Métabolisme à bout de souffle

A l’entrée de Ginza en venant de Shinbashi se trouvent deux bâtiments dont l’allure ne manquera pas d’attirer le curieux :

Projet de station spatiale ? lavomatic géant ?

Il s’agit en fait des Nakagin Capsule Tower, un des derniers chef-d’oeuvre du « métabolisme », un mouvement d’architecture japonais des années 60 – 70 dont l’idée directrice était de permettre et organiser une croissance organique des grandes villes.

Dans le cas de ces tours, cela se traduit par une structure centrale en acier/béton armé, et une myriade de capsules qui viennent s’y accrocher. L’idée de génie bien sûr étant que les capsules peuvent être préfabriquées et sont évidemment interchangeables, le tout permettant une grande modularité/extensibilité.

Les liens entre architecture traditionnelle et architecture logicielle sont, à ma connaissance, nés avec la fameuse reprise des « Design Pattern » par le « Gang of Four ». Les designs pattern sont des réponses pratiques à des problèmes récurrents. Je ne sais trop comment cela se traduit en architecture (je crois que ça permet de gagner à SimCity), mais en informatique cela abouti à des constructions d’une spectaculaire adresse forçant l’admiration de son geek et dont l’utilité n’a d’égal que l’incapacité du développeur moyen à les mettre en oeuvre de façon correcte dans 9 cas sur 10. C’est pourquoi leur usage moderne se cantonne souvent aux tests techniques : « Pourriez-vous me faire le schèma de classe d’un singleton visiteur poid-mouche s’il vous plaît ? »

Je ne sais pourquoi je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre ces tours et le projet informatique standard, sans doutes parce que l’idée de croissance organique en appelle au développeur qui est en moi… Et je suis quelque part soulagé de constater qu’il n’y a pas que dans le monde du logiciel que l’on conçoit des solutions génériques, modulaires et extensibles pour finalement en créer une seule instance (ici un seul type de capsule) ! Le temps aidant l’argent fini par manquer pour profiter de toutes les capacités du projet initial, et l’on se retrouve avec une vieille chose toute rouillée mais dont l’existence même semble gravée dans le marbre (il y aurait même eu des projets pour l’inscrire au patrimoine de l’UNESCO).

Comme le laissent craindre les vêtements suspendus aux hublots, il semblerait que ce soit bel et bien un immeuble d’habitation. L’idée de l’espace minimum d’habitation n’est pas une idée neuve puisqu’elle a même fait les beaux (derniers) jours de notre Le Corbusier national et son cabanon du Cap-Martin (3,66mx3,66mx2,22m pour le cabanon, 2,3mx3,8mx2,1m pour nos capsules pouvant néanmoins s’interconnecter pour abriter des familles). Evidemment il y a une petite différence entre Cap-Martin et le bord d’une autoroute dans le centre de Tokyo…

Selon les derniers sondages l’avenir de ces bâtiments se situe entre la destruction, issue je pense attendu par les habitants – s’ils existent – si on leur propose un plan de relogement intéressant, où le remplacement des capsules. Si je devais faire jouer ma fibre artistique, je proposerai bien d’utiliser des containers comme remplacement, façon logement étudiant des Pays-Bas…

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Une Réponse to “Métabolisme à bout de souffle”

  1. Popa Says:

    La relation lavomatic-sim city est pertinente…
    Il y a maintenant des conainers « étudiants » un peu partout !
    Vivement la suite.

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