Attrape-Nuage

De Kumotorisan

Notre objectif du week-end, le Kumotorisan, est notable pour plusieurs raisons. C’est un point triple, à la frontière entre les préfectures de Saitama, Yamanashi et Tokyo. Avec 2017 mètres d’altitude, c’est même le point le plus élevé de cette dernière. Mais surtout, c’est un des sommets qui a été cité dans la liste des 100 montagnes célèbres du Japon, donc incontournable.

Pour ceux qui aiment marcher (et non courir) dans la montagne, le sommet est plus sympathique sur deux jours : le défi qui se pose au tokyoïte en vadrouille est donc le respect du planning. Aussi faut-il ne pas tomber dans le piège du funiculaire fantôme : la ligne entre Owa et le sanctuaire de Mitsumine n’existe plus que dans certains guides qui seraient mieux avisés de se mettre à jour fissa. Le chemin correct pour arriver au sanctuaire est : ligne express Seibu-Ikebukuro jusqu’à Seibu-Chichibu, puis bus jusqu’au Mitsumine-Jinja. Ce n’est pas plus mal d’ailleurs : une seule correspondance depuis la Yamanote, et un trajet en bus qui finit par une petite route de montagne fort agréable, où le chauffeur peut laisser s’exprimer son talent de pilote (avec mention spéciale pour le passage dans le minuscule tunnel creusé exactement à la taille du bus qui donne sur le haut d’un barrage de montagne).

Le chemin vers le Kumotorisan commence au sanctuaire Mitsumine. Si l’on en croit le Lonely Planet « Hiking in Japan », il aurait été fondé il y a de cela plus de 2000 ans. A cette affirmation je me permets deux petites réserves néanmoins. Deux-mille ans, cela nous fait remonter à avant l’arrivée de l’écriture au Japon, dans une époque reculée où même, selon wikipedia, les empereurs seraient légendaires, alors les temples… De plus, le guide donne pour existant un funiculaire fermé depuis quelques années, je le soupçonne d’une légère tendance à l’exagération en ce qui concerne la longévité. Cela ne gâche pas la beauté de l’édifice refait à neuf. Les sculptures sur le fronton sont particulièrement réussies, je ne le dis même pas uniquement parce que l’une d’entre elles représente des marchands ventrus jouant au go.

La montée jusqu’au refuge du Kumotorisan à côté duquel nous campons se fait dans une atmosphère irréelle. Nous sommes en plein dans les nuages, brume épaisse percée de lumière où l’on a tantôt l’impression de s’élever vers une diffuse clarté céleste, tantôt l’impression de s’abîmer dans des profondeurs obscures. Je retrouve avec plaisir les azalées (yamatsutsuji), mais elles se font un tant soit peu voler la vedette par les andromèdes campanulées en floraison avancée qui parsèment le chemin de leur délicates clochettes roses et blanches. Nous croisons également quelques biches, vraisemblablement occupées à grignoter les derniers troncs d’arbres non-encore protégés de leur voracité par un épais grillage. Elles déguerpissent, mais non sans nous avoir jeté le regard de travers dont elles ont le secret.

A l’arrivée au refuge, après avoir monté la tente et fait un brin de toilette, nous commandons soupes instantanées et (petites) canettes de bière et commençons à festoyer pour reprendre nos forces… Un autre festin se jouera à nos dépens : nous voilà en effet assaillis par des nuées de petits insectes vicieux. Drosophiles antropophages, moustiques berserks, certains ont même la semblance des terribles midges que j’avais déjà combattu dans les Hautes-Terres d’Ecosse. Mes jambes rougeoyantes seront le tragique étendard de ma défaite ! Pour finir, peu soucieux de continuer à servir de buffet, fatigués par le reveil de bon matin et la marche de la journée nous voilà endormis avant huit heures.

Couché de si bonne heure, je peux bien me permettre de me lever un peu avant quatre heures, au moment où le voisin commence à démonter sa tente, dans l’espoir (ténu) d’un lever de soleil du haut du Kumotorisan, et pourquoi pas une vue du mont Fuji. A mi-chemin des vingts petites minutes qui mènent au sommet, je déchante : les nuages n’ont pas disparus comme par magie, et le lever de soleil se résumera à un passage du 80-80-80 au 200-200-200. Le Kumotorisan (litt. montagne attrape-nuage) ne galvaude pas son nom.

Nous sommes six au sommet ce matin : un papa avec ses deux petits garçons, un papa avec sa petite fille, et moi. Les enfants portent tous une énorme lampe frontale et de minuscules sac à dos. Ils ne semblent pas vraiment sensibles à l’absence de panorama mais débordent d’énergie… Jeunes gens, vous verrez ce qu’il en sera dans deux dizaines d’années !

Passé le sommet, le deuxième jour sera une longue descente. Les nuages forment comme un sandwich qui nous permet de distinguer les petits sommets voisins couverts de végétation, et nous avons la chance de rencontrer un nouveau spécimen de faune environnante : le macaque japonais. Au terme d’une descente qui s’éternise, nous retrouvons enfin la gare de Oku-tama et le « Holiday Express » qui nous ramène en nous berçant à Shinjuku.

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6 Réponses to “Attrape-Nuage”

  1. Popa Says:

    Encore de belles promenades qui nous font rêver…
    A quand notre tour ?

  2. elo Says:

    Je ne connaissais pas le noms de ces jolies clochettes roses, ce sont donc des andromedes campanulees… C’est tres joli et reposant de regarder les fleurs tomber doucement par terre.

  3. Justin Says:

    Il me tarde de retourner au Japon! Ca me donne envies tes escapades ^^

  4. 梅雨(TSUYU) « L'echo du Kanto Says:

    […] Kumotori-san : Il s’agit de la plus haute montagne de la prefecture de Tokyo. Sur ses pentes se trouve le sanctuaire Mitsumine, vieux de plus de 2000 ans. La marche entre le temple et le sommet de la montagne est très jolie dans la brume. Comme il y a beaucoup d’arbres, la vue est limitée de toutes façons, donc pas de regrets: vous ne pourrez pas voir grand-chose de chaînes de montagne environnantes, quel que soit le temps. Pour plus de détails, rendez-vous sur l’article de Cerveau2point0 sur le sujet: https://cerveau2point0.wordpress.com/2011/06/29/attrape-nuage/ […]

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