Marathon de Tokyo 2012

Comme excuse on dira que j’ai attendu de recevoir la feuille de résultat officielle avant d’écrire ce retour d’expérience sur le marathon de Tokyo couru le 26 février dernier. Merci à Elo pour la photo !

Si je me souviens correctement, la dernière course à pied que j’ai du disputer devait être la foulée douvainoise, il y a quinze ans voire plus. La distance dans ma catégorie était quelque chose comme 4 kilomètres. Pas vraiment un pedigree de nature a me rassurer a moins de dix minutes du départ d’une course dix fois plus longue. Bien sûr, j’ai quand même quelques mois d’entraînement dans les jambes… Entraînement dont l’assiduité a hélas légèrement varie en fonction de la météo du moment : courir le marathon fin février c’est sûrement proche de l’idéal en ce qui concerne la température de course le jour J, mais ça implique de faire sa préparation pendant le Noël enneigé et les pluies verglaçantes de janvier !

La température, d’ailleurs, se prête sûrement bien à la course, mais relativement moins bien a l’attente en rang d’oignons dans la zone de départ ou nous avons été encouragés à nous rendre environ 20 minutes avant le départ. Avec la venue des derniers retardataires, la situation s’améliore quelque peu. En effet, cette année le nombre de participants a été élargi à environ 36000. Sur 288000 entrants, ça ne fait jamais que 1 chance sur 8 (c’est bien ma chance !), mais c’est largement suffisant pour créer de la chaleur humaine. Sur le bord de la route j’aperçois même l’inventeur du iRun, un fan d’Apple avec de faux airs d’inspecteur gadget qui diffuse la course en direct sur les réseaux sociaux à l’aide d’une demie-douzaines de « iDevices ».

Au milieu de la foule, une petite armée en leggings de course et T-shirts respirants aux couleurs fluo, je me dis que nous devons être un joli spectacle vu d’en haut. C’est sûrement ce que pense cette grand-mère qui est notre première supportrice et qui nous fait coucou depuis son balcon, mais également les caméras de télévision dans deux ou trois hélicoptères que l’on entend bourdonner au dessus de nos têtes. Mes voisins, un groupe de grand-pères et de grand-mères parlent nonchalamment de tous les marathons précédents qu’ils ont terminé avec les honneurs, et me donnent un peu l’impression d’un intrus dans ce monde de spécialistes de la course a pied. Dans le matin blême les tours de la mairie de Tokyo, gris sombre sur un fond de nuage gris clair ont l’air vaguement menaçantes ; en tous cas solennelles, comme il sied à cette structure de l’inévitable Kenzo Tange qui serait inspirée de la cathédrale de Notre-Dame de Paris.

Enfin, toutes ces considérations sont bien plus d’accessoires face au problème que je rencontre… Levé de bonne heure conformément aux conseils que j’avais reçus par courrier en même temps que les instructions pour retirer mon dossard, j’ai fait un bon petit déjeuner quelques heures plus tôt et bu beaucoup (trop ?) de thé. La nature faisant son travail, je suis saisi par une impérative envie de faire pipi ! Et oui, ce n’était pas juste pour me réchauffer que je sautillais sur place…

Finalement neuf heures dix et le coup de feu du départ résonne longuement contre les parois de verre et d’acier des immeubles de Shinjuku. J l’acceuille avec un grand soulagement : je me dis bien naïvement que les premiers toilettes sur le chemin seront vraisemblablement vides, car les autres auront su prendre leurs précautions avant… Force est de constater que dans un premier temps, je ne m’approche pas de la sanisette tant convoitée à un rythme effréné : les premiers mètres sont fait en marchant, ce qui laisse le temps de bien voir la pancarte que des membres du staff facétieux tiennent bien haut, « 43 kilomètres restants ». Il est hors de question que je coure tout le marathon dans cet état, ce sera déjà un miracle si j’arrive a faire les 800 mètres jusqu’à la ligne de départ « au sec ».

Dans cette situation, je ne sais pas si la pensée des WCs est vraiment de nature à calmer l’envie. Cependant par déformation professionnelle, je ne peux empêcher mes pensées de dériver vers cet évident problème d’optimisation. Vraisemblablement 36000 participants auront envie d’aller aux petit-coins, et ce en l’espace d’une heure avant le départ. Si on considère que chaque personne ne passe que 30 secondes au toilettes (mais sans penser que certains profitent du luxe des cabinets de chantier pour ajuster leur tenue, je pense que c’est une estimation basse), cela fait quand même 300 toilettes nécessaires. Il y en avait un bon nombre, mais je ne pense pas autant, ce qui explique les bouchons (la solution aurait été d’avoir des urinoirs, car même si la course à pied est un sport mixte, plus de 60% des participants étaient des hommes). Ce petit problème logistique trouvera néanmoins un épilogue heureux (en tous cas pour moi qui n’ai pas eu a le faire sous un pont proche du départ sous le regards peu compatissant d’un agent tenant un panneau : « Veuillez utiliser les toilettes indiquées par le staff »), lorsque j’avisais un bloc de cabines devant la mairie, avec une file d’attente minimale et (grand luxe) située avant la ligne de départ (donc avant le lancement du chronométrage).

Libéré de ce soucis trivial, je pouvais enfin commencer la course et voler (le début est en faux plat descendant) à travers les rues de Shinjuku en direction de Iidabashi. Enfin, plutôt me frayer un chemin dans les embouteillages : ce n’est que après le dixième kilomètre voire plus que les écarts se stabilisent. Pour le moment j’ai l’impression des bouchons du dimanche soir a Hachioji ! Mais rien ne sert de se presser en ce début de course : mieux vaut profiter de l’atmosphère de la course. Il est déjà unique de pouvoir gambader en toute liberté au milieu des gratte-ciel de Shinjuku, sur les grandes artères réservées d’habitude aux voitures, mais de participer à une course en masse, avec des personnes de tous âges et de tout horizons rend l’expérience unique. D’autant plus que de nombreuses personnes se sont placées sur les bords des routes pour encourager les participants, et les nombreux volontaires engagés dans l’organisation de la course ont fait un travail admirable pour que tout se déroule sans accrocs et que les coureurs puissent se concentrer uniquement sur leur course.

Dans ce genre de course, chacun a sa propre raison de relever le challenge. Plusieurs papis, dont un affiche clairement qu’il a 76 ans, quelques manifestants engagés contre l’énergie atomique, dont un déguisé en éolienne. Plusieurs participent l’opération de charité « Tsunagu » dont la moitié des recettes cette année seront versées aux opérations de reconstruction du Tohoku. Ils portent un T-shirt avec un encart leur permettant d’écrire la raison pour laquelle ils courent. En guise d’exercice de japonais, je déchiffre leur messages (âmes insensibles s’abstenir) : « Pour mes deux filles », plusieurs variantes de « Pour le Tohoku », « Pour la paix », « Pour l’avenir », une femme entre deux âges court pour sa « maman qui est au ciel » ; d’autres souhaitent que chacun « ait la force de réaliser ses rêves ». De nombreuses personnes participent à l’ambiance festive en se déguisant, nous avons plusieurs « maids » (l’habit de servante à la française, qui semble bien plus connu de part le monde que dans le pays d’origine), quelques Lady Gaga ; certains arborent un chapeau original : boulette de riz ou pinte de bière ; mais, et l’on m’a dit plus tard que c’était traditionnel, la palme revient à un Jésus, qui fait la course en pagne et pieds nus, en portant sa croix et sa couronne d’épines.

Outre les supporters présents sur le bord de la route, de nombreux spectacles sont organisés le long de la route. Vers le cinquième kilomètre nous avons le droit à l’harmonie des forces d’auto-défense (l’équivalent de l’armée) japonaise. Comme on est en droit de s’y attendre, la fanfare militaire joue de façon impeccable. Plus loin nous auront droit à un brass-band composé de jeunes collégiens ou lycéens qui sont eux aussi excellents, si bien que je regrette de devoir m’éloigner au pas de course.

La première moitié du marathon me donne vraiment l’impression de jouer à domicile. Après Shinjuku, nous faisons une partie du tour du palais impérial qui est un des hauts lieux du jogging dominical à Tokyo. Comme le tour complet fait presque exactement 5 kilomètres il est pratique d’y mesurer son allure. A ce moment là que je vois passer les premières femmes en sens inverse (le parcours fait une boucle), avec dix kilomètres d’avance dans la course. Vient ensuite Minato-ku, avec le grand temple Zozoji où nous avions passé le nouvel-an. Là encore des spectacles : danses variées, dont du flamenco et une remarquée danse du ventre. Le parcours passe ensuite dans la rue juste derrière l’appartement où j’ai pu retrouver ma supportrice personnelle pour aller jusqu’à la gare de Shinagawa et retour. Nous profitons en passant d’un concert de taiko (tambours japonais) et d’autres spectacles de danse.

Nous arrivons ensuite dans la rue principale de Ginza fermée pour l’occasion. A ce moment là j’ai plutôt de bonnes sensations, j’avance à une allure légèrement plus rapide que le temps officieux de quatre heures que je m’étais fixé ; et après avoir dépassé la moitié de la course, les foulées qui rapprochent de l’arrivée succèdent aux foulées qui éloignent du départ. Cependant, arrive le passage des 25 kilomètres, à peu près la distance maximale que j’avais parcouru pendant mes sorties longues d’entraînement. Si le souffle reste facile, mes jambes commence à titiller, puis à faire mal…

Je n’ai jamais été aussi heureux de voir la Kaminari-mon du temple Sensou-ji d’Asakusa : a cet endroit la course fait demi-tour et nous cessons les boucles et les détours dans Tokyo pour se diriger (presque) directement vers Odaiba et le Tokyo Big Sight qui marque l’arrivée de la course que je commence à implorer de mes voeux (alors qu’il reste plus de dix kilomètres à boucler !). Près du temple il y a encore un concert d’harmonie joué par des écoliers du quartier. Mine de rien, la mobilisation de tous ces habitants de la ville pour faire de la course un succès m’aide grandement à faire ma part, qui est d’arriver ; surtout vis-à-vis des personnes qui ont échoué à la loterie (dont quelques connaissances).

Après le kilomètre 30 et jusqu’au kilomètre 40, l’essentiel de mon attention se reporte sur l’action de mettre un pied devant l’autre, action qui devient de plus en plus douloureuse. Pour ne pas aider, les panneaux qui marquent chaque kilomètre semblent s’espacer : j’en rencontre de moins en moins souvent ! Seule consolation, la course prend un air un peu plus océanique alors que nous enjambons plusieurs ponts avec au moins la certitude d’être dans la bonne direction pour rejoindre l’île artificielle d’Odaiba.

Au kilomètre 40 je reprends un peu mes esprits. Disons que pour préparer la course, j’avais lu la page wikipedia sur le marathon, où est expliqué que la distance est apparue lors des premiers jeux olympiques de l’ère moderne. Basées sur la légende liée à la bataille de Marathon, les première courses furent disputées sur une distance d’environ 40km correspondant à l’éloignement entre Marathon et Athènes. La distance de 42 kilomètres 195 mètres correspond à celle des jeux de Londres 1908. Eureka ! Une distance aussi « savoureuse » ne pouvait provenir que d’un pays réfractaire au système métrique. Bref, peu soucieux de me laisser abattre par des kilomètres superflus ajoutés au bon plaisir du roi d’Angleterre désireux de voir la course commencer de son palais pour arriver devant sa royale loge, je décide de retrouver mon rythme pour arriver la tête haute.

Le kilomètre 42 arrive comme une délivrance : plus qu’un demi-tour de stade, et en plus un show de pom-pom girls ! Je me paye même le luxe d’un petit sprint. Ni pour le temps, ni pour le classement, ni pour la frime, mais uniquement pour en finir au plus tôt !

Bonne surprise à l’arrivée nous avons le droit à plein de goodies : des boissons, une serviette et même une petite médaille marquée « Finisher ». En conclusion, j’étais vraiment content de pouvoir disputer cette course. J’en déduis donc que je dois remercier en premier lieu la chance qui m’a permis d’être sélectionné à la loterie. C’est peut-être une évidence pour les gens qui participent souvent à ce genre d’évènement, mais j’ai vraiment adoré l’ambiance. Chapeau au staff pour l’organisation (qui a si j’ai bien compris une annonce, a impliquée le pelage et la découpe de 96000 bananes). Je ne sais pas si j’aurais pu me motiver pour finir la course si cela n’avait pas été dans un évènement mobilisant autant de personnes dans la bonne humeur généralisée.

En ce qui concerne les résultats de la course. Chez les hommes elle a été gagnée par le Kipyego en 2h07m37s. Le second est un japonais, Fujiwara, qui signe son meilleurs temps personnel. Haile Gebrselassie (seul participant dont je connaissais le nom) est arrivé 4ème. Il participait pour essayer de faire un bon temps pour une ultime participation aux Jeux Olympiques à Londres, je crois donc que c’est un peu une déception pour lui. Chez les femmes la première place a été prise par l’éthiopienne Habtamu qui signe en 2h25m28s un record pour l’épreuve. La première japonaise est Eri Okubo, quatrième, qui signe son record personnel. La motivation des japonais s’explique par, outre le fait qu’ils courent à domicile, le fait que la course soit couplée avec la qualification pour les Jeux Olympiques de Londres.

Très modestement, je suis arrivé en 4h11 (temps net). J’ai longtemps réfléchi à l’injustice qui fait que ceux qui courent plus vite courent moins longtemps. Mais bon, il faut bien dire que pour arriver à ce niveau de performance, il faut en avoir fait des heures d’entraînement ! Et pendant les grandes compétitions, eux ils sont en train de courir pendant que je regarde la télé en mangeant du pop-corn…

Pour le classement c’est plus compliqué, je donne juste 11157ème sur 27340 qui correspond au classement dans l’ordre d’arrivée pour les hommes, et 698ème sur 2240, le classement net (au temps) dans ma classe d’âge. Pour une première expérience, je suis très content d’avoir pu finir en pas trop mauvais état, même si je m’en veux un peu de ne pas avoir pu tenir mon objectif officieux de quatre heures, sûrement un petit manque d’entraînement. J’étais surpris par l’absence de problèmes point de vue de la respiration (pas de points de côté, etc…), contrastant avec l’extrême douleur que j’ai ressentie dans les jambes.

Pour la rigolade, mes temps de parcours.
0 – 5km : 29m31s
5 – 10km : 27m19s
10 – 15km : 26m11s
15 – 20km : 26m16s
20 – 25km : 27m53s
25 – 30km : 31m00s
30 – 35km : 32m35s
35 – 40km : 35m10s
40 – fin : 15m29s
total : 4h11m24s

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4 Réponses to “Marathon de Tokyo 2012”

  1. Popa Says:

    Encore bravo, et très bonne relation.

  2. L'echo Says:

    おめでとうございます!C’est impressionnant d’avoir fini. Rien que de regarder la course m’a fatiguee…

  3. Juan Says:

    Bravo ! Et en plus, l’avoir fait tout seul c’est impressionnant !

    • maaaraag Says:

      Le jour de la course il y avait tellement de monde que l’ambiance etait sympa, c’est vrai que pour l’entrainement des fois c’etait dur de se motiver. Je pense qu’il faisait moins chaud que a Barcelone aussi 😉

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