Une semaine en or

Mai, et le retour des beaux jours, est une période agréable pour les congés. Au Japon, quatre jours fériés judicieusement placés permettent une succession de dix jours dont seulement deux sont travaillés (à un rythme nettement réduit, sauf pour les professionnels du tourisme). Cette année sont célébrés : le 29 avril l’empereur Showa (je savais la date de naissance de l’empereur actuel fériée, le 23 décembre, je ne savais pas que la date de naissance du précédent était également fériée… …sachant que la dynastie japonaise est une des plus ancienne toujours active, je me demande presque si il ne serait pas judicieux de remonter encore un peu dans le passé pour les anniversaires d’empereur…) ; le 3 mai, l’anniversaire de la constitution ; le 4 mai, le jour de la verdure ; le 5 mai le jour des enfants.

Enfin, ce qui ne gâte rien, lorsque deux jours fériés (les week-end ne comptent pas dans cette règle) sont séparés par une seule journée travaillée, c’est le pont obligatoire, et surtout (toute relation avec des évènements vécus est bien évidemment fortuite) lorsque le jour férié tombe un dimanche (comme le 1er et le 8 mai cette année) le congé est reporté au lundi.

Beaucoup de japonais profitent de cette occasion pour faire le pont et partir à l’étranger, mais les destinations touristiques japonaises également connaissent un afflux de visiteurs important. Par exemple, au hasard, Disneyland. Cette occasion « en or » pour les japonais de prendre tous des vacances en même temps a un nom : la golden-week, la semaine en or !

L’absence de hordes de touristes fut une bonne surprise lors d’une courte visite sur l’île d’Oshima. Oshima est la plus proche et la plus grande des îles d’un archipel appelé « l’archipel d’Izu » comprenant une grosse demi-douzaine d’îles habitées et de nombreux cailloux s’étendant sur quelques centaines de kilomètres, en arc de cercle, dans le pacifique, au sud de Tokyo.

L’île d’Oshima (大島, littéralement « grande île »… …je suppose que tout est relatif) en elle même forme une sorte d’ovale d’une cinquantaine de kilomètres de circonférence, couronné par le mont Mihara (三原山), un volcan encore actif dont la dernière éruption en 1986, largement médiatisée, avait provoquée l’évacuation des quelques 10000 habitants de l’île ainsi que de quelques milliers de touristes.

Pour y aller, on a le choix entre le Bombardier et le Boeing. Le Bombardier est un Dash 8 qui fait la liaison en une grosse demie-heure depuis Tokyo. Le Boeing est un 929 et fait la liaison en une grosse heure et demie… il s’agit d’un hydrofoil qu’ils appellent également « jetfoil » car il est propulsé par jet d’eau. Le départ se fait à l’embarcadère de Takeshiba à Tokyo, l’arrivée au port principal de Motomachi quand le temps le permet (c’est à dire 0 jour sur 3 en ce qui concerne cette escapade) et sinon dans le port plus abrité de Okata. Il existe également un ferry qui part le soir et arrive le matin pour ceux qui ont plus de temps.

La sortie de la baie de Tokyo en bateau est intéressante : nous voyons défiler des kilomètres de port où des grues rouges et blanches déchargent jour et nuit des containers ocres et bleus. Les porte-conteneurs jouxtent les navires de pêche signalés (semble-t-il) par une voile aurique verte. Nous passons juste en dessous des avions qui atterrissent à Haneda, puis à côté de l’altière « tour des vents », qu’on dirait toute droite sortie de Nausicaa, à moins qu’elle n’ait été inspirée des pièges à vent de Dune. Son usage est légèrement moins poétique, il s’agit « simplement » d’une aération pour l’impressionnante Tokyo Wan Aqua Line, un ensemble de ponts et de tunnels sous-marins permettant de relier les deux côtés de la baie sans passer par les autoroutes du centre ville de Tokyo.

Si l’on cherche une explication pour le « manque » de touristes dans l’île malgré la golden-week, force est de constater que nous sommes légèrement hors-saison. En effet, Oshima est particulièrement connue pour les camélias, dont la floraison atteint son apogée aux mois de février et mars où se déroule le festival du camélia. Heureusement, dans quelques recoins ombragés se cachaient encore des fleurs seulement demie-fanées qui servirent d’expédients à nos désirs botaniques.

Nous décidons de gravir le Mihara à partir de notre camping situé sur la partie est de l’île au bord de la mer : cela fait tout juste 764 mètres de dénivelée. La montée se fait tout d’abord dans une végétation luxuriante, puis nous arrivons sur une sorte de lande plate et venteuse, plantée d’arbustes rabougris et d’herbes jaunes, ainsi que, de loin en loin, des stations météorologiques dont les instruments sont braqués sur le cratère qui se profile au loin, afin, j’imagine, de surveiller d’éventuelles sautes d’humeur du volcan. La montée finale se fait sur de la roche grise, légère (parce que c’est plein de trous à l’intérieur, comme pour le chocolat rayon) et aux arrêtes vives : de la roche volcanique, quoi.

En haut la contemplation d’un panorama à 360°, avec d’un côté des nuages cachant le mont Fuji, d’un autre côté les îles suivantes de l’archipel que l’on aperçoit derrière un voile de brume, et au centre le cratère fumant nonchalamment par petites bouffées de vapeur, le dispute à la nécessité de garder son équilibre et sa température corporelle sous les assauts d’un vent violent (qui ne nous laisse pas non plus vraiment tranquille la nuit).

Heureusement, en ce qui concerne ce deuxième point, il y a le onsen auquel nous descendons prestement après avoir immortalisé la vue. Rien de mieux après une bonne balade que de se délasser dans l’eau bien chaude, surtout dans un rotemburo (bain à ciel ouvert) qui a un aussi bon emplacement (celui du Oshima onsen hotel) : tout simplement en face du volcan.

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4 Réponses to “Une semaine en or”

  1. Popa Says:

    C’est avec un grand plaisir que nous retrouvons cette chronique.
    Mai est en toc chez nous…

  2. Elo Says:

    Le 929, c’est un loader de chez nous, ca!

  3. L’île nouvelle « Cerveau 2.0 Says:

    […] mai. Cette fois-ci nous sommes partis avec Tokyo Gaijins, ce qui nous a éviter de reproduire les déboires de l’an passé. En effet, le camping où nous étions allé à Oshima était isolé et nous n’avions rien […]

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