Traversée du Tanzawa

De Tanzawasan

« Ah ! Il y a aussi un Fuji par ici », cria-t-il.

Shirobamba, Inoué Yasushi

Après une semaine, ou plutôt un mois, torride, avec 35° tous les jours, l’orage vendredi nous a amené une vague de fraîcheur en même temps qu’un week-end pluvieux. Un temps moins qu’idéal pour une sortie, mais adapté à une séance souvenir des vacances d’été.

Le typhon n°6, qui nous avait chassé de Hachijojima a déclenché un petit épisode pluvieux sur le centre de Honshu (ce n’est pas ce qui a provoqué les inondations de la semaine suivante) qui a ruiné mes plans d’escapade à Kamikochi — sorte de « Chamonix » local, toutes proportions gardées, dans les Alpes du Nord –. Cependant le beau temps étant revenu le vendredi (22 juillet), pourquoi ne pas faire un petit tour sur l’une des cent montagnes du Japon les plus proches de Tokyo, le Tanzawasan (丹沢山) ?

Pour tout simplifier, « Tanzawasan » est une sorte de nom générique pour désigner en fait un ensemble de plusieurs petits sommets, Tonotake (搭ノ岳, 1491m), Tanzawasan (1567m), Hirugatake (蛭ガ岳, 1673m) et Hinokiboramaru (檜洞丸, 1601m), le Tanzawasan n’étant même pas le plus élevé… mais alors c’est l’angoisse : quel est le sommet qui permet de « valider » le Tanzawasan ?! Finalement dans le doute je me lance pour la traversée complète, le challenge étant de ne pas rater le dernier bus du retour à 19 heures, avec comme objectif bonus de finir à 17 heures pour pouvoir rentrer un peu plus tôt.

Ça ne commence pas forcément très bien. Bien qu’à la gare de Shibusawa (渋沢), tout juste descendu de la ligne Odakyu en provenance de Shinjuku, je me rue vers l’arrêt de bus, je le rate et me vois contraint d’attendre une petite heure : autant pour le départ à la fraîche. Je blâme principalement le train qui devait être quelque chose comme 3 minutes en retard. Enfin c’est l’occasion de faire un complément de petit déjeuner au Mister Doughnut du coin ! Dans le bus qui amène à Okura (大倉) le début du chemin de randonnée, on doit se serrer. En effet, une classe de petits bouts de choux débarquent avec des sacs à dos aussi gros qu’eux, et sont guidés à l’intérieur par leurs souriantes accompagnatrices. Pour cette petite escapade au vert, ils n’ont pas d’uniformes, mais arborent néanmoins les traditionnelles casquettes de couleur vive ; ils ont également chacun une petite bouteille d’eau étiquetée avec leur nom en katakana accrochée à l’extérieur du sac.

A partir d’Okura commence la grande montée qui nous hisse sur la crête : le chemin est bien fréquenté et relativement bien entretenu, avec des marches presque sur toute la longueur. Le premier sommet est le Tonotake avec ses deux refuges et son panorama sur le mont Fuji. Une heure plus tard j’arrive au Tanzawasan proprement dit et encore une heure le long de la crête amène au Hirugatake, point le plus haut de la journée.

La crête offre des vues agréables sur la vallée et sur le mont Fuji, qui est nettement plus gros que vu depuis Okutama ou les Alpes du Sud. Je navigue au milieu de hêtraies, changement rafraîchissant par rapport aux plantations de suji, et les cigales font retentir leur chant, confirmant que nous sommes bien en été (bon bien sur un mois plus tard, le chant des cigales évoque plutôt la lassitude, voire le mal de tête).

Au Hirugatake, le temps est beau, je suis à l’heure sur mon planning et peut même me permettre une petite sieste face au Fuji. En guise de dernière confirmation je demande le temps qu’il reste avant l’arrêt de bus de Nishitanzawa Shizenkyoshitsu, ainsi que les horaires de bus au gardien du refuge. Comme dans le film « jersey no futari », il se tient à un endroit très précis du sommet, le téléphone brandi en l’air afin de pouvoir capter le réseau. Il s’empresse de me donner les informations demandées, avec néanmoins une petite réserve : « Ca se sont les horaires du bus, mais à cause du typhon, les routes ont été fermées, et je crois que les bus ne circulent pas ». Il ajoute en riant que je vais devoir traverser une rivière à gué, et que j’en aurais probablement jusqu’aux genoux.

Contrastant avec l’hilarité du gardien du refuge, je ne riais pas trop. Mais comme j’ai déjà dépassé la moitié du chemin, inutile de revenir en arrière, quitte à prendre une nuit d’hôtel où à revenir au refuge (les vacances apportent beaucoup de sérénité). Enfin je commence à comprendre pourquoi je ne croisais plus personne depuis le sommet du Tanzawasan. Ou presque, car lors de la descente, sur le chemin du Hinokiboramaru, je devais encore faire une rencontre bien singulière. Une paire de japonais à l’âge indéterminé, dont je pense sérieusement, avec le recul, qu’ils devaient être des esprits de la forêt. Ils relaient leurs inquiétudes quand au bus, qui ne passerait pas, mais surtout , au moment de nous séparer, comme si il venait de s’en souvenir, le plus petit, celui avec un regard de fou, lance : « Ah oui, attention au mamushi ! ». Le plus grand m’explique ce qu’est le mamushi, une vipère locale : « Tu ne peux pas te tromper, il est brun, de la même couleur que le sol, et petit. » (avec ça il doit être facile à repérer) « Si jamais il te mord, c’est la mort » (il joint le geste à la parole pour être sur de se faire comprendre) « évidemment il faut non seulement faire attention où tu mets les pieds, mais aussi où tu mets les mains ». Le petit rajoute : « fais bien attention, il était énervé ! ». Le geste au Japon pour « énervé » consiste en dresser les mains de part et d’autre de la tête comme pour faire des cornes de démon. Je me demande qui du mamushi ou du mime du mamushi m’effraie le plus !

Entre la rivière à traverser à gué, le bus qui risque de ne pas passer et le serpent en colère, je commence à me demander comment va finir la balade… En haut du Hinokiboramaru, je respire un peu : pas de reptile en vue, et encore une heure pour faire les 4,5 kilomètres de descente restant, il suffit de se dépêcher un peu. La rivière est un petit challenge, mais elle peut quand même se traverser sans mouiller plus que le bas de son pantalon. Pour retrouver le chemin de l’autre côté, il faut se souvenir qu’ils sont ici non seulement balisés par des marques de peinture, mais également par des petits rubans roses accrochés dans les branches. Mais la plus grande satisfaction sera quand même d’attraper le bus de 17 heures qui avait recommencé les opérations le jour même !

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3 Réponses to “Traversée du Tanzawa”

  1. Popa Says:

    Ouf, pas de rencontre avec le petit mamamushi….

  2. Elo Says:

    Faut se mefier, il est enerve le mamushi…

  3. Elo Says:

    Je suis quasi sure que les deux papis etaient des Tanukis! ^^

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