Le dernier tramway

Depuis longtemps j’avais envie d’emprunter la ligne de tramway Toden Arakawa. Cette ligne est souvent présentée comme le dernier tramway de Tokyo. Cependant wikipedia lui refuse cette appellation, sous prétexte qu’une autre ligne serait qualifiée de tramway bien qu’elle roule sur toute la longueur sur une voie dédiée. Il semblerait donc que son titre le plus exact soit : « La dernière ligne de tramway ayant encore des tronçons communs avec une route de Tokyo ».

De plus depuis avoir vu une exposition des « Cents vue de Edo » de Hiroshige, j’étais vaguement intrigué par le lieu appelé Oji qui paraissait regrouper à la fois des assemblées nocturnes de renards et d’impressionnantes cascades. Bien entendu, hélas, rien de tout cela n’a survécu à l’épreuve du temps et surtout de l’urbanisme dévorant… La rivière d’Oji demeure cependant entre le sanctuaire d’Oji et le parc Asukayama. Elle coule d’ailleurs dans une sorte de petite combe ombragée arrangée de façon sympathique avec de grosses pierres, surtout en cette période où le feuillage commence à changer de couleur à Tokyo.

Le sanctuaire d’Oji n’a rien de particulier, mais il est toujours amusant de passer en cette période de « shichi-go-san » (sept-cinq-trois) où les enfants qui sont dans leur septième, cinquième et troisième année mettent leur plus beaux kimono ou costume et vont se faire photographier au temple avec leur famille.

L’accès au parc Asukayama se fait à la vitesse de l' »Ascargot » (アスカルゴ). Il s’agit d’un mini-monorail qui a été mis en place en 2009 et qui permet d’accéder sans effort au sommet de la « colline » sur laquelle se situe le parc. Mini car il ne permet de gagner que 20 mètres de dénivelé. Quand à son nom, il partage quelque chose avec son apparence : une indéniable ressemblance avec certains gastéropodes.

Ce parc est très populaire pour le hanami, il me faudra donc y revenir au printemps. Enfin pour les amateurs de trains, et ils sont nombreux au Japon, on y trouve une ancienne locomotive à vapeur et une ancienne voiture de tramway. De plus à flan de coteau on a de jolies vues sur la gare de Oji.

La ligne Toden-Arakawa est le dernier vestige du réseau Toden qui a commencé en 1903 et qui, à son apogée, comptait plus de 40 lignes et 200 kilomètres de voies. On en voit d’ailleurs souvent dans les anciens films japonais. Elle doit sa survivance à un mouvement de soutien populaire : les habitants on refusé que cette ligne disparaisse au moment où toutes les autres ont fermé. Ce sont des tramways qui ne comportent qu’une seule (petite) voiture et dont la popularité rend l’usage … exigu. Disons que comme souvent au Japon, il est préférable d’aimer la promiscuité pour pouvoir apprécier toute la saveur du voyage. La sortie de la gare d’Oji en direction de Waseda avec son virage serré qui débouche sur une côte partagée avec les voitures est populaire auprès des photographes qui se pressent avec leurs reflex numériques pour capturer des images du petit tramway.

En matière de divertissement, samedi après-midi, les japonais catholiques (ça existe) et les brésiliens (la plus forte communauté japonaise à l’étranger est au Brésil, et un certain nombre de ces personnes et/ou leurs enfants sont retournés au Japon en quête de miracle économique) avaient le choix de l’arène, mais pas de l’architecte !

D’un côté messe solennelle en l’honneur du pape dans la jolie cathédrale Sainte-Marie de Tokyo. Au programme latin, chants grégoriens, salle comble et fichus de dentelles pour mesdames. La partie sympathique étant l’intercession faîte dans plusieurs langues, montrant quelles sont les communautés catholiques puissantes. Nous avons eu droit au coréen (je crois que la cathédrale est entretenue par une communauté coréenne), français, tagalog, portugais brésilien, waraynon (une autre langue parlée au Philippines) et japonais.

L’intérieur de la cathédrale est en béton brut, et plutôt que de miser sur une lumière naturelle, l’éclairage est assuré par deux spots aveuglants placés en hauteur, qui je suppose symbolisent une lueur divine…

De l’autre côté dans le stade de Yoyogi, ce n’est pas fichu, c’est mini-short : demie-finales de la coupe du monde de volleyball féminin entre le Japon et le Brésil. L’équipe de volley féminine du Japon vit un peu depuis 30 ans en perpétuelle quête de son passé glorieux. En effet entre 1960 et 1980 elles ont fait quatre finales olympiques se partageant les victoires avec l’URSS (2 or et 2 argent donc) et elles ont également fait 3 victoires et 3 finales pour les championnats du monde.

Depuis, le bilan est moins réjouissant, hélas, malgré la présence de Jeanne (dans le dessin animé, après le bronze des jeux de Los Angeles elles cherchaient à revenir au top pour Séoul).

Les brésiliennes étant numéro une mondiales et archi-favorites, malgré leur absence de victoire en championnat du monde, la question était de savoir si les japonaises allaient pouvoir créer l’exploit devant leur public… et une entame de match tonitruante a poussé à le croire car après avoir gagné le premier set 25-22 ; dans le deuxième set, après avoir sauvé je crois 8 ou 9 balles de set elles finissent par remporter la manche 35-33 (!) face à des brésiliennes ecoeurées, mais également piquée au vif !

Si la technique et la discipline collective des japonaises (ainsi qu’un public acquis à leur cause) leur on permis de gagner les deux premiers sets, la puissance et la taille des brésiliennes parle par la suite (avec une différence énorme au niveau des blocks) et elles s’imposent dans les trois derniers set 25-22, 25-22, 15-11.

Les japonaises vont-elles réussir à attraper une médaille tant convoitée face aux USA ; les brésiliennes, par ailleurs championnes olympique en titre vont-elle enfin achever leur rêve de coupe du monde en battant la Russie, à suivre aujourd’hui !

Et l’architecte dans tout ça ? Aussi bien le stade de Yoyogi, bâti pour les jeux olympiques de 1964, et la cathédrale Sainte-Marie ont été dessinés par l’achitecte Kenzo Tange.

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4 Réponses to “Le dernier tramway”

  1. Elo Says:

    Après une petit recherche wiki, je me suis aperçue que Kenzo Tange est aussi l’architecte qui a travaillé sur les tours jumelles de la mairie de Tokyo!

  2. maaaraag Says:

    Oui, il a travaillé sur beaucoup de chose et à même reçu le fameux prix Pritzker. Et comme il était au Japon dans les années 50 – 60 il a aussi participé au mouvement métabolique.

    Sinon sur un autre registre, grâce aux pouvoir de Saori, les chevaliers de bronze, euh…, je veux dire l’équipe du Japon de volley féminin arrachent la médaille de bronze aux championnats du monde. C’est sympa pour elles de décrocher la médaille devant leur public, mais du coup je suis un peu déçu pour les américaines, qui (bon c’est aussi du à leur taille supérieure) ont un jeu comment dire … plus viril !

  3. maaaraag Says:

    Finalement le Brésil perd en 5 set et la Russie reste championne du monde, bien aidée par Gamova qui finit meilleure joueuse de la compétition (et qui mesure environ la même taille que Galadriel, 2m02, comme quoi « size does matter »).

  4. En un tour de main « Cerveau 2.0 Says:

    […] d’Otsuka, la Yamanote croise le chemin de la ligne de Tramway Toden-Arakawa (déjà évoquée ici), une dernière vision pittoresque avant de rejoindre les parties plus intensément urbaines de […]

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