On The Road ou There And Back Again ?

La météo au Japon, en particulier celle fournie par l’agence météorologique, ne me semble pas totalement satisfaisante. Peut-être est-ce parce qu’il ne cherchent pas à simplifier un problème compliqué, peut-être est-ce du à la situation complexe de l’archipel où se rejoignent mers et montagnes, et typhons ; peut-être finalement est-ce juste de la mauvaise foi envers celui qui annonce les mauvaises nouvelles : mais lorsqu’on cherche à planifier un week-end, savoir qu’il y a 56% de chances que la prévision de 60% de pluie se réalise, ça ne fait de sens que pour les docteurs en statistiques (et encore).

Du coup nous avons adopté une technique dite du « aller voir ». Après tout si la météo n’est pas clémente, il sera toujours possible de visiter un musée plutôt que de passer la journée dehors et de nager dans les 5 lacs du mont Fuji. Si il pleut des cordes, on ne campera pas, on restera à l’hôtel…

De plus, ce week-end nous allons goûter à notre nouvelle liberté : la voiture. Je ne reviens pas sur les détails de la procédure d’obtention du permis de conduire japonais à partir du permis français, c’est déjà fait avec moult détails ici et . Je suis à la fois agréablement surpris et surpris par la simplicité de la procédure. Tout commence par le permis international : pour simplifier la France et le Japon ont décidé de ratifier deux conventions différentes pour les permis internationaux, pour conduire au Japon il faut donc obtenir un permis japonais. Mais pas de sueurs froides. En une demi-journée et moyennant le versement d’à peu près 6000 yens, c’est fait ! Cerise sur le gâteau, lorsqu’on vient de France et de certains autres pays, il n’est pas nécessaire de passer de test de conduite. Pas nécessaire non plus de savoir parler japonais, sauf pour passer l’épreuve de vue, où un cerbère grisonnant à l’air peu affable vous demandera la direction de l’échancrure dans le cercle du fameux test, ainsi que les trois couleurs des feux tricolores.

Enfin, comme ils se sont doutés que tout cela était peut-être un peu léger, dans la pochette surprise qui contient notre permis (n.b. au format carte de crédit, pas un carton rose à demi-plastifié taille A6.47 qui ne rentre dans aucun portefeuille), ils ont glissé deux documents d’une extrême valeur. Le premier est un feuillet de quatre pages qui explique quand même quelles sont les vitesses limites au Japon, ainsi que les démarches à suivre en cas d’accident. Le deuxième est plus crucial. Il s’agit d’une chronologie contenant les dates des jeux olympiques ainsi que les dates de naissance et de mort des empereurs japonais. L’intérêt est bien sûr de pouvoir faire le lien entre les années japonaises (nous sommes en Heisei 23) et les années grégoriennes. L’objectif, je pense, et de me faire comprendre que le 58 qui désigne mon année de naissance ne signifie pas que je suis contemporain de Néron. Dans ce contexte, est-ce vraiment plus important qu’un document expliquant si oui ou non ils font la priorité à gauche ? (J’ai appris plus tard que les australiens, bien qu’ils conduisent à gauche font la priorité à droite !).

Nous voilà donc dans notre Toyota Vitz au rugissant moteur de 1L (elle compense en esprit ce qu’il lui manque en puissance – mais pas nous, ce n’est que en vérifiant sur internet que je me suis rendu compte que ce modèle est connu sous le nom de Yaris par chez nous -). J’étais prévenu, je l’ai quand même fait : mettre le pied sur l’accélérateur et le frein en même temps, et avoir l’air totalement ridicule devant le loueur qui commence à se demander si tout argent est bon à prendre et si il reverra jamais sa voiture… Je n’ai pas fait : conduire accidentellement sur la voie de droite. Par contre fait : failli ouvrir la porte conducteur en voulant rétrograder dans une côte sur une route de montagne. Faut dire que la boite automatique c’est bien, surtout en ville ou on se repose, par contre dans les petites routes, il est un peu frustrant de ne pas pouvoir retirer toute sa puissance du « bolide ».

Sur l’autoroute Chuo qui nous emmène au vert, tout est bien jusque Hachioji, où nous voyons apparaître pour la première fois ce jour le panneau fatal : 通行止め (Route Fermée). Le typhon n°12 passe plus au sud, dans la région d’Osaka, mais il apporte quand même des pluies conséquentes (enfin la météo disait qu’il pleuvrait à Tokyo et… rien). Comme tout le monde, nous sortons et prenons la « nationale ». Beaucoup de gens on eu la même idée, et au bout de 15 kilomètres et 2 heures, nous nous décidons à essayer une autre route (pas question de passer la journée dans la voiture…) : 通行止め!

Nous essayons encore 2 ou 3 autres routes en direction des cinq lac du mont Fuji. Notre GPS nous entraînant à chaque fois dans des axes de plus en plus petits, tous fermés par des barrières et des signes : 通行止め. Il faut maintenant se rendre à l’évidence : nous n’arriverons pas à destination. Il faut dire que avec la pluie forcissant et les nuages noirs que l’on voit au loin, nous ne sommes pas vraiment sûr d’en avoir envie non plus. Puisque nous avons la voiture pour deux jours, autant se terrer dans l’onsen le plus proche, bouquiner et rentrer demain. Nous cherchons donc l’onsen en question à l’aide de notre super GPS. Las ! il est fermé.

La quête de l’onsen nous ayant mené à mi-chemin de Okutama, pourquoi ne pas poursuivre dans cette direction : c’est un peu plus au nord, peut-être échapperons nous au déluge, au pire nous verrons enfin le lac de retenue du barrage. Nous revoilà dans une route solitaire serpentant dans la montagne et sous la pluie. Toutes les rivières que nous croisons débordent et sont noires de boue. Puis soudain : 通行止め.

Nous sommes encore face à une preuve de la discipline japonaise. Alors que tous les panneaux 通行止め que nous avons croisé jusqu’alors n’avaient personne pour les garder, ici quelqu’un fait une permanence. Réflexe : il s’agit sûrement de s’assurer de ce que personne ne passe à cause du danger. Que nenni : le monsieur s’approche et nous demande poliment où nous allons. Quand je lui dit Okutama, il nous laisse passer. Il semblerait que seule la préfecture de Yamanashi soit interdite. Avant de nous regarder partir il nous glisse quand même : « faîtes en sorte de ne pas avoir d’accidents ». Moralité, un panneau sur le bord de la route interdit complètement le passage, un panneau surveillé, on peut toujours négocier.

Nous croisons dès lors toute une série de barrages tenus par des vieux monsieurs en impers intégraux qui passent leur temps dans leur voiture mais qui nous ouvrent le passage dès que nous arrivons. Cela vire parfois même au surréalisme lorsque 30 mètre après un barrage interdisant la circulation nous tombons sur deux employés de chantier en train de … faire la circulation sur un passage à file unique.

Le dernier barrage que nous croisons, un monsieur nous dit : 自己責任 (c’est votre responsabilité). Pas rassurant du tout. Surtout que la pluie ne faiblit pas, et que la route commence à prendre des allures de fin du monde : un employé de la voirie se désole devant un flot de galet qui s’est déversé sur la route, qui prend des allures de rivière. Plus loin dans les nombreux tunnels qui bordent le lac d’Okutama, de l’eau coule du toit, et jailli en geyser des bouches d’égout. Le lac lui-même n’est pas trop troublé : ses eaux sont turquoises et la pluie donne un aspect irréel aux forêts et aux montagnes plongées dans la brume.

Nous arrivons enfin au bout du lac. Juste le temps de vérifier que les onsens d’Okutama sont également fermés, et nous voilà de retour vers la grande ville et… le sec. Il semblerait que pas une goutte ne soit tombée à Tokyo. Il en viendra un petit peu dans la soirée. Le typhon n°12, Talas de son petit nom, est passé au travers de Shikoku et du Kansai, qui ont connu des pluies record. Apparemment il s’est déplacé de façon relativement lente, raison pour toutes ces précipitations. Il semblerait qu’il ait été le typhon « de la décennie », et les images de destructions qui nous sont parvenues par les média ont rappelé à tous les images du tsunami.

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Une Réponse to “On The Road ou There And Back Again ?”

  1. Elo Says:

    Dommage! Le mont Fuji, ce sera pour une prochaine fois…

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