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Les Attaquantes

août 14, 2012

Les lecteurs francophones savent surement déjà tout ce qu’il y a à savoir sur le palmarès des français lors de ces olympiades. La déception de l’escrime et les bonnes surprises de la natation, l’or à la perche, l’or en handball accompagné par les habituels débats sur l’universalité de tel ou tel sport (si j’en crois un collègue américain, le « hand ball » aux USA c’est un sport qui consiste à faire rebondir une balle contre un mur un peu façon pelote basque et qui fait fureur dans les cours de récré), l’argent en basket chez les femmes (le même collègue américain m’a répondu, quand je lui demandais s’il avait vu le match : « non, juste le résultat, tu sais qui étaient les adversaires ? »), …

Je voulais juste revenir, avant que le soufflet olympique ne retombe complètement sur deux résultats.

Or olympique en marathon pour Stephen Kiprotich. Ceci est surement du à la qualité de ses courses d’entrainement, une part non-négligeable doit venir de la concurrence qu’il a eu à affronter sur le marathon de Tokyo de cette année où il a fini 3ème.

Médaille de bronze pour l’équipe de volley féminine japonaise que nous étions allé voir lors du tournoi qualificatif (de façon complètement fair-play, le tournoi qualificatif monde a toujours lieu au Japon). Après leur médaille de bronze aux championnats du monde en 2010 (eux aussi organisés au Japon (pour la deuxième fois consécutive)), elles espéraient une médaille. Je dois avouer que leur qualification laborieuse m’avait un peu fait douter.

Finalement une victoire très étriquée contre la Chine en quart et une victoire contre la Corée du Sud en petite finale leur permet d’accrocher la médaille de bronze. Comme lors du championnat du monde elles ont échouées face au brésiliennes qui elles conservent leur titre olympique (elles vont avoir la pression dans quatre ans à Rio).

Avec cette médaille, l’équipe totalise deux médailles de chaque couleur. Leur plus belle médaille serait la médaille d’or gagnée en 1964 à Tokyo (encore déjà à domicile !) qui est au centre d’une scène du dernier opus d' »Always ».

Après avoir disputé la finale des quatre première olympiades où le volleyball était présent, à Los Angeles (1984), après le boycott de Moscou (1980), elles n’arrivèrent que à avoir la médaille de bronze. C’est le sujet de l’anime « Jeanne et Serge » que je suppose beaucoup de gens de notre génération ont regardé : l’équipe japonaise de volleyball réussira-t-elle à accrocher une médaille à Seoul (1988) ?

Et bien non, la disette devait frapper l’équipe jusqu’aux olympiades Londres en 2012. Finalement Jeanne n’aura eu à attendre sa médaille que 28 ans !

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Marathon de Tokyo 2012

mars 25, 2012

Comme excuse on dira que j’ai attendu de recevoir la feuille de résultat officielle avant d’écrire ce retour d’expérience sur le marathon de Tokyo couru le 26 février dernier. Merci à Elo pour la photo !

Si je me souviens correctement, la dernière course à pied que j’ai du disputer devait être la foulée douvainoise, il y a quinze ans voire plus. La distance dans ma catégorie était quelque chose comme 4 kilomètres. Pas vraiment un pedigree de nature a me rassurer a moins de dix minutes du départ d’une course dix fois plus longue. Bien sûr, j’ai quand même quelques mois d’entraînement dans les jambes… Entraînement dont l’assiduité a hélas légèrement varie en fonction de la météo du moment : courir le marathon fin février c’est sûrement proche de l’idéal en ce qui concerne la température de course le jour J, mais ça implique de faire sa préparation pendant le Noël enneigé et les pluies verglaçantes de janvier !

La température, d’ailleurs, se prête sûrement bien à la course, mais relativement moins bien a l’attente en rang d’oignons dans la zone de départ ou nous avons été encouragés à nous rendre environ 20 minutes avant le départ. Avec la venue des derniers retardataires, la situation s’améliore quelque peu. En effet, cette année le nombre de participants a été élargi à environ 36000. Sur 288000 entrants, ça ne fait jamais que 1 chance sur 8 (c’est bien ma chance !), mais c’est largement suffisant pour créer de la chaleur humaine. Sur le bord de la route j’aperçois même l’inventeur du iRun, un fan d’Apple avec de faux airs d’inspecteur gadget qui diffuse la course en direct sur les réseaux sociaux à l’aide d’une demie-douzaines de « iDevices ».

Au milieu de la foule, une petite armée en leggings de course et T-shirts respirants aux couleurs fluo, je me dis que nous devons être un joli spectacle vu d’en haut. C’est sûrement ce que pense cette grand-mère qui est notre première supportrice et qui nous fait coucou depuis son balcon, mais également les caméras de télévision dans deux ou trois hélicoptères que l’on entend bourdonner au dessus de nos têtes. Mes voisins, un groupe de grand-pères et de grand-mères parlent nonchalamment de tous les marathons précédents qu’ils ont terminé avec les honneurs, et me donnent un peu l’impression d’un intrus dans ce monde de spécialistes de la course a pied. Dans le matin blême les tours de la mairie de Tokyo, gris sombre sur un fond de nuage gris clair ont l’air vaguement menaçantes ; en tous cas solennelles, comme il sied à cette structure de l’inévitable Kenzo Tange qui serait inspirée de la cathédrale de Notre-Dame de Paris.

Enfin, toutes ces considérations sont bien plus d’accessoires face au problème que je rencontre… Levé de bonne heure conformément aux conseils que j’avais reçus par courrier en même temps que les instructions pour retirer mon dossard, j’ai fait un bon petit déjeuner quelques heures plus tôt et bu beaucoup (trop ?) de thé. La nature faisant son travail, je suis saisi par une impérative envie de faire pipi ! Et oui, ce n’était pas juste pour me réchauffer que je sautillais sur place…

Finalement neuf heures dix et le coup de feu du départ résonne longuement contre les parois de verre et d’acier des immeubles de Shinjuku. J l’acceuille avec un grand soulagement : je me dis bien naïvement que les premiers toilettes sur le chemin seront vraisemblablement vides, car les autres auront su prendre leurs précautions avant… Force est de constater que dans un premier temps, je ne m’approche pas de la sanisette tant convoitée à un rythme effréné : les premiers mètres sont fait en marchant, ce qui laisse le temps de bien voir la pancarte que des membres du staff facétieux tiennent bien haut, « 43 kilomètres restants ». Il est hors de question que je coure tout le marathon dans cet état, ce sera déjà un miracle si j’arrive a faire les 800 mètres jusqu’à la ligne de départ « au sec ».

Dans cette situation, je ne sais pas si la pensée des WCs est vraiment de nature à calmer l’envie. Cependant par déformation professionnelle, je ne peux empêcher mes pensées de dériver vers cet évident problème d’optimisation. Vraisemblablement 36000 participants auront envie d’aller aux petit-coins, et ce en l’espace d’une heure avant le départ. Si on considère que chaque personne ne passe que 30 secondes au toilettes (mais sans penser que certains profitent du luxe des cabinets de chantier pour ajuster leur tenue, je pense que c’est une estimation basse), cela fait quand même 300 toilettes nécessaires. Il y en avait un bon nombre, mais je ne pense pas autant, ce qui explique les bouchons (la solution aurait été d’avoir des urinoirs, car même si la course à pied est un sport mixte, plus de 60% des participants étaient des hommes). Ce petit problème logistique trouvera néanmoins un épilogue heureux (en tous cas pour moi qui n’ai pas eu a le faire sous un pont proche du départ sous le regards peu compatissant d’un agent tenant un panneau : « Veuillez utiliser les toilettes indiquées par le staff »), lorsque j’avisais un bloc de cabines devant la mairie, avec une file d’attente minimale et (grand luxe) située avant la ligne de départ (donc avant le lancement du chronométrage).

Libéré de ce soucis trivial, je pouvais enfin commencer la course et voler (le début est en faux plat descendant) à travers les rues de Shinjuku en direction de Iidabashi. Enfin, plutôt me frayer un chemin dans les embouteillages : ce n’est que après le dixième kilomètre voire plus que les écarts se stabilisent. Pour le moment j’ai l’impression des bouchons du dimanche soir a Hachioji ! Mais rien ne sert de se presser en ce début de course : mieux vaut profiter de l’atmosphère de la course. Il est déjà unique de pouvoir gambader en toute liberté au milieu des gratte-ciel de Shinjuku, sur les grandes artères réservées d’habitude aux voitures, mais de participer à une course en masse, avec des personnes de tous âges et de tout horizons rend l’expérience unique. D’autant plus que de nombreuses personnes se sont placées sur les bords des routes pour encourager les participants, et les nombreux volontaires engagés dans l’organisation de la course ont fait un travail admirable pour que tout se déroule sans accrocs et que les coureurs puissent se concentrer uniquement sur leur course.

Dans ce genre de course, chacun a sa propre raison de relever le challenge. Plusieurs papis, dont un affiche clairement qu’il a 76 ans, quelques manifestants engagés contre l’énergie atomique, dont un déguisé en éolienne. Plusieurs participent l’opération de charité « Tsunagu » dont la moitié des recettes cette année seront versées aux opérations de reconstruction du Tohoku. Ils portent un T-shirt avec un encart leur permettant d’écrire la raison pour laquelle ils courent. En guise d’exercice de japonais, je déchiffre leur messages (âmes insensibles s’abstenir) : « Pour mes deux filles », plusieurs variantes de « Pour le Tohoku », « Pour la paix », « Pour l’avenir », une femme entre deux âges court pour sa « maman qui est au ciel » ; d’autres souhaitent que chacun « ait la force de réaliser ses rêves ». De nombreuses personnes participent à l’ambiance festive en se déguisant, nous avons plusieurs « maids » (l’habit de servante à la française, qui semble bien plus connu de part le monde que dans le pays d’origine), quelques Lady Gaga ; certains arborent un chapeau original : boulette de riz ou pinte de bière ; mais, et l’on m’a dit plus tard que c’était traditionnel, la palme revient à un Jésus, qui fait la course en pagne et pieds nus, en portant sa croix et sa couronne d’épines.

Outre les supporters présents sur le bord de la route, de nombreux spectacles sont organisés le long de la route. Vers le cinquième kilomètre nous avons le droit à l’harmonie des forces d’auto-défense (l’équivalent de l’armée) japonaise. Comme on est en droit de s’y attendre, la fanfare militaire joue de façon impeccable. Plus loin nous auront droit à un brass-band composé de jeunes collégiens ou lycéens qui sont eux aussi excellents, si bien que je regrette de devoir m’éloigner au pas de course.

La première moitié du marathon me donne vraiment l’impression de jouer à domicile. Après Shinjuku, nous faisons une partie du tour du palais impérial qui est un des hauts lieux du jogging dominical à Tokyo. Comme le tour complet fait presque exactement 5 kilomètres il est pratique d’y mesurer son allure. A ce moment là que je vois passer les premières femmes en sens inverse (le parcours fait une boucle), avec dix kilomètres d’avance dans la course. Vient ensuite Minato-ku, avec le grand temple Zozoji où nous avions passé le nouvel-an. Là encore des spectacles : danses variées, dont du flamenco et une remarquée danse du ventre. Le parcours passe ensuite dans la rue juste derrière l’appartement où j’ai pu retrouver ma supportrice personnelle pour aller jusqu’à la gare de Shinagawa et retour. Nous profitons en passant d’un concert de taiko (tambours japonais) et d’autres spectacles de danse.

Nous arrivons ensuite dans la rue principale de Ginza fermée pour l’occasion. A ce moment là j’ai plutôt de bonnes sensations, j’avance à une allure légèrement plus rapide que le temps officieux de quatre heures que je m’étais fixé ; et après avoir dépassé la moitié de la course, les foulées qui rapprochent de l’arrivée succèdent aux foulées qui éloignent du départ. Cependant, arrive le passage des 25 kilomètres, à peu près la distance maximale que j’avais parcouru pendant mes sorties longues d’entraînement. Si le souffle reste facile, mes jambes commence à titiller, puis à faire mal…

Je n’ai jamais été aussi heureux de voir la Kaminari-mon du temple Sensou-ji d’Asakusa : a cet endroit la course fait demi-tour et nous cessons les boucles et les détours dans Tokyo pour se diriger (presque) directement vers Odaiba et le Tokyo Big Sight qui marque l’arrivée de la course que je commence à implorer de mes voeux (alors qu’il reste plus de dix kilomètres à boucler !). Près du temple il y a encore un concert d’harmonie joué par des écoliers du quartier. Mine de rien, la mobilisation de tous ces habitants de la ville pour faire de la course un succès m’aide grandement à faire ma part, qui est d’arriver ; surtout vis-à-vis des personnes qui ont échoué à la loterie (dont quelques connaissances).

Après le kilomètre 30 et jusqu’au kilomètre 40, l’essentiel de mon attention se reporte sur l’action de mettre un pied devant l’autre, action qui devient de plus en plus douloureuse. Pour ne pas aider, les panneaux qui marquent chaque kilomètre semblent s’espacer : j’en rencontre de moins en moins souvent ! Seule consolation, la course prend un air un peu plus océanique alors que nous enjambons plusieurs ponts avec au moins la certitude d’être dans la bonne direction pour rejoindre l’île artificielle d’Odaiba.

Au kilomètre 40 je reprends un peu mes esprits. Disons que pour préparer la course, j’avais lu la page wikipedia sur le marathon, où est expliqué que la distance est apparue lors des premiers jeux olympiques de l’ère moderne. Basées sur la légende liée à la bataille de Marathon, les première courses furent disputées sur une distance d’environ 40km correspondant à l’éloignement entre Marathon et Athènes. La distance de 42 kilomètres 195 mètres correspond à celle des jeux de Londres 1908. Eureka ! Une distance aussi « savoureuse » ne pouvait provenir que d’un pays réfractaire au système métrique. Bref, peu soucieux de me laisser abattre par des kilomètres superflus ajoutés au bon plaisir du roi d’Angleterre désireux de voir la course commencer de son palais pour arriver devant sa royale loge, je décide de retrouver mon rythme pour arriver la tête haute.

Le kilomètre 42 arrive comme une délivrance : plus qu’un demi-tour de stade, et en plus un show de pom-pom girls ! Je me paye même le luxe d’un petit sprint. Ni pour le temps, ni pour le classement, ni pour la frime, mais uniquement pour en finir au plus tôt !

Bonne surprise à l’arrivée nous avons le droit à plein de goodies : des boissons, une serviette et même une petite médaille marquée « Finisher ». En conclusion, j’étais vraiment content de pouvoir disputer cette course. J’en déduis donc que je dois remercier en premier lieu la chance qui m’a permis d’être sélectionné à la loterie. C’est peut-être une évidence pour les gens qui participent souvent à ce genre d’évènement, mais j’ai vraiment adoré l’ambiance. Chapeau au staff pour l’organisation (qui a si j’ai bien compris une annonce, a impliquée le pelage et la découpe de 96000 bananes). Je ne sais pas si j’aurais pu me motiver pour finir la course si cela n’avait pas été dans un évènement mobilisant autant de personnes dans la bonne humeur généralisée.

En ce qui concerne les résultats de la course. Chez les hommes elle a été gagnée par le Kipyego en 2h07m37s. Le second est un japonais, Fujiwara, qui signe son meilleurs temps personnel. Haile Gebrselassie (seul participant dont je connaissais le nom) est arrivé 4ème. Il participait pour essayer de faire un bon temps pour une ultime participation aux Jeux Olympiques à Londres, je crois donc que c’est un peu une déception pour lui. Chez les femmes la première place a été prise par l’éthiopienne Habtamu qui signe en 2h25m28s un record pour l’épreuve. La première japonaise est Eri Okubo, quatrième, qui signe son record personnel. La motivation des japonais s’explique par, outre le fait qu’ils courent à domicile, le fait que la course soit couplée avec la qualification pour les Jeux Olympiques de Londres.

Très modestement, je suis arrivé en 4h11 (temps net). J’ai longtemps réfléchi à l’injustice qui fait que ceux qui courent plus vite courent moins longtemps. Mais bon, il faut bien dire que pour arriver à ce niveau de performance, il faut en avoir fait des heures d’entraînement ! Et pendant les grandes compétitions, eux ils sont en train de courir pendant que je regarde la télé en mangeant du pop-corn…

Pour le classement c’est plus compliqué, je donne juste 11157ème sur 27340 qui correspond au classement dans l’ordre d’arrivée pour les hommes, et 698ème sur 2240, le classement net (au temps) dans ma classe d’âge. Pour une première expérience, je suis très content d’avoir pu finir en pas trop mauvais état, même si je m’en veux un peu de ne pas avoir pu tenir mon objectif officieux de quatre heures, sûrement un petit manque d’entraînement. J’étais surpris par l’absence de problèmes point de vue de la respiration (pas de points de côté, etc…), contrastant avec l’extrême douleur que j’ai ressentie dans les jambes.

Pour la rigolade, mes temps de parcours.
0 – 5km : 29m31s
5 – 10km : 27m19s
10 – 15km : 26m11s
15 – 20km : 26m16s
20 – 25km : 27m53s
25 – 30km : 31m00s
30 – 35km : 32m35s
35 – 40km : 35m10s
40 – fin : 15m29s
total : 4h11m24s

Kyûshû Basho : le blanc Peng fait la loi

décembre 4, 2010

Hakuho (白鵬), dont le nom de lutteur se traduit littéralement par « Blanc Peng« , a remporté dimanche dernier (le 28 novembre) son 5ème tournoi consécutif. Petit retour sur ces 2 semaines riches en rebondissements.

Les règles

Juste pour éclaircir le contexte, le sumo n’est pas seulement un sport de poussée, dans le sens où éjecter son adversaire du cercle n’est pas la seule façon de gagner : il suffit que l’adversaire touche le sol, même à l’intérieur du cercle, avec une autre partie de son corps que la plante des pieds pour gagner. D’ailleurs la glissade accidentelle de l’adversaire est recensée comme une des techniques de victoire qui est parfaitement valide.

L’année est organisé en six tournois officiels, les basho, qui se déroulent en 15 jours. Chaque lutteur dispute un seul match par jour (qui dure rarement plus d’une poignée de secondes), et celui qui totalise le plus de victoires à l’issue des 15 jours est déclaré vainqueur.

Ce qui est plus astucieux c’est comment sont décidées les confrontations. En fait le sumo professionnel est organisé en divisions dont la plus prestigieuse est la division makuuchi qui est la seule dont on parle dans les médias étrangers. Tous les lutteurs ne luttent pas entre eux comme on pourrait naïvement le croire, en fait les confrontations sont décidées jour après jour par les instances dirigeantes de l’association de sumo.

Selon les résultats de chaque tournoi les lutteurs évoluent dans le classement qui s’appelle « Banzuke » et qui au sein de la division principale se divise de la façon suivante, de bas en haut :

Les Maegashira, ils sont beaucoup (une vingtaine), et c’est un peu le ventre mou et les relégables.

Viennent ensuite les lutteurs qui ont un « rang ». Komusubi et Sekiwake, en général deux de chaque, qui commencent à être un peu connus, mais peuvent faire des aller-retour en Maegashira relativement facilement. Puis les Ozekis (lit. Grand champion), eux en général ils restent dans le paysage au même rang plutôt longtemps et ils sont entre 4 et 6, même si il n’y a pas vraiment de règle. Finalement le rang suprême, le(s) Yokozuna(s), en général entre 1 et 2, même si là non plus il n’y a pas de règle, c’est à dire que l’on peut se trouver théoriquement dans une époque sans Yokozuna ou alors avec plus de deux, du moins en théorie.

Lors d’un tournoi, un kachikoshi, c’est à dire l’obtention de plus de victoires que de défaites permet de monter en rang, un makekoshi fait descendre.

Cependant pour les rangs de Ozeki et Yokozuna, la promotion est en fait décidée par les instances dirigeantes du sumo, même si les critères à remplir sont relativement fixes : pour le rang d’Ozeki un total de victoires supérieur à 33 sur trois tournois consécutifs, avec de préférence quelques combats intéressants, comme la victoire sur un Yokozuna ou sur de nombreux Ozekis ; pour le rang de Yokozuna, deux victoires consécutives et bien entendu la dignité qui va avec la fonction.

Il semblerait que les hautes instances du sumo aient longtemps hésité pour savoir si des non-japonais pouvaient atteindre une dignité suffisante pour devenir Yokozuna. Depuis 1993 la réponse est oui, et depuis il y a eu deux Yokozuna de Hawaï, deux japonais, et deux mongols, Asashoryu et Hakuho.

Asashoryu/Hakohu, c’est le Federer/Nadal du sumo. Première ressemblance, Asashoryu est de la même tranche d’âge que Federer (né l’année précédente) tandis que Hakuho est de la même tranche d’âge que Nadal (né l’année précédente). Asashoryu accède au titre de Yokozuna en 2003, c’est à dire un an avant que Federer ne devienne le numéro 1 mondial. Autre fait amusant, leur réussites respectives dans les tournois majeurs (basho/grand chelem). Asashoryu/Hakuho ont enlevé 41 des 48 bashos qui ont été disputés depuis 2003 l’année où Asashoryu est devenu Yokozuna, soit 85,4%. Federer et Nadal totalisent 24 des 28 titres du grand chelem joués depuis 2004 l’année où Federer est devenu n°1 mondial, soit 85,7%.

Par contre contrairement à Federer qui est connu pour son fair-play et sa retenue (même si il n’en fut pas toujours ainsi), Asashoryu n’a jamais pu se défaire de son caractère impulsif. Il a à de nombreuses reprises défrayé la chronique. Cela va du crêpage de chignon (au milieu du Dohyo ça fait tâche), à la bagarre en sortie de discothèque qui finira par le forcer à la retraite prématurée (oui, mais en même temps ça sert à rien d’être un gros-bill si on peut pas le montrer) en passant par le match de foot au pays alors que l’on s’est fait dispenser de tournée de démonstration pour cause de maladie.

La perte du rang de Yokozuna est impossible : le Yokozuna incapable de tenir son rang est gentiment poussé à la retraite. Pour les Ozekis, il faut aligner deux makekoshi successifs pour perdre le rang. Et rater un basho pour cause de blessure compte comme un makekoshi. Un Ozeki ayant eu un makekoshi est appelé « kadoban », cela veut dire que un autre makekoshi lui fait perdre son rang.

Les enjeux

Au début du tournoi tous les yeux sont rivés sur le Yokozuna Hakuho, qui, sans opposition à son niveau depuis le départ en retraite de Asashoryu, commence le tournoi avec une impressionnante série de 62 victoires consécutives, c’est à dire non loin de battre le record légendaire de Futabayama de 69 victoires consécutives.

Mais bon, pour remettre les choses en perspectives Futabayama a établi son record dans les années 1936-1939, à une époque où il n’y avait que deux tournois par an, et est donc resté invaincu pendant trois ans, tandis que Hakuho n’est resté invaincu que pendant un an, mais peut-être dans un contexte plus compétitif.

Bien que le sumo soit un sport suivi principalement par les japonais, il faut savoir que en ce moment, les plus hauts rangs ne sont pas tenus par des japonais. On a vu que Hakuho seul Yokozuna en activité est d’origine mongole. Parmi les quatres Ozekis alignés au début du tournoi de Novembre, un seul japonais, accompagné d’un bulgare, d’un estonien et d’un autre mongol. Aussi l’attention du public se reporte également sur Tochiozan, sekiwake, qui après des résultats de 9-6 et 11-4 dans les tournois précédents, avec de nombreuses victoires face à des Ozeki, peut en cas de bon résultat dans ce tournoi prétendre lui même au second rang le plus élevé.

Le seul Ozeki japonais Kaio lutte lui contre le temps. A 38 ans, cela fait 10 ans qu’il tient ce rang… et s’il a pu gagner 5 tournois au début dans les années 2000 – 2005, depuis c’est kadoban sur kadoban. Récemment, kadoban après avoir du quitter le tournoi de l’été sur blessure, il n’a réussi à s’assurer du kachikoshi nécessaire à son maintient que l’avant dernier jour du tournoi de Septembre, pour finir juste juste à 8-7.

Quelle était sa principale motivation pour se maintenir ? pouvoir aborder le tournoi de Fukuoka en étant Ozeki… Effectivement au sumo, non seulement le pays, mais aussi la région d’origine est très importante, et Kaio originaire de cette ville voulait se montrer à son avantage devant son public !

Autre enjeux : le public. Le basho de novembre est connu pour ses sièges vides, et les récents scandales qui ont secoué le monde du sumo ne font rien pour arranger les choses. Le dernier scandale en date, véritable tremblement de terre, a provoqué la suspension et/ou rétrogradation de nombreux lutteurs. Les coquins auraient parié sur des résultats de matchs de baseball, alors que c’est illégal.

Avec la possibilité pour Hakuho de battre le record de victoires consécutives, toutes les places pour la 7ème journée (possible égalisation du record) et 8ème journée sont vendues à l’avance.

Les résultats

Le deuxième jour, c’est la douche froide : Hakuho perd contre Kisenosato et la série de victoire s’arrête à 63. Les places vendues à l’avance pour les jours 7 et 8 se retrouvent sur ebay à moitié prix…

Cependant ce n’est que le début d’un tournoi dont le final s’avérera passionnant.

Au début du jour 12, alors qu’il reste quatre combats pour chacun des lutteurs, quatre lutteurs se retrouvent à égalité avec 10 victoires et une seule défaite.

Hakuho, bien que mentalement affaibli après sa défaite du deuxième jour a réussi à préserver son score au terme de combats disputés. Il dira d’ailleurs après le tournoi qu’il a hésité à abandonner après le deuxième jour. Il faut dire que tout le monde le voyait battre le record.

Kaio qui brille devant son public et se sort parfois de situation perdues, non sans quelques maladresses de ses adversaires, peut-être étonnés par la ténacité du vétéran.

Baruto l’Ozeki estonien qui n’a encore jamais remporté de tournoi.

Finalement Toyonoshima, revenu en Makuuchi après avoir été rétrogradé suite au scandale des paris illégaux et qui simple maegashira aimerait bien créer l’exploit.

Kotooshu, mon lutteur favori, l’autre Ozeki européen (bulgare) a retrouvé ses esprits après un début de basho catastrophique (3 défaites en 4 matchs) et s’est assuré du kachi-koshi le onzième jour.

Kaio gagne face à un maegashira et pointe maintenant à 11-1. L’avant dernier match de la journée est déjà une petite finale puisqu’il oppose Baruto à Toyonoshima, et que la défaite hypothèque les chances de victoires… Alors que Baruto semblait avoir le match bien en main, lors de la poussée décisive il se tord le pied et met le genoux à terre !

Dans le dernier match de la journée le pauvre Tochiozan sur lequel tant d’espoirs étaient fondés afronte le Yokozuna qui ne lui fait pas de cadeaux et se retrouve avec 8 défaites en position de make-koshi ! Hakuho lui avance à 11-1.

Le 13ème jour Toyonoshima s’assure de la victoire face au sekiwake Kakuryu et reste dans la course au titre. L’avant dernier match est une affiche alléchante puisqu’il s’agit pour Kotooshu et Baruto, qui malgré sa défaite de la veille a toujours une petite chance de remporter le tournoi, de montrer qui est le papa du sumo européen.

Kotooshu a été champion d’Europe de lutte gréco-romaine dans une autre vie, mais après n’avoir pu participer aux Jeux Olympiques car dépassant le poids maximum, il s’est tourné vers le sumo. Son ascension a été fulgurante puisqu’il a été le lutteur ayant eu la progression la plus rapide de la plus basse division à la division Makuuchi. En 2005 l’année de sa promotion au grade d’Ozeki, il était très populaire au Japon. Il faut dire que, plutôt fin pour un lutteur de sumo (~150 kilos pour 2m03), il est connu pour être séduisant, ce qui lui vaut le surnom de « Beckham du sumo ». Hélas après sa promotion au status d’Ozeki, et suite à des blessures sa progression a ralenti. Je le suspecte aussi très fortement d’avoir des petits problèmes de mental car il semble capable du meilleur comme du pire ! Il reste néanmoins le seul lutteur européen à avoir remporté un tournoi, en mai 2008, ce qui lui a valu notamment les félicitation de notre Jacques préféré qui est un de ses premiers fans.

Moyennant quoi la motivation de Baruto est la plus forte, et il envoie Kotooshu valser en dehors du Dohyo (le problème du mental pour un Ozeki qui s’est assuré du kachi-koshi mais qui a trop de défaites pour prétendre au titre).

Le dernier match de la journée voit s’affronter Kaio et Hakuho, là encore un match décisif. Le support de tout un pays, les pancartes « Allez Kaio » tenues par les écoliers du cru, les cris lors de son entrée sur le Dohyo vont-ils suffir pour bouleverser la mécanique du Yokozuna qui s’est maintenant remise en marche à plein ? non, le vieil Ozeki se fait gentiment déposer en dehors du cercle dans un yorikiri d’école.

Le 14ème jour est celui des combats décisifs pour les Ozekis Kaio et Baruto qui comptent 2 défaites et sont opposés respectivement à Toyonoshima et Hakuho qui comptent eux 1 seule défaite. Toyonoshima résiste face à Kaio qui voit son rêve de gagner « à domicile » lui échapper. Baruto ne fait pas le poids face à Hakuho, donc pas de seconde victoire européenne pour le moment. On a beau être Ozeki, si l’on ne peut pas gagner contre le Yokozuna, on ne peut que difficilement prétendre à la victoire finale !

Dans le dernier jour, Kaio s’assure un joli 12-3, son meilleur résultat depuis 5 ans. Baruto se retrouve à 11-4. Kotooshu qui n’a fait que perdre depuis le 11ème jour à 8-7, Tochiozan qui a fait le chemin inverse de Kotooshu en gagnant tout ses derniers matchs à 7-8. Toyonoshima et Hakuho gagnent leur dernier matchs et sont tous les deux à 14-1, la victoire finale se joue sur un play-off remporté par le Yokozuna. Que dit le proverbe déjà ? « Le sumo est un sport qui se joue en 15 jours et à la fin c’est Hakuho qui gagne » ?

Un de mes source principale pour suivre les résultats des tournois en direct, avoir les interviews traduites et d’autres news du monde du sumo : ce blog.