Il suffit de passer le pont…

De ShikokuHyakumeizan

Grand pont de Seto (瀬戸大橋)
Il ne s’agit pas d’un pont, mais d’une série de ponts, que nous traversons dans la nuit. Nous ne voyons que la base des piles dans la lumières des phares, et essayons de deviner lesquels sont les plus longs. Il faut dire qu’il y a du beau monde, avec entre autre (source wikipedia):
– Shimotsui Seto Ohashi (下津井瀬戸大橋) avec une portée principale de 940 mètres (28ème mondiale)
– Kita Bisan-Seto Ohashi (北備讃瀬戸大橋) avec une portée principale de 990 mètres (25ème mondiale)
– Minami Bisan-Seto Ohashi (南備讃瀬戸大橋) qui est dans la continuité du précédent, mais avec une portée principale un peu plus importante encore de 1100 mètres (16ème mondiale)

Ces trois grands ponts sont complétés par d’autres pont et viaducs pour constituer ce qui fut, en 1988, la première liaison pour automobiles entre Honshu, la plus grande île du Japon, et Shikoku, la plus petite des quatre îles principales.

Avant cela, pour se rendre à Shikoku, on devait emprunter le ferry. Cette isolation est sûrement la cause de la réputation de ruralité et de calme de l’île. L’île est également le théâtre du plus célèbre pèlerinage du Japon : une visite de 88 temples bouddhiques qui nécessite de faire le tour de l’île et plus de mille kilomètres de marche sur les traces de Kobo Daichi. J’ai l’impression que ces deux attributs en font, dans l’imaginaire japonais, un endroit où se retrouver.

En complément d’une visite à Hiroshima, nous sommes plutôt venus là pour nous perdre loin de la mégapole. C’est réussi ! Il nous faut nous reposer intégralement sur la sagacité de notre GPS pour enfin arriver, à minuit, au départ du chemin de randonnée vers le Ishizuchi-yama (石鎚山, 1982 mètres), plus haute montagne de l’île, une autre des cents montagnes du Japon. Nous n’utiliserons pas le téléphérique, nous évitons donc les parkings à proximité qui arborent tous ostensiblement des signes “parking payant”, et trouvons un peu plus haut une place où nous arrêter.

Las ! Le lendemain matin, alors que nous nous préparons, vers 6 heures donc, une aimable grand-mère cherche à nous parler. Que peut bien nous vouloir une grand-mère à 6 heures du matin, telle est la question qui flotte dans mon esprit encore assoupi…
– “Je suis désolée, mais c’est un parking payant. 500 yens s’il vous plaît.”

Il me faut du temps pour réaliser que je suis en train de me faire racketter par une grand-mère en pleine montagne. Je rassemble mes esprits et suis sur le point de rétorquer que je ne vais pas payer parce que ce n’est écrit nulle part quand mon regard tombe sur les caractères fatidiques écrits au feutre indélébile sur une planche de contreplaqué aux couleurs passées. Il ne nous reste plus qu’à payer : après tout nous contribuons à l’économie (la mafia ?) locale.

La randonnée est pour nous l’occasion de voir nos premières feuilles d’automne de la saison, les couleurs changeant plus rapidement en altitude. Le paysage est à la fois magnifique et un peu dépaysant : mais où est donc passé le mont Fuji ? Au sommet et sur le chemin qui va du sommet au téléphérique il y a foule. Des files d’attente se forment aux passages délicats chaînés, mais ces passages peuvent en fait être contournés, ce que nous nous empressons de faire ! Passé le téléphérique nous nous retrouvons seuls. Le chemin qui descend par le fond de la vallée est intéressant car il longe une rivière de montagne au cours enchanteur. Nous y retrouvons quelques pêcheurs courageux. Seule la crainte d’arriver en retard au ryokan nous retient de piquer une tête.

Les ponts des époux : de l’homme (男橋) et de la femme (女橋)
La vallée de Iya (祖谷渓) est connue comme étant l’un des endroits les plus retirés du Japon. Pour cette raison, les guerriers défaits du clan des Taira s’y seraient cachés après leur défaite face au clan Minamoto au XIIème siècle. Une vallée très encaissée couverte d’une forêt épaisse, qui dans le crépuscule prend des aspects enchanteurs.

Était-ce vraiment nécessaire d’installer ici un Manneken Pis ? Non, nous ne nous arrêtons pas au Manneken Pis, mais continuons sur la petite route à voix unique qui s’accroche tant bien que mal au flanc de la montagne. Le ryokan lui même est une sorte de nid d’aigle à l’architecture un peu déboussolante au premier abord (l’entrée est située au troisième étage). Les chambres ont vue sur la vallée, mais le plus amusant est d’aller aux sources d’eau chaude en extérieur : elles sont situées en bas, à proximité de la rivière, et il faut pour s’y rendre emprunter un funiculaire !

Il se raconte que l’origine des ponts de liane remonterait à l’exil des guerriers Taira. Les ponts en liane sont facilement coupés, privant l’accès aux ennemis. Même si ils sont fait en lianes, ces ponts ne sont pas des ponts de singes : des planches sont attachées aux lianes, ils sont donc tout à fait praticables. Ils furent d’ailleurs longtemps utilisés dans la vie quotidienne de la vallée. A l’époque du tourisme de masse, il ne sont pas moins importants, mais contribuent d’une façon différente à la prospérité de la vallée.

Plutôt que le relativement accessible Kazura Bashi (かずら橋), nous avons préféré les deux pont situés dans le fond de la vallée et qui sont surnommés les ponts des époux. D’abord parce que nous étions seuls, à part le vendeur de billets à demi assoupi dans sa cahute. Mais également pour leur situation recluse : au Kazura-bashi, il est difficile de prendre une photo sans avoir soit le parking soit le magasin de souvenirs. Et finalement, à côté des deux ponts se trouve un dispositif appelé “Yaen”, un petit chariot suspendu à un câble qui permettait de faire circuler hommes et marchandises et qui sert maintenant d’attraction pour (grands) enfants.

Une grande partie de mes inquiétudes quand à la traversée de ces ponts a été dissipée par le fait que la structure porteuse n’est maintenant plus faite en lianes (qui ne sont plus là que pour la décoration), mais en filins en acier autrement plus robustes (et habillement dissimulés). Néanmoins, il paraîtrait que certaines personnes peuvent éprouver des difficultés en voyant dans le jour entre les planches le fond de la vallée quelques dizaines de mètres plus bas.

Mais c’est aujourd’hui mon anniversaire. Selon la longue tradition commencée l’année dernière, je décide de le passer au sommet d’une des cents montagnes célèbre du Japon : le Tsurugi-san (剣山, 1954 mètres, à ne pas confondre avec le célèbre Tsurugi-dake dans les Alpes du Nord). D’autant plus qu’il faut absolument que j’essaye en situation réelle mon cadeau, un T-Shirt en mérino manche longues avec col zippé de Chocolate Fish. Oui, le même que cjw, et vraisemblablement le premier objet manufacturé en Nouvelle-Zélande que je possède.

Il y a moins de 550 mètres de dénivelé depuis le parking, et il fait frais : la montée est bouclée en 40 minutes, la descente en 20. Le sommet ne me fait pas tant penser à une épée (tsurugi signifie épée en japonais) que au sommet plutôt arrondi du Puy Marie.

Le sommet est couvert d’antennes de retransmission et de refuges/restaurants : ce n’est pas ici la nature sauvage. Néanmoins j’ai beaucoup apprécié les chemins de marche sous les feuilles d’automne. En particulier j’ai apprécié qu’il y ait moins d’escaliers que, par exemple, au Ishiduchi-yama la veille.

Grand pont du détroit d’Akashi (明石海峡大橋)
Ce pont n’a rien moins que la plus grande portée principale du monde, 1991 mètres, depuis son inauguration en 1998. Une portée plus grande que prévu : ce pont permet de rejoindre sur Honshu la ville de Kobe, le tremblement de terre de 1995 qui a frappé cette dernière a aussi écarté de un mètre les piles du pont alors en construction !

En plus, cette fois-ci, nous sommes arrivés quand il faisait encore jour. En roulant au ralenti, au moment du coucher du soleil, nous avons pu profiter d’une vue grandiose sur la mer intérieure, avant de continuer sur l’autoroute en direction de Kobe et de ses fameux steaks de boeuf.

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