Trois bouddhas à dos de phoenix

De Houousan

Le houou est un oiseau mythologique qui annonce un changement d’époque, comme la naissance d’un roi ou d’un chef virtueux. Les lecteurs assidus du « Clan des Otori » devraient le connaître. On traduit généralement Houou par phoenix, même si il ne renaît pas de ses cendres. Il accompagne Yukichi Fukusawa sur les billets de 10000 yens. A en croire le soleil (de plomb) radieux qui brille depuis ce week-end, j’ose espérer que notre ascension marquera, en terme de changement d’époque, la fin définitive de la saison des pluies et des week-ends à la météo incertaine.

Le super Azusa n°1, avec sa mignonne locomotive bossue, nous conduit jusqu’à Kofu (甲府), qui sert de porte d’entrée aux Alpes du Sud, avant de continuer vers Matsumoto (松本), porte d’entrée des Alpes du Nord. Nous continuons en bus, et visiblement, nous ne sommes pas partis pour « la solitude des montagnes » : on nous demande de ranger nos sacs en ligne afin de pouvoir monter dans le bus en respectant l’ordre, et par deux pour que la ligne ne dépasse pas (trop) la longueur de l’arrêt de bus. Félicitations aux transports en commun japonais, qui, s’il ne sont pas économiques, sont ponctuels et prévoyants : ce seront finalement deux bus qui prendront la direction des routes de montagne, chargés de randonneurs et de sacs à dos.

Nous partons de Yashajintoge (夜叉神峠) en direction du chalet Minamiomurogoya (南御室小屋). Il s’agit d’une petite marche tranquille dans des sous-bois aux arbres variés. Par contre, l’attaque systèmatique des moustiques nous fait gentillement comprendre que si les japonais randonnent systèmatiquement en pantalons longs ou en leggings plutôt qu’en short, ce n’est pas juste pour avoir l’air professionel, mais également pour éviter des heures de grattage. Néanmoins, la crainte des piqures de moustiques passe désormais au deuxième rang de mes angoisses entomologiques : ce blog m’a fait comprendre que les espèces de gros bourdons jaunes que je voyais de loin en loin n’étaient pas d’inoffensifs butineurs, mais une espèce de frelon qui prolifère au Japon et dont le nom local (オオスズメバチ) signifie « grosse guêpe-moineau ». La page wikipedia en anglais est édifiante : un seul de ces frelon pourrait décimer (décapiter !) jusqu’à quarante abeilles à la minute, et ils n’hésiteraient pas à se servir de leur puissantes mandibules sur des humains, l’effet de la morsure et de la piqure produisant, je cite, une « compounded excruciating pain ». Pas pressé d’essayer quoi.

A peine le temps de monter la tente que le flic-floc de la pluie se fait entendre ! Heureusement ce petit épisode orageux de fin d’après-midi ne dure pas, et mieux, il nettoie complétement le ciel. Quand on vit à Tokyo, on a l’impression que la nuit n’est qu’un voile pudique tendu à hauteur des plus hauts immeubles, couvercle d’un noir mat destiné à faire monter la température et la pression, et à donner plus d’éclats aux néons. Aussi, de retour dans la nature, le citadin, levant les yeux au ciel, s’étonne, s’effraie presque de la profondeur du ciel et de ses étoiles.

Ne comptez pas sur une grasse-matinée dans un camping japonais : le soleil se levant à quatre heures trente, à partir de trois heures et demie on commence à entendre des bruits de tentes qui se plient, de petit-déjeuners qui se préparent. Dans la lumière oblique du matin, le haut de la forêt prend des couleurs de jardin des Hespérides. Puis soudainement, nous nous retrouvons sur la crête rocheuse et sablonneuse, au milieu d’un paysage de toute beauté.

Le Houousan (鳳凰山), une autre des cent célèbres montagnes du Japon, est un sommet triple, c’est pourquoi il est parfois appelé Houousanzan (鳳凰三山). Chacun des sommets porte un nom de bouddha. Nous approchons par le Yakushidake (薬師岳) – ne pas confondre avec un autre Yakushidake dans les Alpes du Nord -, d’après le bouddha de la médecine Yakushi ; suit le Kannondake (観音岳), d’après le bouddha de la miséricorde Kannon, qui culmine à 2840 mètres ; finalement, le Jizoudake (地蔵岳), couvert de rocs granitiques faisant penser à une échine de dragon, nommé d’après le sympathique bouddha des voyageurs Jizou.

Les vues sont splendides, sur les Alpes du Sud, Kitadake (北岳) en tête, mais également sur le mont Fuji et jusqu’au Alpes du Nord où l’on devine une petite pique noire : le Yarigatake (槍ヶ岳). Le terrain est étrange : des blocs de granite posés ça et là dans des sortes de sablières, une végétation qui se fait rase à l’approche du sommet qui m’a fait penser aux landes. La petite fleur des Alpes de la marche sera le Shizocodon soldanelloide ou Iwakagami (イワカガミ), qui nous a ravi avec ses cloches roses dentelées.

Passé le Jizoudake, il ne reste plus qu’à descendre vers Hirogawahara (広河原) d’où le bus nous ramènera à Kofu. Le début de la descente se fait dans un pierrier avant d’entrer dans la forêt où nous attends toute une série d’épreuves : échelles (en fer), échelles/escaliers en bois à la solidité toute relative, troncs à franchir par dessus ou par dessous, ponts faits de tronc d’arbres ; pas de tout repos.

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2 Réponses to “Trois bouddhas à dos de phoenix”

  1. Popa Says:

    Superbe…

  2. Tout ce qui brille (n’est pas or) « Cerveau 2.0 Says:

    […] du sud, Kaikomagatake et Senjogatake, Kitadake et Ainodake enneigés avec en ombre chinoise le Houou-san. Quelques heures de randonnée dans ce massif en forme d’escargot valent bien leur pesant de […]

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