お正月 (Le nouvel an japonais)

Bonne année 2012 ! Je profite de la tranquillité des jours fériés du nouvel an pour faire une mise à jour, la première depuis (trop) longtemps…

Nous n’avons pas chômé en cette fin d’année : visite des parents (j’espère toujours en faire un billet), bachotage puis passage du test d’aptitude en japonais (j’espère toujours en faire un billet), recherche d’un nouvel appartement (j’espère toujours en faire un billet), recherche d’un nouveau travail (j’espère toujours en faire un billet)…

De retour au sujet qui nous intéresse : le nouvel an japonais. Si chez nous Noël est plutôt la fête à passer en famille, ici ce n’est qu’une débauche splendide d’illuminations urbaines, sous lesquelles des couples chaudement couverts font des sorties romantiques, tandis que plus loin des hordes de mères-noël sponsorisées par Don Quichotte sèment la terreur dans les discothèques. Le nouvel an me semble avoir un petit peu plus cet aspect familial, même les clubs de Roppongi font recette cette nuit là également.

La première chose, ou plutôt la deuxième, mais on voit juste après que les deux sont liées, qui m’a surpris avec le nouvel an japonais, c’est sa date. C’est quand même une sacrée chance que le nouvel an tombe juste au premier janvier. Une telle coïncidence ne saurait être simplement le fait du hasard : les japonais ont adopté le calendrier grégorien pendant l’ère Meiji, et les festivités du nouvel an ont été décalées du nouvel an de l’ancien calendrier lunaire vers le nouvel an grégorien.

L’autre fait troublant, c’est le nom du nouvel an japonais : oshougatsu (comme écrit dans le titre). Littéralement ça veut dire « le mois juste », et vu sous cet angle, c’est à nouveau une splendide illustration des difficultés incommensurables que doit affronter tout japonisant en herbe : comment on en arrive à dire « nouvelle année » en utilisant le mot « mois », et sans utiliser le mot « nouveau »… L’explication est que à l’origine il s’agissait du nouvel an lunaire et que shougatsu était le nom du premier mois de l’ancien calendrier. Il faut dire que j’ai fait une petite cachotterie en taisant que 月 (gatsu) signifie mois, mais également lune.

Dans de telle circonstances, j’en viens à me demander pourquoi le calendrier lunaire a été abandonné pour commencer (même les gaulois en avaient un !).

Petite plongée dans les symboles et les us et coutumes du nouvel an… Pour une vision plus complète, wikipedia sera votre ami. On commence par la préparation : depuis quelques jours nous avions vu apparaître sur les entrées des maisons des décorations faîtes principalement de branches de pin et de bambou (trois de taille inégale, taillés en biseau), avec parfois même des branches de sakura. Il s’agit des kadomatsu (門松), ils se placent par deux, un de chaque côté de l’entrée, et servent officiellement à accueillir le kami (divinité) du nouvel an, et officieusement à montrer son status social : que de différence entre les simples branches de pin scotchées sur le perron de telle gargote et les imposantes compositions se pavanant devant les boutiques huppées de Tokyo Midtown !

Sur la porte on épingle une décoration appelée shimekazari (注連飾り) constituée d’une corde tressée, symbole omniprésent du sacré dans le shinto (que l’on retrouve dans les temples, sur les arbres, à la ceinture du yokozuna) accompagnée des éclairs en papier pliés, mais également d’une farandole d’accessoires (optionnels) à la symbolique absconse (en tous cas pour moi) : du kombu (algue), du pin, de la fougère, de l’orange amère, éventuellement un homard. Mais si vous pensiez vous faire un repas de fête en faisant le tour des shimekazari du coin, sachez que le homard est un postiche en plastique.

Le soir du nouvel an, nous en avions déjà parlé, est dédié au Kohakuutagassen, l’inénarrable émission de variété que j’avais évoquée également l’an dernier. Cette année, la K-pop (musique populaire coréenne par similitude avec la J-pop, musique populaire japonaise) était à l’honneur avec les premières apparitions de « Kara » et « Girl generation » (les groupes coréens à succès imitant les groupes japonais à succès se retrouvent à avoir du succès au Japon où ils sortent des chansons en japonais à succès).

Les AKB48, impératrices des ventes de disques cette année étaient omniprésentes, mais bon il faut dire que elles sont 48 et elles avaient ramené des amies, alors ça faisait beaucoup de monde !

Au sein de l’émission, qui est une institution, certains artistes se distinguent. En particulier Kobayashi Sachiko qui tous les ans (c’est sa 33ème participation) a une robe et un décors somptueusement kitch. Cette année elle s’est faite avaler par un dragon chinois mécanique avant de ressortir sur sa tête. Le dragon ouvrait la bouche de façon synchronisée avec la musique et avait les sourcils et les oreilles qui remuaient.

Le thème de cette année était : « Chanter pour demain ». L’évènement principal de l’année 2011 au Japon est bien entendu le tremblement de terre du 11 mars, ainsi que les ravages du tsunami qui a suivi. Ces difficultés ont pu être surmontées grâce à l’union de la société japonaise, ainsi qu’à l’aide venue des autres pays, et c’est pourquoi le kanji choisi pour être le kanji de l’année 2011 était lien (絆). On sent bien que avec la nouvelle année, les gens ont envie de tourner la page et de retrouver les lendemains qui chantent.

Pour le repas, une tradition est de manger des sobas (pâtes de sarrasin) en soupe, que l’on appelle alors des toshikoshisoba (年越し蕎麦). Il faut manger ces sobas avant la fin de l’année, pour se débarrasser de la fatigue de l’année précédente et avoir une bonne santé (éventuellement financière) pour l’année suivante.

Nous sommes allés au temple Zoujouji (増上寺). Nous n’étions pas les seuls à avoir cette idée : le lieu était comble ! Au temple un grand feu était destiné à brûler les charmes protecteurs de l’an passé… Nous nous empressons d’acheter une nouvelle hama-ya pour être sur que les démons se gardent à distance raisonnable de notre foyer. La cloche sonne 108 coups, symbolisant les 108 désirs terrestres dont il faut se détacher.

A minuit, un lâcher de ballon est organisé, des centaines s’envolent du temple, mais aussi de l’hôtel avoisinant. De l’endroit où nous sommes, nous pouvons également voir la tour de Tokyo qui affiche 2012, la nouvelle année.

Les célébrations ne s’arrêtent pas ici : il est également de bonne augure de porter une attention particulière à toutes les actions que l’on fait pour la première fois dans la nouvelle année. A commencer par le premier lever de soleil (初日の出). Alors que la couverture nuageuse ne nous a pas permis de profiter d’un spectacle extraordinaire, bientôt un autre évènement nous rappelle l’indifférence de la nature : un tremblement de terre d’une magnitude 7, qui malgré l’éloignement a été ressenti fortement à Tokyo. Les réalités géologiques ne changent, hélas, pas aussi facilement que les agendas.

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4 Réponses to “お正月 (Le nouvel an japonais)”

  1. Elo Says:

    J’ai entendu dire que le homard symbolise le voeu d’atteindre un age avance (Parceque le homard a le dos courbe, ben oui…). Mais pourquoi un homard? Il n’y a pas de homard dans les mers japonaises que je sache (en Europe ou en Amerique, oui, mais pas au Japon!). Mystere et boule de gomme!

  2. Popa Says:

    C’est un plaisir de retrouver cette chronique en ce debut 2012…

  3. Justin Says:

    新年明けましておめでとうございます! 😀

    On a découvert à l’occasion du réveillon que les filles adorent les soba! Elles ont bien du manger la moitié de mon bol ^^

  4. Marathon de Tokyo 2012 « Cerveau 2.0 Says:

    […] dix kilomètres d’avance dans la course. Vient ensuite Minato-ku, avec le grand temple Zozoji où nous avions passé le nouvel-an. Là encore des spectacles : danses variées, dont du flamenco et une remarquée danse du ventre. […]

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