Montagne de sel

De Daibosatsurei

Des montagnes de sel, ça pourrait bien être la quantité que nous avons sué. C’est aussi le nom de la gare où nous descendons : Enzan (塩山駅). Je pensais que ce nom cachait quelque mystérieux passé en rapport avec l’extraction ou la vente de sel, mais des recherches rapides semblent indiquer qu’il proviendrait du nom d’une colline aux environs, sans rapports avec le chlorure de sodium.

Notre objectif de la journée est le Daibosatsurei (大菩薩嶺, 2057m), une de rares montagnes parmi les cent montagnes célèbres du Japon dont le nom ne se termine pas par les suffixes -san (山, montagne) ou -dake (岳, pic). Ne paniquons tout de même pas, le suffixe -rei (嶺) ne semble qu’une façon additionelle et exotique de dire la même chose (on reconnaît le petit “trident” du kanji -san en bas du kanji -dake et en haut du kanji -rei, ça veut dire que le sens est montagne, le reste est là soit pour la prononciation, soit pour donner des nuances subtiles ou superflues).

Un petit moment de doute nous saisit à la gare : tous les randonneurs se précipitent vers l’arrêt de bus n°1, alors que le bus qui mène à notre chemin de randonnée est le n°2 vers Daibosatsurei Tozan Guchi (大菩薩嶺登山口). Au fur et à mesure, la file de l’arrêt de bus n°1 s’allonge jusque faire une cinquantaine de mètres, tandis que l’arrêt de bus n°2 n’est squatté que par une demi-douzaine de mamies à la discussion animée et seulement deux autres randonneurs qui n’ont pas l’air plus réveillés que nous.

Enfin une rapide vérification nous permet de découvrir que le gros des promeneurs est en direction du Kobushigatake (甲武信ヶ岳), une autre des cent montagnes célèbres du Japon. S’il y a si peu de monde à notre arrêt, c’est parce que de l’autre côté de la montagne, il y a un point d’accès plus élevé. Quand à la présence en masse des mamies, nous en découvrons la raison quand peu avant le terminus, le bus s’arrête et se vide devant un onsen !

Nous sommes à Yamanashi (山梨県), un pays réputé pour les fruits, pêches et raisins en tête. Nous voyons de nombreuses plantations, chaque arbre est soigneusement soutenu par tuteurs et haubans, chaque fruit enveloppé dans un petit sac où protégé par une sorte de feuille pliée en forme de cône. Pour la petite histoire, le nom de l’ancienne province était Kai (甲斐, celui qu’on retrouve dans les jeux vidéo). Cependant comme pour toute chose japonaise, il y a un synonyme dont l’utilité principale est de faire briller le système d’écriture : Kōshū (甲州, remarquez comme le premier kanji se prononce tantôt “Ka” tantôt “Kō” à son bon plaisir). La ville d’Enzan a, en 2005 été regroupée avec d’autre villes environnantes pour former la nouvelle ville administrative Kōshū-shi.

Mais nous sommes en plein dans la région la plus en vue pour le vin japonais, et Kōshū est donc logiquement le nom d’un cépage qui (selon de nombreux site de gens plus calés en oenologie que moi) serait le seul cépage japonais à même d’avoir des ambitions internationales. C’est un vin très clair, presque transparent, et peu alcoolisé (aux alentours de 10°). La méthode de culture traditionnelle des vignes est de former des treilles, c’est un spectacle différent de la plupart des vignobles français.

Nous croisons les étals de plusieurs marchands de fruits : avis aux amateurs, il vaut mieux acheter le matin car parfois le soir il y a rupture de stock ! Puis nous continuons sur une route forestière avant de passer sur un joli petit chemin dans les bois.

Même en prenant le premier train depuis Tokyo, nous n’avons pas pu commencer à marcher avant 10 heures. Ayant décidé de prendre le bus de retour à 16 heures, nous optons pour le chemin le plus court qui, après avoir retrouvé le gros des randonneurs venus en bus jusque au col de Kamihikawa (上日川峠), bifurque sur la gauche pour suivre l’arête de Karamatsu (唐松尾根). Pour ceux qui ont le temps, je conseille de passer au moins par le col de Daibosatsu (大菩薩峠), car la marche entre ce dernier et le sommet le long de l’arête offre un panorama de toute beauté.

Le dénivelé modeste de 500 mètres depuis Kamihikawa ainsi que le lustre de l’appartenance aux cent célèbres montagnes du Japon font de ce sommet une cible de choix pour les sorties dominicales en famille. Nous croisons de nombreuses familles et un certain nombre de personnes âgées. Le sommet de la montagne étant recouvert par la forêt, la plupart des randonneurs déjeunent un peu en contrebas, au lieu dit Kaminari Iwa (雷岩, la roche tonnerre). Nous avons une jolie vue vers le sud, mais alors que le soleil nous a fait suer toute la matinée, quelques nuages se lèvent vers midi pour nous gâcher l’essentiel de la vue vers le mont Fuji, dont nous n’appercevons que les contreforts, ainsi que vers les Alpes du Sud.

Pour échapper aux onigiri de combini, nous nous étions préparé des sandwich avec du (vrai) pain et de la charcuterie (achetés hors de prix au magasin pour étrangers). Et la sensation curieuse de faire enfin un casse-croûte de montagne “standard”. Autour de nous des couples préparent currys et nouilles instantanées, une famille partage des boulettes de riz fait-maison. A leur mines réjouies on devine qu’ils mangent eux aussi avec bonheur !

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6 Réponses to “Montagne de sel”

  1. L'echo Says:

    Il me semble que pour certaines montagnes, le suffixe -山 (SAN) peut aussi se lire « YAMA », non?
    Super article, comme toujours! 😉

    • maaaraag Says:

      On dirait bien que dans certain cas le kanji 山 peut se prononcer YAMA plutot que SAN. Par exemple dans les cent montagne du Japon il y a Takatsuma-Yama (高妻山, la montagne de la haute femme, http://ja.wikipedia.org/wiki/%E9%AB%98%E5%A6%BB%E5%B1%B1).

      Grosso modo, j’ai l’impression qu’il y a une ligne de conduite qui est : si les kanjis sont en on-yomi on utilise -san et si c’est en kun-yomi on utilise -yama. Maintenant il y a deux problemes. Le premier c’est que on ne peut a priori pas vraiment savoir quelle lecture sera utilisee. Par exemple a Nagano il y a le village de Hakuba (白馬) surplombe par le Shiroumadake (白馬岳). Le deuxieme c’est que j’ai l’impression que pour certaines montagnes, les japonais ne sont pas au clair sur le -san/-yama. Par exemple Kintokiyama (金時山) qui sur wiki japonais a les deux prononciations de marquees : http://ja.wikipedia.org/wiki/%E9%87%91%E6%99%82%E5%B1%B1

      Grosso modo, on peut toujours essayer de deviner, mais j’ai l’impression que l’usage regne en maitre. Pour la plupart des japonais, lire le nom de certaines montagnes est de toutes facons une gageure.

      Mais bon la magie des noms propres, on en a aussi en francais, par exemple avec notre cher De Broglie !

  2. L'echo Says:

    Reblogged this on L'echo du Kanto and commented:
    Rando en plein cagnard… Il n’y a que ca de vrai!

  3. Rafran Says:

    Où en est la liste des cent… ?

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