir l’air totalement ridicule devant le loueur qui commence à se demander si tout argent est bon à prendre et si il reverra jamais sa voiture… Je n’ai pas fait : conduire accidentellement sur la voie de droite. Par contre fait : failli ouvrir la porte conducteur en voulant rétrograder dans une côte sur une route de montagne. Faut dire que la boite automatique c’est bien, surtout en ville ou on se repose, par contre dans les petites routes, il est un peu frustrant de ne pas pouvoir retirer toute sa puissance du “bolide”.

Sur l’autoroute Chuo qui nous emmène au vert, tout est bien jusque Hachioji, où nous voyons apparaître pour la première fois ce jour le panneau fatal : 通行止め (Route Fermée). Le typhon n°12 passe plus au sud, dans la région d’Osaka, mais il apporte quand même des pluies conséquentes (enfin la météo disait qu’il pleuvrait à Tokyo et… rien). Comme tout le monde, nous sortons et prenons la “nationale”. Beaucoup de gens on eu la même idée, et au bout de 15 kilomètres et 2 heures, nous nous décidons à essayer une autre route (pas question de passer la journée dans la voiture…) : 通行止め!

Nous essayons encore 2 ou 3 autres routes en direction des cinq lac du mont Fuji. Notre GPS nous entraînant à chaque fois dans des axes de plus en plus petits, tous fermés par des barrières et des signes : 通行止め. Il faut maintenant se rendre à l’évidence : nous n’arriverons pas à destination. Il faut dire que avec la pluie forcissant et les nuages noirs que l’on voit au loin, nous ne sommes pas vraiment sûr d’en avoir envie non plus. Puisque nous avons la voiture pour deux jours, autant se terrer dans l’onsen le plus proche, bouquiner et rentrer demain. Nous cherchons donc l’onsen en question à l’aide de notre super GPS. Las ! il est fermé.

La quête de l’onsen nous ayant mené à mi-chemin de Okutama, pourquoi ne pas poursuivre dans cette direction : c’est un peu plus au nord, peut-être échapperons nous au déluge, au pire nous verrons enfin le lac de retenue du barrage. Nous revoilà dans une route solitaire serpentant dans la montagne et sous la pluie. Toutes les rivières que nous croisons débordent et sont noires de boue. Puis soudain : 通行止め.

Nous sommes encore face à une preuve de la discipline japonaise. Alors que tous les panneaux 通行止め que nous avons croisé jusqu’alors n’avaient personne pour les garder, ici quelqu’un fait une permanence. Réflexe : il s’agit sûrement de s’assurer de ce que personne ne passe à cause du danger. Que nenni : le monsieur s’approche et nous demande poliment où nous allons. Quand je lui dit Okutama, il nous laisse passer. Il semblerait que seule la préfecture de Yamanashi soit interdite. Avant de nous regarder partir il nous glisse quand même : “faîtes en sorte de ne pas avoir d’accidents”. Moralité, un panneau sur le bord de la route interdit complètement le passage, un panneau surveillé, on peut toujours négocier.

Nous croisons dès lors toute une série de barrages tenus par des vieux monsieurs en impers intégraux qui passent leur temps dans leur voiture mais qui nous ouvrent le passage dès que nous arrivons. Cela vire parfois même au surréalisme lorsque 30 mètre après un barrage interdisant la circulation nous tombons sur deux employés de chantier en train de … faire la circulation sur un passage à file unique.

Le dernier barrage que nous croisons, un monsieur nous dit : 自己責任 (c’est votre responsabilité). Pas rassurant du tout. Surtout que la pluie ne faiblit pas, et que la route commence à prendre des allures de fin du monde : un employé de la voirie se désole devant un flot de galet qui s’est déversé sur la route, qui prend des allures de rivière. Plus loin dans les nombreux tunnels qui bordent le lac d’Okutama, de l’eau coule du toit, et jailli en geyser des bouches d’égout. Le lac lui-même n’est pas trop troublé : ses eaux sont turquoises et la pluie donne un aspect irréel aux forêts et aux montagnes plongées dans la brume.

Nous arrivons enfin au bout du lac. Juste le temps de vérifier que les onsens d’Okutama sont également fermés, et nous voilà de retour vers la grande ville et… le sec. Il semblerait que pas une goutte ne soit tombée à Tokyo. Il en viendra un petit peu dans la soirée. Le typhon n°12, Talas de son petit nom, est passé au travers de Shikoku et du Kansai, qui ont connu des pluies record. Apparemment il s’est déplacé de façon relativement lente, raison pour toutes ces précipitations. Il semblerait qu’il ait été le typhon “de la décennie”, et les images de destructions qui nous sont parvenues par les média ont rappelé à tous les images du tsunami.


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