Inamovibles

Roppongi, c’est fini !
Les meilleures choses ont une fin dit-on. C’est le cas des appartements de fonction en plein coeur de Roppongi. Adieux princesses du matin, dans leurs fausses robes longues, fumant en grelottant la première cigarette de la journée, gardées par des cerbères en costume bleu scarabée et oreillette ; adieux noceurs en perdition attendant ensommeillés le premier métro ; adieux opiniâtres rabatteurs aux couleurs de l’arc-en-ciel et masseuses du dimanche matin : sans rancune, je vous l’assure, je rentrais vraiment chez moi, j’allais vraiment faire les courses.

Mais d’abord pourquoi déménager ? Les appart-hotels sont une des grandes catégories de l’hébergement d’étrangers au Japon. Leurs avantages : service para-hôtelier, c’est à dire réception, salle de sport, petit-déjeuner et ménage qui inclut le linge de maison (fini les draps que l’on ne sait pas où faire sécher) ; emplacement, ils sont en général situés dans les quartiers centraux ; et meublés. Leur inconvénient majeur, c’est leur prix : résidents de longue durée nous pouvions prétendre à leur meilleur tarif « super discount », mais leur devis à 2000 euros par mois nous a convaincu qu’il y avait de meilleures alternatives. C’est d’ailleurs pour cette raison que leurs principaux clients restent pour des durées un peu plus courtes ou sont des grosses entreprises.

La plupart des gens venant de l’étranger pour passer quelques mois à Tokyo se logent dans des guesthouses (gaijin house). Ce sont des sortes de collocations meublées. Là aussi l’avantage est le meublé, l’ambiance « auberge espagnole » et le prix raisonnable. L’inconvénient est la promiscuité, surtout pour un couple (que par ailleurs certaines refusent tout simplement).

L’offre en appartements meublés est très faible à Tokyo. Les principaux acteurs que j’ai trouvé sont les gaijins houses dont certaines offrent des appartements meublés dont les prix ne m’ont pas semblé compétitifs et des entreprises spécialisées dans l’hébergement d’étrangers, avec premium donc, je suppose pour l’anglais. A ce stade, me dis-je, est-il utile d’avoir lutté pendant 6 ans avec le japonais pour se retrouver à Tokyo à payer un premium pour fréquenter une agence immobilière parlant anglais ? Non, finalement nous nous décidons pour louer un appartement classique, c’est à dire non-meublé. L’avantage sera la flexibilité sur le lieu et le prix. L’inconvénient sera qu’il nous faudra faire toutes les démarches tout seuls, et en japonais, et acheter nos meubles.

Heureusement nous ne sommes pas les premiers à faire cette démarche, et nous avons pu trouver beaucoup d’aide par nos collègues et amis japonais ainsi que sur des blogs sur internet, par exemple ce comparatif des différents types de logement (légèrement centré sur les guesthouses) et cet article qui m’a vraiment aidé à y croire : nous trouverons l’appartement de nos rêves !

Souvenirs Etymologiques : de la mobilité
Tel livre de logique lu à l’âge tendre comportait en guise d’introduction cette question : « Que se passe-t-il quand un boulet de canon irrésistible rencontre un mur inébranlable » ? J’ai envie de reprendre cette ce problème à mon compte en modifiant quelque peu les données d’entrée : « Que ce passe-t-il lorsqu’une l’action d’une entreprise du Cac 40 rencontre un deux-pièces » ?

La réponse est aisée : l’action, c’est son fardeau en tant que valeur mobilière, cède forcément la voix au bien immobilier. J’avais fait depuis longtemps le rapprochement entre les meubles, le mobilier, et les valeurs mobilières. J’imaginais alors de belles maisons et des hôtels particuliers dans lesquels, aux milieu des tapisseries et des toiles de maître trônaient, proprement encadrés, les bons au porteurs. C’était la seule façon que j’avais de réconcilier l’armoire et l’obligation, et je dois dire que je n’en étais que moyennement satisfait…

Au pays du soleil levant, agence immobilière se dit FUDOUSAN (不動産). FU (不) est un suffixe privatif, un peu comme notre « in/im », DOU (動) signifie mouvement, on dira ici « mobile » et SAN (産) a ici le sens de « bien ». Voilà donc une boutique qui fait commerce d’immobile biens. C’est donc ça ! « Immobilier », vient d’immobile, et c’est le commerce des biens qui ne bougent pas (attendu l’instabilité de la lithosphère dans la région, c’est une approximation que l’on espère la plus exacte possible) ; le mobilier, ce sont les biens que l’on peu déplacer !

Enfin, je conçois que ce qui est pour moi un big-bang étymologique de la même ampleur que lorsque j’ai découvert que NRJ (le nom de la radio) venait du mot « énergie » (moi d’il y a vingt ans, si tu lis ce blog, je te donne l’astuce : il faut le lire à haute voix), ne soit que l’évidence pour certains.

Les agences immobilières seront le partenaire indispensable de votre recherche d’appartement.

Un allié de poids
Comment trouver des agences immobilières supervisant des logements susceptibles de vous plaire ? Nous avons utilisé le site SUUMO. L’avantage de ce site c’est qu’il liste un grand nombre d’annonces avec des filtres faciles a mettre en place (emplacement, taille, loyer,…). C’est pratique pour se donner une idée des prix, et comporte un petit aspect ludique : quasiment toutes les offres comportent un plan de l’appartement, aussi quand je fus lassé de chercher la perle rare dans notre gamme de prix, je me permis un coup d’oeil aux splendides 200m2 en haut de la Moto-Azabu Hills Forest Tower (la tour qui s’élargit vers le haut).

Il suffit de cliquer sur les offres pour être mis en contact par mail avec les agences immobilières. Je les ai trouvé globalement plutôt acceuillantes : j’anticipe, mais le rapport entre le service rendu et leur facturation me semble plutôt à leur avantage (impression qui me semble confirmée par leur abondance). Si bien que si vous avez déjà décidé de où vous voulez vivre, vous pouvez tout aussi ne pas chercher du tout sur internet et juste pousser la porte des agences des environs. Il faut savoir que en général tous les annonces ne sont pas sur internet, et que les annonces sont partagées entre différentes agences (nous avons compris que cela ne servait à rien de voir de nouvelles agences lorsque nous étions obligés de leur dire à chaque logement qu’ils nous présentaient que nous l’avions visité avec quelqu’un d’autre).

Un des points à régler pour la location d’un appartement est le garant. Pour louer au Japon un garant (保証人, HOSHONIN) est indispensable. C’est un point un peu délicat car être garant est une assez grande responsabilité, donc pas dit que ce bon ami japonais que vous avez rencontré il y a 3 jours dans un bar se porte volontaire. Alternativement, votre entreprise peut se porter garante, mais j’ai eu l’impression que cela demandait de la paperasse supplémentaire (n.b. la situation est complètement différente si votre entreprise loue l’appartement en son nom, auquel cas vous n’avez rien à faire…). Si comme nous vous n’avez pas d’amis aux poches pleines ni d’entreprise conciliante, pas la peine de faire les petites annonces pour acheter un garant : c’est déjà prévu ! Effectivement, dans notre société moderne et individualiste, les gaijins sont loin d’être les seuls à ne pas trouver de garant. Donc, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes vous pouvez passer par une compagnie garante (保証会社, HOSHOGAISHA), l’agence ne vous fera pas d’histoire si vous choisissez cette solution car les deux entreprises sont sinon dans le même groupe, au moins de mèche. Et si quelques personnes refuseront de louer sans une personne garante, la plupart accepteront la compagnie garante.

A l’agence, l’entretien « type », je dirais, commence par une description du bien souhaité. Les points sur lesquels nous étions intransigeants étant l’emplacement et le faible prix (moins de 100000 yens – ~1000 euros en ce moment – dans Tokyo centre ne permettent pas de loger deux personnes avec extravagance), nous nous sommes retrouvés avec un choix limité d’appartements. Pas plus mal au final, cela nous prive du loisir de faire les ânes de Buridan. Ensuite le personnel de l’agence entre tous nos critères dans un filtre sur une page web qui leur sort une liste de résultats. Une des personnes à qui nous avons eu affaire était tellement contente de ses capacités en maniement de l’outil informatique qu’elle s’est sentie obligée de nous montrer à quel point elle avait correctement rempli le formulaire selon nos choix. Vous me direz que ce n’est pas tellement différent de ce que vous avez pu faire sur le site SUUMO ? En essence non (en pratique je pense qu’ils ont accès à une base de donnée un peu plus complète), mais ne soyez pas mauvais public, vous êtes sur le point de payer un mois de loyer pour ça !

L’étape suivante consiste à… …attendre. L’agent va téléphoner à toutes les personnes responsables de différentes annonces pour leur demander si le bien est toujours disponible (ok), si il est possible d’y loger deux personnes (ils refusent parfois de louer les studios à deux personnes), et bien sûr si c’est bon pour louer à des étrangers.

– Des étrangers ? mais d’où viennent-ils ?
– De France…
– Ils parlent japonais ?
– Oui couramment… (merci tellement agent immobilier, tu es la seule personne au monde à avoir dit que je savais parler couramment, ça vaut presque le mois de loyer que ça va me coûter !!!)
– Ils ont un garant ?
– Ils veulent passer par une compagnie garante.
– D’accord mais si ils passent l’enquête.

C’est en général ce qui se dit au téléphone. De temps en temps, il y a une réponse négative du style : « des étrangers, c’est un peu compliqué… ». Il faut dire que les étrangers ont la fâcheuse réputation de partir au milieu du bail (dont la durée est 2 ans). Ce n’est généralement pas illégal (mais néanmoins embêtant). En effet, la plupart des contrats (dont le notre) prévoient un préavis de seulement 1 mois pour partir. C’est un point important à vérifier lors de la signature du contrat. Je crois que c’est un règlement au niveau de la préfecture de Tokyo pour protéger les locataires. Maintenant peut-on partir facilement en milieu de bail ? J’ai eu des échos dans les deux sens, ce sera donc, le cas échéant, la surprise !

Les appartements japonais
Après avoir fait l’intersection de l’ensemble des appartements répondants à nos exigences et l’ensemble des appartements acceptant deux étrangers, l’agent immobilier vous montrera des impressions des plans avec l’air réjoui de l’accoucheuse qui vous présente votre nouveau né. A vous de choisir lesquels vous voulez visiter. Si vous voulez garder les plans, il vous les arrachera des mains pour courir aller faire des photocopies afin mettre l’en-tête de son agence sur le plan « générique » venant du système en ligne. Je l’évoque car cela m’a rappelé les heures les plus noire de ma recherche d’emploi, quand mon CV circulait dans le tout Paris avec des en-têtes de SSII que je ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam.

L’étape suivante consiste à… …attendre que la petite souris fasse son travail. En effet, pour ne pas avoir à rencontrer le propriétaire nous allons attendre que celui-ci dépose la clef dans la boite aux lettres et s’éclipse discrètement avant que nous puissions visiter. Je dis « le propriétaire » pour simplifier, car en fait il y a souvent un intermédiaire supplémentaire, l’entreprise de management (管理会社, KANRIGAISHA) qui représente les intérêts du propriétaire.

Ce n’est que après confirmation téléphonique que nous pourrons nous mettre en route. Au début, je n’avais pas compris ce petit manège, et je me disais : mais pourquoi louer un appartement, alors qu’il suffit de repérer lesquels sont en location et prendre la clef dans la boite aux lettres ! Ne vous leurrez pas, tout cela fait partie d’un ballet savamment orchestré. Mais, pour récupérer la clef, encore faut-il arriver au bon endroit. Les agents les moins professionnels se perdent, aussi dans certains cas c’est vous qui les mènerez à bon port.

Parlons un peu des appartements en eux-même. Une des principale différence avec la France est la vitesse de renouvellement du parc. Si à Paris tout ce qui ne date pas du XIXème siècle est considéré comme vaguement neuf (et tout ce qui est plus ancien est étiqueté « de charme » et donc plus cher), ici le jeunisme est de mise (et pas seulement pour les groupes de musique). Donc ce qui a grosso-modo plus de 30 ans est considéré comme en fin de vie, donc moins cher. Il faut dire que si Paris n’a peut-être pas trop changé depuis Haussmann, tout a brûlé à Tokyo à au moins deux occasions au cours du XXème siècle : tremblement de terre du Kanto en 1923 et bombardements incendiaires en 1945.

Parlant de catastrophes naturelles, un autre élément important est la structure de votre futur logement. Sans être un expert, les grandes catégories sont : « ossature en bois », « ossature en acier » et « béton armé ». Grosso modo, ossature en bois ou en petit acier, ce sont les maisons individuelles et les apato (アパート, APA-TO), petits immeubles sur deux étages. Les murs fins comme du papier et l’absence totale d’isolation phonique en font le charme indéniable, mais ces logements sont ceux que l’on voit par terre aux informations en cas de 1/tremblement de terre, 2/incendie, 3/tsunami, ils sont donc moins chers. Les plus récents mansion (マンション, MANSYON) bâtis avec du gros acier (n.b. les grandes tours d’habitation sont faites avec une armature acier et a priori plutôt résistantes) ou du béton armé sont plus populaires. Là encore la date de construction n’est pas anodine : les constructions plus récentes bénéficient des dernières normes et innovations en matière de lutte anti-sismique (suite notamment au tremblement de terre de Kobe en 1995) ; mais j’ai également entendu que certains préféraient les bâtisses datant des années 80, c’est à dire avant que la crise des années 90 ne pousse les acteurs du bâtiment à réfléchir sérieusement aux économies à faire sur les matériaux de construction.

Le vieillissement des appartements au Japon crée quelque chose de notable : à l’exact opposé de la France, le prix des appartements ne fait que de descendre ! Bon, il n’y a pas de magie, et comme partout dans le monde la pression immobilière est forte, il y a donc bien quelque chose qui augmente en permanence, c’est le prix du terrain. Mais quand vous achetez un appartement dans un grand ensemble, vous ne possédez qu’une petite partie du terrain, donc la plus value n’est vraiment pas assurée. Pourquoi acheter un appartement ? Entre des bons du trésor japonais à 1% l’an et un Nikkei en berne, ce n’est pas forcément un mauvais investissement : au moins vous pourrez punaiser vos posters au mur sans soucis… Si jamais vous voulez en savoir plus sur le marché immobilier au Japon, ce blog est très intéressant.

Outre l’éloignement de la gare la plus proche ainsi que le voisinage qui sont des critères universels, quelques critères de prix plus originaux: l’air con (エアコン, EACON, l’immanquable climatisation réversible, nécessaire pour survivre à l’été moite, elle est considéré plus ou moins comme un meuble donc pas nécessairement présente), l’ensoleillement (日当たり, HIATARI, plus il y en a, mieux c’est), l’emplacement de machine à laver le linge (dans les appartements traditionnel c’est sur le balcon, mais l’avoir à l’intérieur est plus à la mode), les toilettes et salle de bain séparés (ce problème ne se pose que dans les studios et petits appartements ; mais si la perspective de prendre votre douche en équilibre sur vos WCs ne vous réjouit pas outre mesure, cette option est recommandée), les sols (tous les étrangers se disent qu’ils veulent avoir des tatamis dans leur appartement japonais, malheureusement ici ce qui est populaire c’est le parquet, フローリング, FURO-RINGU ), le parking (駐車場, CHUSHAJO en général payant en supplément) et le parking à vélo.

Enfin, et peut-être eussé-je du commencer par ça, les types d’appartement japonais ont une notation particulière et un peu cryptique. Oubliez les F1 et autre T3, ils ne vous serviront de rien ici. Commençons par le plus facile, le one-room (ワンルーム, WANRO-MU) c’est un studio, c’est à dire que la cuisine est dans la pièce. Ensuite arrive le 1K (une pièce et cuisine, vous l’avez deviné le K est l’abréviation de Kitchen en anglais). En général la cuisine sera dans le couloir d’entrée. Le nombre à gauche signifie le nombre de chambres, vous pouvez avoir des 2K ou même 3K. Mais à mesure que l’on s’embourgeoise, on a tendance à ne plus se satisfaire d’une kitchenette dans le couloir d’entrée. On passe alors au DK (pour Dining-Kitchen ou cuisine/salle à manger). Par exemple 2DK sera un appartement avec 3 pièces : 2 chambres et une cuisine qui fera aussi salle à manger (c’est à dire que vous aurez la place de poser une table). Encore plus haut dans le luxe nous avons le LDK (Living-Dining-Kitchen c’est à dire salon/salle à manger/cuisine). L’astuce est de comprendre que même si le nombre de lettre augmente, le LDK ne désigne quand même que une seule pièce, c’est juste que vous aurez plus de place : typiquement la cuisine est derrière un comptoir américain en face duquel on peu poser une table, tandis que à l’autre bout de la pièce trôneront votre sofa et votre écran plat. Quand on en arrive à 2LDK ou 3LDK, on peut envisager toutes les excentricités : le WIC (Walk In Closet, c’est à dire dressing) ou le SIC (Shoe In Closet, c’est un dressing pour chaussures à l’entrée de l’appartement. Plus important qu’il n’y parait car au Japon on enlève toujours ses chaussures avant d’entrer donc cela permet d’éviter l’invasion des chaussures).

Money Money Money
Une fois l’appartement choisi, le moment tant redouté arrive : l’addition. D’ailleurs pour s’assurer que vous n’allez pas manquer à vos devoirs de locataire, l’agence immobilière demandera sûrement un contact à votre travail. Il est de coutume qu’une société soit mandatée pour une enquête téléphone afin de vérifier que vous travaillez bien où vous le prétendez. Par contre, même si ils nous avaient demandé de préparer des bulletins de salaire, ils ne nous les ont finalement pas demandé.

Il faut savoir que l’une des raisons pour laquelle le déménagement est un vrai ennui au Japon c’est parce que il demande beaucoup d’argent à payer d’avance. Au frais d’agence dont nous avons déjà parlé (1 mois de loyer), s’ajoutent le prix à payer pour la compagnie garante (entre un demi-mois et un mois de loyer). Ensuite si vous déménagez en cours de mois, vous allez devoir payer la part du mois en cours en fonction des jours restants (normal) et aussi le mois suivant (histoire de vous faire avancer un peu d’argent). Mais le Japon est surtout connu pour le fameux REIKIN (礼金) : littéralement cela se traduit par « argent de politesse » et c’est une sorte de cadeau que vous devez faire au propriétaire de l’appartement, je suppose comme remerciement de la faveur qu’il vous fait de vous le louer. Il peut-être de zéro à trois mois de loyer. Notez qu’il ne s’agit pas d’une caution : la caution se nomme SHIKIKIN (敷金) et il va aussi falloir l’avancer (là également de zéro à trois mois de loyer). La caution vous est rendue quand vous quittez l’appartement, moins les « frais de nettoyage » qui peuvent faire plusieurs centaines d’euros de façon (a priori) plus ou moins discrétionnaire.

Le marché locatif en ce moment est plutôt à l’avantage des locataires. A vrai dire je suspecte fortement qu’un très grand nombre de logements sont laissés vides plutôt que loués à bas prix. Du coup il est tout à fait possible de trouver des appartements qui ne demandent ni REIKIN ni caution (comme le notre). Cela nous a permis de ne pas trop grimacer quand la note pour les divers autres frais comme l’assurance incendie (200 euros pour deux ans, d’ordinaire il faut également payer une somme comparable pour le changement de serrures, mais je crois qu’ils l’ont oublié dans notre cas) nous ont été présentés. Au total, nous avons du payer une somme équivalente à trois mois et demi de loyer en avance, mais c’est un moindre mal car d’autre appartements exigent l’équivalent de plus de six mois de loyer, ce qui est vide rédhibitoire !

Le Graal du confort moderne

Le père : Nous allons devoir aller sur cerveau2point0…
Le fils : Mais pourquoi ? Le confort moderne n’est pas dans cette direction !
Le père : C’est que quiconque veut atteindre le confort moderne doit d’abord passer 3 coups de fils.
Le fils : Des coups de fils ? Lesquels sont-ils ?
Le père : J’ai oublié !
Le fils : Vous avez oublié ?!
Le père : Et oui !.. Si quelqu’un l’a écrit sur internet pour moi, c’est pour ne pas que j’aie à m’en souvenir.

Délestés de votre menue monnaie, il ne vous reste plus qu’à emménager… Dans un appartement sans électricité, ni eau, ni eau chaude (chaudière à gaz) ! Heureusement au Japon il suffit d’un coup de fil aux services concernés pour tout faire fonctionner comme par magie. Les trois services sont donc électricité, eau et gaz. Pour ce dernier vous allez devoir convenir d’un rendez-vous pour qu’il vienne tourner la vanne d’arrivée de gaz dans votre appartement, et vous n’aurez même pas à payer !

L’illusion optique
Même si la Corée du Sud semble vouloir contester le titre, il semblerait que le Japon soit le pays avec la plus grande vitesse de connexion à internet au monde. J’ai même entendu dire que c’était également le pays où le prix au mega-octet était le moins cher (ça ne veut pas dire que internet est économique, juste que la connexion est ridiculement rapide). Cela est possible grâce à l’omniprésence de la fibre optique. C’est bien simple à Tokyo, toutes les demeures en sont équipées. Du moins en théorie.

Dans la pratique, euh, l’employé de NTT venu à l’appartement pour faire les « travaux » d’installation de la ligne s’est vu contraint de me dire que peut-être, je ne pourrais pas utiliser internet aujourd’hui. Les guillemets sont là pour expliquer que tout ce qui a été fait en guise de travaux, c’est une tentative infructueuse de dérouler un câble de fibre optique dans une gaine ou passe le téléphone, et de constater son échec. C’est là qu’il a du m’expliquer que en fait la fibre optique ne pourrait pas être installée sans refaire toute la gaine. Ou du moins c’est ce que j’aurais aimé qu’il me dise, mais il a en fait préféré me passer une collègue au téléphone pour qu’elle me baragouine des explications en anglais (rendues difficiles pas le fait que elle ne savait pas comment dire gaine en anglais… moi non plus !), pendant qu’il se félicitait (avec son collègue arrivé en renfort et tout aussi inefficace) d’être en avance sur leur planning de la journée (oui c’est sûr que si c’est à chaque fois aussi compliqué qu’ici…).

Suite au fiasco, je suis contraint d’annuler mon contrat avec OCN. C’est d’ailleurs intéressant, au Japon, il y a le fournisseur de fibre, et le fournisseur d’accès internet. Le fournisseur de fibre c’est NTT, et le fournisseur d’accès, c’est OCN, bien sûr une filiale de NTT. Je n’ai pas trop compris pourquoi il était nécessaire d’avoir deux entreprises, surtout liées si étroitement l’une à l’autre, mais si les fournisseurs d’accès à internet ressemblent un tant soi peut aux fournisseurs de l’autre côté du monde (et vu leur tarifs, je n’ai pas de mal à le penser) je suppose que c’est juste pour pouvoir pomper deux fois plus de ressources à leurs bienheureux clients. Enfin, si NTT a annulé automatiquement le contrat car ils étaient incapables de tirer la fibre, OCN (succursale de NTT) n’étaient pas capables de l’annuler, j’ai donc du téléphoner. De façon intéressante, la personne recevant l’appel à tout de suite su de quoi je voulais parler quand je lui ai dit que l’installation de la fibre était impossible. J’en déduis que je n’étais pas le seul dans mon cas, et même si c’est dommage pour les autres, cela me réconforte un petit peu de savoir que je ne suis pas seul dans mon malheur.

Les alternatives à la fibre optique sont : le WiMax, qui est une sorte de super-wifi étendu sur toute la ville ou cette bonne vieille ADSL. Toujours (peut-être à tort) un peu suspicieux en ce qui concerne les connections sans fil et un peu échaudé par ma mésaventure (je me dis que si il y a un problème de réception du sans-fil ça posera problème à démontrer alors que si jamais une connection filaire n’est pas établie cela devrait être suffisamment clair), j’opte pour l’ADSL. Ce n’est pas moins cher que la fibre, juste plus lent (à l’installation et à l’utilisation).

Ce n’est qu’un Sayonara
Dernière étape, l’ameublement. IKEA est une alternative récemment en vogue au Japon : joie de retrouver mon étagère Billy, la même que la première fois que j’emménageais, séparée par sept ans et dix milles kilomètres… Les petits plaisirs de la mondialisation. Si jamais vous êtes allergiques au suédois (je suis incapable d’épeler le nom de ma table), il y a un magasin de meubles japonais appelé Nitori qui rend approximativement les mêmes services.

Enfin il faut savoir que jeter son électroménager est payant au Japon. Donc de nombreux étrangers se retrouvent en situation de devoir s’en débarrasser. C’est ce qu’on appelle des « sayonara sales » et cela permet en général de récupérer beaucoup de choses, parfois gratuites. L’équivalent autochtone sont les « recycle shop ». Si vous partez et que vous n’avez pas réussi à refourguer votre matériel à vos amis, les « recycle shops » viendront récupérer ce qu’ils peuvent et vous donneront même de la menue monnaie (de l’ordre de 10 ou 20 euros pour un frigo, ce n’est pas la fortune mais ça vous évite de faire des démarche et payer pour le jeter).

Et voilà !
Ça a pris le temps, mais vous êtes maintenant chez vous. Ce que je retiendrai de ce déménagement : avant je pestais de ne pas avoir l’occasion de pratiquer mon japonais. Après le tour des agences immobilières (excellent pour la pratique du japonais, ils refuseront de vous parler dans une autre langue, sauf si c’est leur spécialité), les coups de fils et les tracas d’internet, ainsi que les appels à la société « concierge  » pour menus soucis de la vie quotidienne, je dois dire qu’il m’est presque arrivé de penser que cette fois-ci c’était trop de japonais !

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9 Réponses to “Inamovibles”

  1. Rafran Says:

    Un vrai parcours du combattant…
    Très interessant.

    • maaaraag Says:

      Il a fallu faire quelques demarches, mais la bonne surprise c’est qu’ils nous ont pas fait de problemes pour louer alors que nous n’avions que un seul salaire en CDD. D’apres certains echos que j’ai eu, je ne sais pas si ca aurait ete aussi facile pour louer a Paris…

  2. L'echo Says:

    “Que se passe-t-il quand un boulet de canon irrésistible rencontre un mur inébranlable” ? –> Le boulet revient sur l’envoyeur? ^^

    Bravo pour cet article fleuve!

    Je suis conquise par ce magnifique imparfait du subjonctif avec postposition du sujet au 24eme paragraphe…

    • maaaraag Says:

      J’ai toujours des doutes sur l’imparfait du subjonctif avec postposition du sujet : le correcteur orthographique de google ne l’a pas juge a son gout… et on sait bien que google sait tout !

      • L'echo Says:

        Je pense que c’est tout a fait correct mais je ne l’utilise pas tres souvent moi-meme alors je suis admirative (Desolee pour les accents – clavier QWERTY)

  3. L'echo Says:

    Reblogged this on L'echo du Kanto and commented:
    Un article intéressant sur la location d’appartement à Tokyo…

  4. Justin Marshall Says:

    J’espère qu’on aura l’occasion de venir vous rendre visite!

  5. ワン « Cerveau 2.0 Says:

    […] C’est aussi le nom d’un manga célèbre, mais dans ce cas là cela désigne un trésor. On a déjà vu que ワンルーム (de “one room”) désigne un […]

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