Rougeur manifeste

L’Aka-mon (porte rouge) est l’une des dernières reliques du « pied à terre » du clan Maeda, alors l’un des plus riches du Japon (Kanazawa, son jardin et ses arts raffinés ce sont eux), à Edo. C’est maintenant l’un des bâtiments les plus connus de l’université de Tokyo construite sur l’ancienne propriété des Maeda. Cela dit j’ai l’impression que, Tokugawa ayant forcé les différents seigneurs japonais à résider la moitié de l’année à Edo pour les avoir à l’oeuil, virtuellement tout Tokyo est construit sur d’anciennes propriété seigneuriales.

L’université de Tokyo, a.k.a. Todai (contraction de Tokyo Daigaku) est l’université la plus prestigieuse du Japon et selon les classements et les années la meilleure d’Asie. Conséquemment, y entrer est le rêve de nombreux jeunes japonais, et c’est également là que vont les journalistes le jour des résultats des examens d’entrée pour avoir les émotions les plus sincères ; elle est donc logiquement représentée dans les mangas (ok, Love Hina 😛 ), principalement l’auditorium Yasuda qui est l’un des autres emblème du campus.

A dire vrai, il est largement plus petit que ce que j’avais imaginé, j’ai même eu du mal à me convaincre que c’était le bon !

Quand on parle grève étudiante, forcément on a plutôt tendance à prendre le japonais, d’un ordinaire plutôt discipliné, pour un amateur. Cependant en 1968, en plein mouvement contestataire mondial, cet auditorium fut le lieu de maintes assemblées générales et revendications étudiantes qui devaient aboutir le 18 et 19 janvier 1969 au « Siège de l’auditorium Yasuda », bataille savamment orchestrée par les jeunesses du parti communiste japonais d’un côté et la police anti-émeute de l’autre.

Le premier jour, la police ne pensait faire qu’une bouchée de pain des ces jeunes retranché dans l’auditorium derrière les barricades, mais ils se seraient ravisés en s’apercevant que leur tombait dessus depuis la tour :

  1. des pavés, briques et autres projectiles contondants (grand classique, les Maeda n’auraient rien eu à redire)
  2. des cocktails molotov
  3. de l’essence (sacrilège ! ils n’ont pas entendu parlé du blocage des raffineries eux…)
  4. de l’acide sulfurique ! (la marque des manifestations d’éducation supérieure sans doutes, le département de chimie de l’université étant par ailleurs particulièrement renommé)

Le deuxième jour, ils arrivent quand même à évacuer le bâtiment, étage par étage à la manière des châteaux japonais, finissant par le toit où ils arrêtent les 90 derniers résistants (au total 600 élèves furent arrêtés). Le problème c’est qu’entre les expériences de petit chimiste des manifestants et les méthodes subtiles de la police anti-émeute, l’intérieur de l’auditorium fut entièrement saccagé ! Il ne put être utilisé pendant les 20 années suivantes que comme entrepôt, avant d’être rénové grâce à des dons de généreux anciens élèves… …je me demande combien des anciens manifestants ont participé ?!

Publicités

2 Réponses to “Rougeur manifeste”

  1. Popa Says:

    Vive la Suisse, pas de problème de carburant, moins cher par ailleurs…
    En espérant que les vacances voient un peu de calme arriver.

  2. Elo Says:

    Waouh! Je n’aurais jamais cru les Japonais capables d’une chose pareille…

    A côté de ça, les lycéens Parisiens et leurs scooters brûlés manquent un peu de panache! 🙂

    Très intéressant en tous cas!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :