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En un tour de main

juin 11, 2012
De Yamanote

Ce dimanche un temps clément (au moins pour le début de la journée) nous a permis de mettre nos nouveaux vélos à l’épreuve pour un tour que j’avais longtemps eu envie de faire : celui de la Yamanote.

J’ai déjà évoqué la Yamanote, célèbre ligne circulaire de train de Tokyo. Mon objectif de la journée : en faire le tour à vélo, s’arrêter dans toutes les gares pour prendre au moins une photo du nom de la gare et si possible trouver le tampon de la gare (je n’en ai trouvé que 21 sur 29, je n’ai pas pris le temps de les chercher dans les grandes gares). Ne vous laissez pas leurrer par la distance totale somme toute modeste (~34km), ça prend bien toute une journée !

En tant qu’étudiant en Japonais, une des choses qui m’a longtemps intrigué avec la ligne Yamanote (山手) est son nom. Il est composé de deux des plus simples kanjis, montagne (山,YAMA) et main (手,TE). Un peu trop littéralement on pourrait traduire par « la main de la montagne ». Il s’agit en fait plutôt de « la desserte de la montagne ». Un nom toujours un peu surprenant pour une ligne circulaire me direz-vous ? La raison est historique : la première ligne à s’appeler Yamanote, à l’aube du vingtième siècle relie Shinagawa qui représente la plaine maritime à la gare de Tabata qui se situerait (ça ne m’a pas semblé évident) dans les collines de l’arrière pays naissant. Seulement ensuite la ligne de train fut étendue pour être circulaire et desservir de façon pratique les quartiers à l’est de Tokyo. D’ailleurs, l’étymologie se retrouve dans le nom des voies de chemin de fer (celles posées par terre par opposition à la ligne de train) : la voie empruntée entre Shinagawa et Tabata se prénomme toujours Yamanote, mais ensuite pour finir la boucle, le train emprunte les voies Tohoku-Honsen dans le nord et Tokaido-Honsen à l’est.

Une des principale difficulté a été de suivre la ligne : bien appliqués, juste après Kanda, nous suivons consciencieusement les lignes de train surélevées pendant quelques instants avant de nous rendre compte que le quartier de Akihabara qui devrait se trouver pile en face est sur notre droite ! Nous suivions en fait la Chuo-sen qui bifurque peu avant la gare de Akihabara !

Il n’est pas non plus facile de se diriger à proximité des grandes gares. Mention spéciale à la gare de Tokyo qui est toujours en travaux (mais la restauration du bâtiment historique promet d’être somptueuse), ainsi qu’aux deux géantes Ikebukuro et Shinjuku. On les sent venir de loin : les trottoirs s’engorgent et les routes se transforment en artères où roule un cortège de voitures, bus de ville et autocar autoroutiers… Pas très agréable.

Les gares du nord, plus petites m’ont laissé la meilleure impression. Après Ueno on se dirige vers Uguisudani qui avec son petit bâtiment m’a vraiment fait penser à une gare de campagne. En contrebas, une forêt de « Love Hotel », dense jusqu’à Nippori avant de se clairsemer. Ces petites rues ne manquent pas d’un charme kitsch et désuet, les gens sont peu nombreux et discrets…

Par ici il y a également de nombreux ponts à partir desquels on peut regarder passer les trains. A Nippori, il y a même une fresque sur un bâtiment adjacent aux lignes présentant les différents modèles. Les parents y emmènent leurs enfants. Passe un shinkansen et l’un d’eux s’écrie : « Celui-là c’est le Tanigawa ! C’est le Tanigawa ! Hein, c’est le Tanigawa ! » ; puis le train à grande vitesse continue sa route vers les montagnes.

Toujours dans le nord, entre les stations de Tabata et de Komagome, un paysage rare (car unique) : un passage à niveau sur la Yamanote ! Il n’y a effectivement un seul passage à niveau sur qui croise cette ligne. Cela se comprend car en heure de pointe il y a un train toutes les deux minutes trente, et cela dans les deux directions, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour traverser. Plus loin en gare d’Otsuka, la Yamanote croise le chemin de la ligne de Tramway Toden-Arakawa (déjà évoquée ici), une dernière vision pittoresque avant de rejoindre les parties plus intensément urbaines de l’ouest de Tokyo.

Il y a d’ailleurs un certain contraste entre les gares à l’est et à l’ouest. A l’ouest de grands ensembles commerciaux se sont souvent greffés sur les gares Japan Rail, détenus par des opérateurs de train privés comme Tokyu, Keio ou encore Odakyu qui ont développé leur gares pour inclure des grands magasins de leur marque. C’est valable pour Ikebukuro, Shinjuku et Shibuya par exemple. A l’est (aux alentours de la gare de Tokyo) les voies sont toutes surélevées, construite aux dessus d’arcades traditionnellement en brique rouge en dessous desquelles s’amoncellent petits bars et autres tripots. La raison de cette surélévation était de laisser de l’espace aux routes, mais également aux tramways qui naguère régnaient en maître sur les transports en commun urbains.

Même si la promenade est sympathique, passé Shibuya, je commence à trouver le temps long, surtout qu’une pluie froide se met à tomber par intermittence. Passé Ebisu, et après un arrêt à la combini pour engloutir un diététique « wrap » mayonnaise/fromage/nugget en attendant l’accalmie, une partie très roulante me fait passer rapidement Meguro, Gotanda et m’amène en gare de Osaki, l’antépénultième du programme. Alors que je crois avoir perdu le chemin de fer de vue, la nuit maintenant tombée, roulant entre les gouttes d’eau, j’entends le long feulement de chat sauvage qui annonce la venue du train, puis un grondement de tonnerre tandis qu’un éclair brillant jaillit entre les immeubles.

Mais passé Osaki, une dernière épreuve m’attend. En sortant de la gare de Osaki, la ligne de la Yamanote se dirige vers le sud, puis fait une grande boucle pour finalement se diriger vers le nord et rejoindre la gare de Shinagawa. Le dilemme est que le chemin qui rejoint de la façon la plus directe Shinagawa est un « raccourci » qui part dans une direction perpendiculaire aux rails : après avoir tenté pendant si longtemps de suivre la ligne, je rechigne à finir sur cette note. Je décide donc de rester à l’extérieur de la ligne et d’essayer de repiquer en tournant à gauche le plus tôt possible.

Bien sûr, de nuit dans un quartier inconnu je ne pouvais que me perdre. Je débarque tout d’abord dans une rue bordée d’arcades qui me fait penser à la rue principale de Kyoto. J’ai beau me débrouiller à vélo, je ne pense pas que je sois descendu si loin au sud. En fait, il existe ce genre de rue dans de nombreux endroits au Japon, ici Oimachi.

Après quelques minutes, je me dis qu’il est temps de me diriger vers la droite. Mais à l’intersection, il est marqué à droite Kawasaki, à gauche Shinagawa… Bon finalement ce sera à gauche alors. Puis viennent les embouteillages, les trottoirs bondés, habituellement signes d’une grande gare : Shinagawa enfin ? Las, le bruit des tambours, les filles en yukata et les hommes forts en fundoshi (le sous-vêtement traditionnel japonais, toute recherche google image sera à vos risques et périls) ont tôt fait de me détromper ; il s’agit du matsuri (fête traditionnelle japonaise) du Shinagawa-Jinja.

Je suis néanmoins rassuré de savoir que je suis dans le quartier de Shinagawa. Quand on est à Shinagawa, la gare de Shinagawa ne devrait pas être loin, n’est ce pas ? Je viens du sud et je pédale tranquillement vers le nord le long d’une grande artère en attendant de croiser la gare de Shinagawa quand soudain je tombe sur la gare de… …Kita-Shinagawa (Shinagawa-Nord). Comment je peux arriver à la gare nord sans être passé par la gare normale ? Encore une ruse japonaise. La gare de Shinagawa-Nord (qui part ailleurs n’est pas une gare Japan Rail) est effectivement située à l’extrémité nord de l’arrondissement de Shinagawa (品川区). Seulement, la gare bien connue de Shinagawa est en fait située dans l’arrondissement de Minato (港区). J’avais une vague idée de cette subtilité que j’avais remarquée en étudiant les plans d’évacuation de l’arrondissement de Minato, et j’ai pu finalement retrouver la gare de Shinagawa « perdue » (difficile de la manquer, en surface je me demande si ce n’est pas la plus grande des gares de la Yamanote).

Il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur. A posteriori, cette aventure n’aura pas été vaine : sans le savoir (et en définitive, après avoir vérifié sur google map, sans trop me perdre) j’ai fait le tour du Tokyo-Sougou-Shario-Center (東京総合車両センター, centre d’entretien des wagons de Tokyo), l’entrepôt auquel sont rattaché tous les trains de la Yamanote et d’où la plupart partent tous les matins pour accomplir leur devoir quotidien.

Content d’être revenu sur des terres connues, je décide de me faire un petit plaisir en visitant le tunnel de Sengakuji, clou de l’intrigue du film « Messengers » (メッセンジャー, passage dans le tunnel à la 30ème seconde de la video en lien, avec en prime le passage de la Yamanote). La gare de Shinagawa étant tentaculaire, il est malaisé de traverser les voies de train dans ses environs. C’est là que le tunnel de Sengakuji (泉岳寺トンネル) prend tout son intérêt : c’est un sacré raccourci. Mais la réputation de ce tunnel tient également à sa hauteur. Elle est limitée à 1m50 à l’entrée. Bien sûr il est plus haut que ça, mais pas de beaucoup car il y avait des endroits où je ne pouvais pas me tenir debout (donc moins de 1m75). Il en devient donc un sujet de conversation entre taxis : il y a ceux qui osent et ceux qui se dégonflent… Il faut dire que le modèle le plus répandu de taxi, la Toyota Crown Comfort a une hauteur de 1m52 et cela sans compter le signe lumineux que les taxis arborent souvent sur le toit. A vrai dire j’en ai vu passer un qui roulait extrêmement lentement pour ne pas rebondir trop violemment sur les cahots de la chaussée : il devait avoir environ 3cm de jeu, et le chauffeur n’avait pas l’air trop rassuré !

La gare de Tamachi marque la fin de la boucle. Au final, je pensais partir pour 3-4 heures, mais il en aura fallu dix pour visiter les 29 gares !

Inamovibles

avril 9, 2012

Roppongi, c’est fini !
Les meilleures choses ont une fin dit-on. C’est le cas des appartements de fonction en plein coeur de Roppongi. Adieux princesses du matin, dans leurs fausses robes longues, fumant en grelottant la première cigarette de la journée, gardées par des cerbères en costume bleu scarabée et oreillette ; adieux noceurs en perdition attendant ensommeillés le premier métro ; adieux opiniâtres rabatteurs aux couleurs de l’arc-en-ciel et masseuses du dimanche matin : sans rancune, je vous l’assure, je rentrais vraiment chez moi, j’allais vraiment faire les courses.

Mais d’abord pourquoi déménager ? Les appart-hotels sont une des grandes catégories de l’hébergement d’étrangers au Japon. Leurs avantages : service para-hôtelier, c’est à dire réception, salle de sport, petit-déjeuner et ménage qui inclut le linge de maison (fini les draps que l’on ne sait pas où faire sécher) ; emplacement, ils sont en général situés dans les quartiers centraux ; et meublés. Leur inconvénient majeur, c’est leur prix : résidents de longue durée nous pouvions prétendre à leur meilleur tarif « super discount », mais leur devis à 2000 euros par mois nous a convaincu qu’il y avait de meilleures alternatives. C’est d’ailleurs pour cette raison que leurs principaux clients restent pour des durées un peu plus courtes ou sont des grosses entreprises.

La plupart des gens venant de l’étranger pour passer quelques mois à Tokyo se logent dans des guesthouses (gaijin house). Ce sont des sortes de collocations meublées. Là aussi l’avantage est le meublé, l’ambiance « auberge espagnole » et le prix raisonnable. L’inconvénient est la promiscuité, surtout pour un couple (que par ailleurs certaines refusent tout simplement).

L’offre en appartements meublés est très faible à Tokyo. Les principaux acteurs que j’ai trouvé sont les gaijins houses dont certaines offrent des appartements meublés dont les prix ne m’ont pas semblé compétitifs et des entreprises spécialisées dans l’hébergement d’étrangers, avec premium donc, je suppose pour l’anglais. A ce stade, me dis-je, est-il utile d’avoir lutté pendant 6 ans avec le japonais pour se retrouver à Tokyo à payer un premium pour fréquenter une agence immobilière parlant anglais ? Non, finalement nous nous décidons pour louer un appartement classique, c’est à dire non-meublé. L’avantage sera la flexibilité sur le lieu et le prix. L’inconvénient sera qu’il nous faudra faire toutes les démarches tout seuls, et en japonais, et acheter nos meubles.

Heureusement nous ne sommes pas les premiers à faire cette démarche, et nous avons pu trouver beaucoup d’aide par nos collègues et amis japonais ainsi que sur des blogs sur internet, par exemple ce comparatif des différents types de logement (légèrement centré sur les guesthouses) et cet article qui m’a vraiment aidé à y croire : nous trouverons l’appartement de nos rêves !

Souvenirs Etymologiques : de la mobilité
Tel livre de logique lu à l’âge tendre comportait en guise d’introduction cette question : « Que se passe-t-il quand un boulet de canon irrésistible rencontre un mur inébranlable » ? J’ai envie de reprendre cette ce problème à mon compte en modifiant quelque peu les données d’entrée : « Que ce passe-t-il lorsqu’une l’action d’une entreprise du Cac 40 rencontre un deux-pièces » ?

La réponse est aisée : l’action, c’est son fardeau en tant que valeur mobilière, cède forcément la voix au bien immobilier. J’avais fait depuis longtemps le rapprochement entre les meubles, le mobilier, et les valeurs mobilières. J’imaginais alors de belles maisons et des hôtels particuliers dans lesquels, aux milieu des tapisseries et des toiles de maître trônaient, proprement encadrés, les bons au porteurs. C’était la seule façon que j’avais de réconcilier l’armoire et l’obligation, et je dois dire que je n’en étais que moyennement satisfait…

Au pays du soleil levant, agence immobilière se dit FUDOUSAN (不動産). FU (不) est un suffixe privatif, un peu comme notre « in/im », DOU (動) signifie mouvement, on dira ici « mobile » et SAN (産) a ici le sens de « bien ». Voilà donc une boutique qui fait commerce d’immobile biens. C’est donc ça ! « Immobilier », vient d’immobile, et c’est le commerce des biens qui ne bougent pas (attendu l’instabilité de la lithosphère dans la région, c’est une approximation que l’on espère la plus exacte possible) ; le mobilier, ce sont les biens que l’on peu déplacer !

Enfin, je conçois que ce qui est pour moi un big-bang étymologique de la même ampleur que lorsque j’ai découvert que NRJ (le nom de la radio) venait du mot « énergie » (moi d’il y a vingt ans, si tu lis ce blog, je te donne l’astuce : il faut le lire à haute voix), ne soit que l’évidence pour certains.

Les agences immobilières seront le partenaire indispensable de votre recherche d’appartement.

Un allié de poids
Comment trouver des agences immobilières supervisant des logements susceptibles de vous plaire ? Nous avons utilisé le site SUUMO. L’avantage de ce site c’est qu’il liste un grand nombre d’annonces avec des filtres faciles a mettre en place (emplacement, taille, loyer,…). C’est pratique pour se donner une idée des prix, et comporte un petit aspect ludique : quasiment toutes les offres comportent un plan de l’appartement, aussi quand je fus lassé de chercher la perle rare dans notre gamme de prix, je me permis un coup d’oeil aux splendides 200m2 en haut de la Moto-Azabu Hills Forest Tower (la tour qui s’élargit vers le haut).

Il suffit de cliquer sur les offres pour être mis en contact par mail avec les agences immobilières. Je les ai trouvé globalement plutôt acceuillantes : j’anticipe, mais le rapport entre le service rendu et leur facturation me semble plutôt à leur avantage (impression qui me semble confirmée par leur abondance). Si bien que si vous avez déjà décidé de où vous voulez vivre, vous pouvez tout aussi ne pas chercher du tout sur internet et juste pousser la porte des agences des environs. Il faut savoir que en général tous les annonces ne sont pas sur internet, et que les annonces sont partagées entre différentes agences (nous avons compris que cela ne servait à rien de voir de nouvelles agences lorsque nous étions obligés de leur dire à chaque logement qu’ils nous présentaient que nous l’avions visité avec quelqu’un d’autre).

Un des points à régler pour la location d’un appartement est le garant. Pour louer au Japon un garant (保証人, HOSHONIN) est indispensable. C’est un point un peu délicat car être garant est une assez grande responsabilité, donc pas dit que ce bon ami japonais que vous avez rencontré il y a 3 jours dans un bar se porte volontaire. Alternativement, votre entreprise peut se porter garante, mais j’ai eu l’impression que cela demandait de la paperasse supplémentaire (n.b. la situation est complètement différente si votre entreprise loue l’appartement en son nom, auquel cas vous n’avez rien à faire…). Si comme nous vous n’avez pas d’amis aux poches pleines ni d’entreprise conciliante, pas la peine de faire les petites annonces pour acheter un garant : c’est déjà prévu ! Effectivement, dans notre société moderne et individualiste, les gaijins sont loin d’être les seuls à ne pas trouver de garant. Donc, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes vous pouvez passer par une compagnie garante (保証会社, HOSHOGAISHA), l’agence ne vous fera pas d’histoire si vous choisissez cette solution car les deux entreprises sont sinon dans le même groupe, au moins de mèche. Et si quelques personnes refuseront de louer sans une personne garante, la plupart accepteront la compagnie garante.

A l’agence, l’entretien « type », je dirais, commence par une description du bien souhaité. Les points sur lesquels nous étions intransigeants étant l’emplacement et le faible prix (moins de 100000 yens – ~1000 euros en ce moment – dans Tokyo centre ne permettent pas de loger deux personnes avec extravagance), nous nous sommes retrouvés avec un choix limité d’appartements. Pas plus mal au final, cela nous prive du loisir de faire les ânes de Buridan. Ensuite le personnel de l’agence entre tous nos critères dans un filtre sur une page web qui leur sort une liste de résultats. Une des personnes à qui nous avons eu affaire était tellement contente de ses capacités en maniement de l’outil informatique qu’elle s’est sentie obligée de nous montrer à quel point elle avait correctement rempli le formulaire selon nos choix. Vous me direz que ce n’est pas tellement différent de ce que vous avez pu faire sur le site SUUMO ? En essence non (en pratique je pense qu’ils ont accès à une base de donnée un peu plus complète), mais ne soyez pas mauvais public, vous êtes sur le point de payer un mois de loyer pour ça !

L’étape suivante consiste à… …attendre. L’agent va téléphoner à toutes les personnes responsables de différentes annonces pour leur demander si le bien est toujours disponible (ok), si il est possible d’y loger deux personnes (ils refusent parfois de louer les studios à deux personnes), et bien sûr si c’est bon pour louer à des étrangers.

– Des étrangers ? mais d’où viennent-ils ?
– De France…
– Ils parlent japonais ?
– Oui couramment… (merci tellement agent immobilier, tu es la seule personne au monde à avoir dit que je savais parler couramment, ça vaut presque le mois de loyer que ça va me coûter !!!)
– Ils ont un garant ?
– Ils veulent passer par une compagnie garante.
– D’accord mais si ils passent l’enquête.

C’est en général ce qui se dit au téléphone. De temps en temps, il y a une réponse négative du style : « des étrangers, c’est un peu compliqué… ». Il faut dire que les étrangers ont la fâcheuse réputation de partir au milieu du bail (dont la durée est 2 ans). Ce n’est généralement pas illégal (mais néanmoins embêtant). En effet, la plupart des contrats (dont le notre) prévoient un préavis de seulement 1 mois pour partir. C’est un point important à vérifier lors de la signature du contrat. Je crois que c’est un règlement au niveau de la préfecture de Tokyo pour protéger les locataires. Maintenant peut-on partir facilement en milieu de bail ? J’ai eu des échos dans les deux sens, ce sera donc, le cas échéant, la surprise !

Les appartements japonais
Après avoir fait l’intersection de l’ensemble des appartements répondants à nos exigences et l’ensemble des appartements acceptant deux étrangers, l’agent immobilier vous montrera des impressions des plans avec l’air réjoui de l’accoucheuse qui vous présente votre nouveau né. A vous de choisir lesquels vous voulez visiter. Si vous voulez garder les plans, il vous les arrachera des mains pour courir aller faire des photocopies afin mettre l’en-tête de son agence sur le plan « générique » venant du système en ligne. Je l’évoque car cela m’a rappelé les heures les plus noire de ma recherche d’emploi, quand mon CV circulait dans le tout Paris avec des en-têtes de SSII que je ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam.

L’étape suivante consiste à… …attendre que la petite souris fasse son travail. En effet, pour ne pas avoir à rencontrer le propriétaire nous allons attendre que celui-ci dépose la clef dans la boite aux lettres et s’éclipse discrètement avant que nous puissions visiter. Je dis « le propriétaire » pour simplifier, car en fait il y a souvent un intermédiaire supplémentaire, l’entreprise de management (管理会社, KANRIGAISHA) qui représente les intérêts du propriétaire.

Ce n’est que après confirmation téléphonique que nous pourrons nous mettre en route. Au début, je n’avais pas compris ce petit manège, et je me disais : mais pourquoi louer un appartement, alors qu’il suffit de repérer lesquels sont en location et prendre la clef dans la boite aux lettres ! Ne vous leurrez pas, tout cela fait partie d’un ballet savamment orchestré. Mais, pour récupérer la clef, encore faut-il arriver au bon endroit. Les agents les moins professionnels se perdent, aussi dans certains cas c’est vous qui les mènerez à bon port.

Parlons un peu des appartements en eux-même. Une des principale différence avec la France est la vitesse de renouvellement du parc. Si à Paris tout ce qui ne date pas du XIXème siècle est considéré comme vaguement neuf (et tout ce qui est plus ancien est étiqueté « de charme » et donc plus cher), ici le jeunisme est de mise (et pas seulement pour les groupes de musique). Donc ce qui a grosso-modo plus de 30 ans est considéré comme en fin de vie, donc moins cher. Il faut dire que si Paris n’a peut-être pas trop changé depuis Haussmann, tout a brûlé à Tokyo à au moins deux occasions au cours du XXème siècle : tremblement de terre du Kanto en 1923 et bombardements incendiaires en 1945.

Parlant de catastrophes naturelles, un autre élément important est la structure de votre futur logement. Sans être un expert, les grandes catégories sont : « ossature en bois », « ossature en acier » et « béton armé ». Grosso modo, ossature en bois ou en petit acier, ce sont les maisons individuelles et les apato (アパート, APA-TO), petits immeubles sur deux étages. Les murs fins comme du papier et l’absence totale d’isolation phonique en font le charme indéniable, mais ces logements sont ceux que l’on voit par terre aux informations en cas de 1/tremblement de terre, 2/incendie, 3/tsunami, ils sont donc moins chers. Les plus récents mansion (マンション, MANSYON) bâtis avec du gros acier (n.b. les grandes tours d’habitation sont faites avec une armature acier et a priori plutôt résistantes) ou du béton armé sont plus populaires. Là encore la date de construction n’est pas anodine : les constructions plus récentes bénéficient des dernières normes et innovations en matière de lutte anti-sismique (suite notamment au tremblement de terre de Kobe en 1995) ; mais j’ai également entendu que certains préféraient les bâtisses datant des années 80, c’est à dire avant que la crise des années 90 ne pousse les acteurs du bâtiment à réfléchir sérieusement aux économies à faire sur les matériaux de construction.

Le vieillissement des appartements au Japon crée quelque chose de notable : à l’exact opposé de la France, le prix des appartements ne fait que de descendre ! Bon, il n’y a pas de magie, et comme partout dans le monde la pression immobilière est forte, il y a donc bien quelque chose qui augmente en permanence, c’est le prix du terrain. Mais quand vous achetez un appartement dans un grand ensemble, vous ne possédez qu’une petite partie du terrain, donc la plus value n’est vraiment pas assurée. Pourquoi acheter un appartement ? Entre des bons du trésor japonais à 1% l’an et un Nikkei en berne, ce n’est pas forcément un mauvais investissement : au moins vous pourrez punaiser vos posters au mur sans soucis… Si jamais vous voulez en savoir plus sur le marché immobilier au Japon, ce blog est très intéressant.

Outre l’éloignement de la gare la plus proche ainsi que le voisinage qui sont des critères universels, quelques critères de prix plus originaux: l’air con (エアコン, EACON, l’immanquable climatisation réversible, nécessaire pour survivre à l’été moite, elle est considéré plus ou moins comme un meuble donc pas nécessairement présente), l’ensoleillement (日当たり, HIATARI, plus il y en a, mieux c’est), l’emplacement de machine à laver le linge (dans les appartements traditionnel c’est sur le balcon, mais l’avoir à l’intérieur est plus à la mode), les toilettes et salle de bain séparés (ce problème ne se pose que dans les studios et petits appartements ; mais si la perspective de prendre votre douche en équilibre sur vos WCs ne vous réjouit pas outre mesure, cette option est recommandée), les sols (tous les étrangers se disent qu’ils veulent avoir des tatamis dans leur appartement japonais, malheureusement ici ce qui est populaire c’est le parquet, フローリング, FURO-RINGU ), le parking (駐車場, CHUSHAJO en général payant en supplément) et le parking à vélo.

Enfin, et peut-être eussé-je du commencer par ça, les types d’appartement japonais ont une notation particulière et un peu cryptique. Oubliez les F1 et autre T3, ils ne vous serviront de rien ici. Commençons par le plus facile, le one-room (ワンルーム, WANRO-MU) c’est un studio, c’est à dire que la cuisine est dans la pièce. Ensuite arrive le 1K (une pièce et cuisine, vous l’avez deviné le K est l’abréviation de Kitchen en anglais). En général la cuisine sera dans le couloir d’entrée. Le nombre à gauche signifie le nombre de chambres, vous pouvez avoir des 2K ou même 3K. Mais à mesure que l’on s’embourgeoise, on a tendance à ne plus se satisfaire d’une kitchenette dans le couloir d’entrée. On passe alors au DK (pour Dining-Kitchen ou cuisine/salle à manger). Par exemple 2DK sera un appartement avec 3 pièces : 2 chambres et une cuisine qui fera aussi salle à manger (c’est à dire que vous aurez la place de poser une table). Encore plus haut dans le luxe nous avons le LDK (Living-Dining-Kitchen c’est à dire salon/salle à manger/cuisine). L’astuce est de comprendre que même si le nombre de lettre augmente, le LDK ne désigne quand même que une seule pièce, c’est juste que vous aurez plus de place : typiquement la cuisine est derrière un comptoir américain en face duquel on peu poser une table, tandis que à l’autre bout de la pièce trôneront votre sofa et votre écran plat. Quand on en arrive à 2LDK ou 3LDK, on peut envisager toutes les excentricités : le WIC (Walk In Closet, c’est à dire dressing) ou le SIC (Shoe In Closet, c’est un dressing pour chaussures à l’entrée de l’appartement. Plus important qu’il n’y parait car au Japon on enlève toujours ses chaussures avant d’entrer donc cela permet d’éviter l’invasion des chaussures).

Money Money Money
Une fois l’appartement choisi, le moment tant redouté arrive : l’addition. D’ailleurs pour s’assurer que vous n’allez pas manquer à vos devoirs de locataire, l’agence immobilière demandera sûrement un contact à votre travail. Il est de coutume qu’une société soit mandatée pour une enquête téléphone afin de vérifier que vous travaillez bien où vous le prétendez. Par contre, même si ils nous avaient demandé de préparer des bulletins de salaire, ils ne nous les ont finalement pas demandé.

Il faut savoir que l’une des raisons pour laquelle le déménagement est un vrai ennui au Japon c’est parce que il demande beaucoup d’argent à payer d’avance. Au frais d’agence dont nous avons déjà parlé (1 mois de loyer), s’ajoutent le prix à payer pour la compagnie garante (entre un demi-mois et un mois de loyer). Ensuite si vous déménagez en cours de mois, vous allez devoir payer la part du mois en cours en fonction des jours restants (normal) et aussi le mois suivant (histoire de vous faire avancer un peu d’argent). Mais le Japon est surtout connu pour le fameux REIKIN (礼金) : littéralement cela se traduit par « argent de politesse » et c’est une sorte de cadeau que vous devez faire au propriétaire de l’appartement, je suppose comme remerciement de la faveur qu’il vous fait de vous le louer. Il peut-être de zéro à trois mois de loyer. Notez qu’il ne s’agit pas d’une caution : la caution se nomme SHIKIKIN (敷金) et il va aussi falloir l’avancer (là également de zéro à trois mois de loyer). La caution vous est rendue quand vous quittez l’appartement, moins les « frais de nettoyage » qui peuvent faire plusieurs centaines d’euros de façon (a priori) plus ou moins discrétionnaire.

Le marché locatif en ce moment est plutôt à l’avantage des locataires. A vrai dire je suspecte fortement qu’un très grand nombre de logements sont laissés vides plutôt que loués à bas prix. Du coup il est tout à fait possible de trouver des appartements qui ne demandent ni REIKIN ni caution (comme le notre). Cela nous a permis de ne pas trop grimacer quand la note pour les divers autres frais comme l’assurance incendie (200 euros pour deux ans, d’ordinaire il faut également payer une somme comparable pour le changement de serrures, mais je crois qu’ils l’ont oublié dans notre cas) nous ont été présentés. Au total, nous avons du payer une somme équivalente à trois mois et demi de loyer en avance, mais c’est un moindre mal car d’autre appartements exigent l’équivalent de plus de six mois de loyer, ce qui est vide rédhibitoire !

Le Graal du confort moderne

Le père : Nous allons devoir aller sur cerveau2point0…
Le fils : Mais pourquoi ? Le confort moderne n’est pas dans cette direction !
Le père : C’est que quiconque veut atteindre le confort moderne doit d’abord passer 3 coups de fils.
Le fils : Des coups de fils ? Lesquels sont-ils ?
Le père : J’ai oublié !
Le fils : Vous avez oublié ?!
Le père : Et oui !.. Si quelqu’un l’a écrit sur internet pour moi, c’est pour ne pas que j’aie à m’en souvenir.

Délestés de votre menue monnaie, il ne vous reste plus qu’à emménager… Dans un appartement sans électricité, ni eau, ni eau chaude (chaudière à gaz) ! Heureusement au Japon il suffit d’un coup de fil aux services concernés pour tout faire fonctionner comme par magie. Les trois services sont donc électricité, eau et gaz. Pour ce dernier vous allez devoir convenir d’un rendez-vous pour qu’il vienne tourner la vanne d’arrivée de gaz dans votre appartement, et vous n’aurez même pas à payer !

L’illusion optique
Même si la Corée du Sud semble vouloir contester le titre, il semblerait que le Japon soit le pays avec la plus grande vitesse de connexion à internet au monde. J’ai même entendu dire que c’était également le pays où le prix au mega-octet était le moins cher (ça ne veut pas dire que internet est économique, juste que la connexion est ridiculement rapide). Cela est possible grâce à l’omniprésence de la fibre optique. C’est bien simple à Tokyo, toutes les demeures en sont équipées. Du moins en théorie.

Dans la pratique, euh, l’employé de NTT venu à l’appartement pour faire les « travaux » d’installation de la ligne s’est vu contraint de me dire que peut-être, je ne pourrais pas utiliser internet aujourd’hui. Les guillemets sont là pour expliquer que tout ce qui a été fait en guise de travaux, c’est une tentative infructueuse de dérouler un câble de fibre optique dans une gaine ou passe le téléphone, et de constater son échec. C’est là qu’il a du m’expliquer que en fait la fibre optique ne pourrait pas être installée sans refaire toute la gaine. Ou du moins c’est ce que j’aurais aimé qu’il me dise, mais il a en fait préféré me passer une collègue au téléphone pour qu’elle me baragouine des explications en anglais (rendues difficiles pas le fait que elle ne savait pas comment dire gaine en anglais… moi non plus !), pendant qu’il se félicitait (avec son collègue arrivé en renfort et tout aussi inefficace) d’être en avance sur leur planning de la journée (oui c’est sûr que si c’est à chaque fois aussi compliqué qu’ici…).

Suite au fiasco, je suis contraint d’annuler mon contrat avec OCN. C’est d’ailleurs intéressant, au Japon, il y a le fournisseur de fibre, et le fournisseur d’accès internet. Le fournisseur de fibre c’est NTT, et le fournisseur d’accès, c’est OCN, bien sûr une filiale de NTT. Je n’ai pas trop compris pourquoi il était nécessaire d’avoir deux entreprises, surtout liées si étroitement l’une à l’autre, mais si les fournisseurs d’accès à internet ressemblent un tant soi peut aux fournisseurs de l’autre côté du monde (et vu leur tarifs, je n’ai pas de mal à le penser) je suppose que c’est juste pour pouvoir pomper deux fois plus de ressources à leurs bienheureux clients. Enfin, si NTT a annulé automatiquement le contrat car ils étaient incapables de tirer la fibre, OCN (succursale de NTT) n’étaient pas capables de l’annuler, j’ai donc du téléphoner. De façon intéressante, la personne recevant l’appel à tout de suite su de quoi je voulais parler quand je lui ai dit que l’installation de la fibre était impossible. J’en déduis que je n’étais pas le seul dans mon cas, et même si c’est dommage pour les autres, cela me réconforte un petit peu de savoir que je ne suis pas seul dans mon malheur.

Les alternatives à la fibre optique sont : le WiMax, qui est une sorte de super-wifi étendu sur toute la ville ou cette bonne vieille ADSL. Toujours (peut-être à tort) un peu suspicieux en ce qui concerne les connections sans fil et un peu échaudé par ma mésaventure (je me dis que si il y a un problème de réception du sans-fil ça posera problème à démontrer alors que si jamais une connection filaire n’est pas établie cela devrait être suffisamment clair), j’opte pour l’ADSL. Ce n’est pas moins cher que la fibre, juste plus lent (à l’installation et à l’utilisation).

Ce n’est qu’un Sayonara
Dernière étape, l’ameublement. IKEA est une alternative récemment en vogue au Japon : joie de retrouver mon étagère Billy, la même que la première fois que j’emménageais, séparée par sept ans et dix milles kilomètres… Les petits plaisirs de la mondialisation. Si jamais vous êtes allergiques au suédois (je suis incapable d’épeler le nom de ma table), il y a un magasin de meubles japonais appelé Nitori qui rend approximativement les mêmes services.

Enfin il faut savoir que jeter son électroménager est payant au Japon. Donc de nombreux étrangers se retrouvent en situation de devoir s’en débarrasser. C’est ce qu’on appelle des « sayonara sales » et cela permet en général de récupérer beaucoup de choses, parfois gratuites. L’équivalent autochtone sont les « recycle shop ». Si vous partez et que vous n’avez pas réussi à refourguer votre matériel à vos amis, les « recycle shops » viendront récupérer ce qu’ils peuvent et vous donneront même de la menue monnaie (de l’ordre de 10 ou 20 euros pour un frigo, ce n’est pas la fortune mais ça vous évite de faire des démarche et payer pour le jeter).

Et voilà !
Ça a pris le temps, mais vous êtes maintenant chez vous. Ce que je retiendrai de ce déménagement : avant je pestais de ne pas avoir l’occasion de pratiquer mon japonais. Après le tour des agences immobilières (excellent pour la pratique du japonais, ils refuseront de vous parler dans une autre langue, sauf si c’est leur spécialité), les coups de fils et les tracas d’internet, ainsi que les appels à la société « concierge  » pour menus soucis de la vie quotidienne, je dois dire qu’il m’est presque arrivé de penser que cette fois-ci c’était trop de japonais !

Setsuden (節電) : économies d’électricité

juillet 3, 2011

Le kanji de l’an dernier fut « chaleur » (暑). Trimbaler ma valise le quinze août, un des jours le plus chaud de l’année ne fut certes pas une partie de plaisir. Avec l’arrivée du premier juillet, et l’ouverture officielle de la saison de randonnée, en particulier du mont Fuji, est arrivée la chaleur moite de l’été japonais. La saison des pluies n’étant cependant pas encore officiellement close, de lourds nuages gris forment le couvercle d’une cocotte minute prête à exploser à tout moment en d’orageuses précipitations : raison pour laquelle la météo n’a de cesse d’annoncer des jours de pluie, rendant les plannings pour les week-end compliqués, alors qu’au final les éléments ne nous donnent à voir « que le soleil qui poudroie » (on m’a dit que la météo ne pouvait jamais prévoir la fin de la saison des pluies, mais ne pouvait que la constater… pratique !).

Le kanji de cet été, au moins dans la région de Tokyo, ce pourrait bien être 節電, économies d’électricité (mis à part que ce sont en fait deux kanjis). L’approvisionnement en électricité étant limité d’une part par l’accident de Fukushima, d’autre part par le fait que la fréquence n’est pas la même entre le sud et le nord de l’archipel, ce qui rend les transferts d’électricité compliqués (n.b. 2 fréquences pour un même pays, alors que nous avons un marché international de l’électricité en Europe, union qui n’a pas que des mauvais côtés), la crainte d’une pénurie plane.

La menace de la pénurie, qui impliquerait le retour des coupures de courant par zone comme les tokyoïtes ont pu l’expérimenter juste après le tremblement de terre, nous amène à nous poser quelques questions : « comment ça, l’électricité qui alimente ma télévision ne serait pas acquise, aussi abondante que l’air que je respire ? ». Afin d’éviter les coupures (oui, la télévision ne semble pas si nécessaire, mais dans notre société un réfrigérateur fonctionnel ne relève pas vraiment du domaine du luxe…), Tepco, relayé par le gouvernement, a demandé une réduction de la consommation de 15%, ce que les japonais se sont appliqués à mettre en oeuvre.

Certaines boutiques accueillent leur clients dans une lumière… tamisée. Ils s’en excusent en affichant les fameux kanjis 節電 sur leur devanture. Les entreprises également jouent le jeu : la climatisation est moins forte, et pour compenser, un « super cool biz » a été décrété.

Pour ceux qui auraient raté un épisode, le « cool biz » avait été une initiative lancée par Koizumi quand il était premier ministre (~2005) : s’habiller un peu moins strict (tomber la cravate et envisager la chemisette, dont la chemise d’Okinawa qui sur le principe ressemble à s’y méprendre à l’hawaïenne, mais avec la touche japonaise) .

Le « super cool biz » permet presque tout : les pantalons en lin, les chaussures « street casual » (encore faut-il savoir ce que c’est), les polos, … (ce qui est « dommage » c’est que les japonais, surtout senior, ont du mal à changer leurs habitudes, quand aux étrangers, ils n’avait pas forcément attendus la directive officielle…).

Aux infos, mais aussi sur internet, on peut suivre en direct la consommation du jour, et savoir à quel pourcentage du maximum on est rendus, ce qui aboutit à des conversations comme : « tu as vu, avant-hier on a consommé plus de 90% de l’électricité disponible, ça craint… ». En suivant les graphiques jour-après-jour on se rend compte que la consommation augmente fortement avec la température. Pas étonnant quand, en fouillant encore un peu sur le site de Tepco, on se rend compte que le climatiseur d’air représente plus de 50% de la consommation moyenne du foyer japonais.

En vertu de quoi Tepco prodigue quelques conseils aux familles pour avoir un style de vie compatible avec les économies d’électricité, dont le mignon : passez plus de temps ensemble dans la même pièce de la maison pour n’avoir à utiliser qu’un climatiseur, pas bête !

Pour enchaîner sur les petites bêtes, je dois annoncer la disparition du mérou porte-bonheur de Roppongi « Donkichi(ドン吉) » (youtube), qui serait mort de sa belle mort le quinze juin, à 88 ans en « équivalent » humain (je n’ai pas la moindre idée de comment on traduit de l’âge mérou à l’âge équivalent humain). Était-il vraiment heureux dans son aquarium pas très grand et bruyant du Don-Quichotte ? Peu soucieux des jingles et des éclats des néons de la société de consommation se déchaînant autour de lui, dans le fond de son aquarium, il me semble qu’il avait atteint le niveau de méditation d’un maître zen, point fixe réconfortant dans se monde tumultueux. Soit ça, soit il était en train de regarder passer les filles : il avait un sacré emplacement, et un drôle de succès !

Dans un tout autre registre, à Yoyogi cet après-midi, une couleuvre faisait le tour du propriétaire de l’arbre en dessous duquel nous étions tranquillement en train de pique-niquer. Elle a flambé en nous montrant sa technique de grimpe impressionnante, mais elle a moins fait la fière quand elle s’est fait prendre à parti par un japonais éméché conduisant une armée de gamins armés de pistolets en bois. Heureusement, elle a réussi à se faufiler jusqu’aux fourrés pendant qu’ils étaient en train de jouer au foot… Hasta luego petit serpent !