Halloween : Fais-moi peur !

« Fossoyeur, il est beau de contempler les ruines des cités; mais, il est plus beau de contempler les ruines des humains ! »

Halloween à Roppongi, c’est une énorme  occasion de plus de faire encore plus la  fête ! La tradition nord-américaine de l’endroit additionnée à l’enthousiasme que manifestent les japonais pour le déguisement, c’est comme du mentos dans du coca ! Depuis plusieurs semaines déjà les  boutiques se préparent, avec leur lot de  citrouilles, toiles d’araignées et  squelettes. Le Donki a mis les costumes  de sorcière en devanture, et voici que  c’est enfin le jour J. Ou plutôt le  week-end J.

Même le typhon s’est mis de la  partie puisque après s’être invité en arrosant copieusement toute la journée de samedi, en fin d’après-midi, la pluie et le vent cessent, et même si le froid demeure, les monstres vont pouvoir sortir sans craindre pour leur maquillage !

Le soir venu, tous les vendeurs et serveurs de tous les magasins et bars on revêtu leur plus beau costume : puis arrive la foule bariolée, elle aussi affublée de déguisements multicolores. Le costume de citrouille façon grenouillère est très populaire, et je pense qu’il arrive à égalité avec le costume de Stich (celui du film de Disney Lilo et Stich). Se distinguent aussi plusieurs autres thèmes, qui se déclinent différement chez les hommes et chez les femmes.

En effet chez les hommes le déguisement semble le plus souvent être un moyen de s’habiller « un peu plus ». Ainsi le costume intégral n’est pas rare : prisonnier, squelette, la mort avec sa faux, le vampire façon grande cape, … avec quelques variations qui réhaussent je suppose l’idée de force, comme le démon, le tengu, le samurai « surnaturel » façon Kyo.

Pour les femmes le déguisement est bien souvent un prétexte pour s’habiller « encore moins ». Ainsi en marge des thèmes kawai qui sont encore relativement assez neutres : chaton et consorts ; on retrouve nos sorcières bien aimées, le vampire façon corset, les maids façon micro jupe maxi-bustier et les danseuses du ventres. Encore une fois l’occasion de constater que les japonaises sont immunisées au froid (où alors c’est le fait d’être couvées du regard). Chez les filles il y a une dernière catégorie, c’est celles dont on ne sait pas vraiment si c’est un déguisement où juste leur vêtements du soir (mais là encore, le diable se niche dans les détails, et un serre-tête avec des oreilles de lapin suffit en général à donner une bonne indication).

Le jour se couche de bonne heure au Japon, même lorsque les jours sont les plus longs, vers sept heures du soir, la nuit a jeté un voile pudique sur cette face de la terre et les néons de couleur ont pris le relais en créant leur monde de fantaisie. En cette saison, dès cinq heures il fait nuit. A contrario, le jour arrive suffisament tôt pour guider les derniers fêtards à la maison. D’ailleurs la lumière ce dimanche, avec les nuages bas et cotonneux servant de diffuseurs géants, tellement blanche et crue, est si cruelle que l’on croirait presque les arguments des défenseurs de l' »intelligent design ».

Les blessures de la nuit sont plus longues à se refermer. A midi une ambulance et trois voitures de police non loin du crossing. Une jeune femme, apparement bien vivante puisqu’elle se débat comme une diablesse, se fait embarquer dans l’ambulance. Les policiers qui de loin ressemblent à des stroumpfs parlent avec la horde des africains travaillant ici comme rabatteurs pour des bars pour « gentlemen ». Une voiture de police fait demi-tour, sa sirène est un long hululement de hibou tombant dans les graves et répondant aux rugissements des moteurs des Aston Martin et Ferrari qui passent nonchalement.

Dimanche matin, c’est le jour de ramassage des poubelles. Même si l’esprit pratique et l’esprit de service des japonais est légèrement plus faible à Roppongi « à cause de la trop grande présence d’étranger » m’a-t-on dit (j’aurais cru que la présence d’étrangers aurait été une motivation au contraire pour redoubler d’effort, mais c’est sûrement notre incapacité à saisir tout le raffinement du service japonais qui a engendré cet état de fait…), je ne pense pas que ce soit un hasard : il y en a du travail !

Effectivement, un peu plus loin au « Gaspanic square », la chaussée a été repavée par des canettes de Red Bull vide. Flottant au milieux des poubelles de jeunes gens ont la tête haute : c’est parce qu’ils boivent du whisky au goulot (le meilleurs remède contre la gueule de bois à ce qu’on dit). Quelle vitalité !

Roppongi, ça aurait pu être la ville rêvée de Jean-Baptiste Grenouille : un paradis d’odeurs. Ici ce sont des relents d’alcool éventé qui suintent du macadam. Plus haut, dans la rue, c’est le graillon, les odeurs de ramen se bagarrent avec les fumets de burger et de kebab. Plus bas c’est le vomi et les remontées des égouts. Mais en rentrant à la maison, portées par un petit vent frais, quelques bouffées d’encens. Les sonos des discos se sont tues, on entend seulement le faible clapotis de l’eau versée sur les tombes du cimetière niché entre la rue principale et la nouvelle tour d’appartements résidentiels en construction.

Roppongi, le lieu idéal pour la tragédie classique ? il y a bien l’unité de temps (le week-end), l’unité de lieu (le crossing), mais y’a-t-il l’unité d’action : alors que d’aucuns tentent de reprendre contrôle de leur pensées, d’autre paient tranquillement respect à leur ancêtres.

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