Archive for the ‘Ski ga suki’ Category

Spa vrai ?

mai 8, 2012

Lui : Alors c’était comment ?
Elle : Hum… Je crois que je me suis brulée…
– Conversation surprise à la sortie du bain

Les lecteurs de l’écho du Kanto penseront que c’est du réchauffé, mais réchauffé n’est qu’un euphémisme pour décrire la sensation de brûlure intense que nous a valu la prétention d’entrer dans les bains de Kusatsu. Sensation égalée uniquement par celle du homard au moment de plonger dans la marmite : au sortir de l’eau, nous en partagions également la couleur écarlate ! Je me permet donc de relater rapidement notre séjour dans ce bon village de Kusatsu au tout début du mois d’avril.

La station thermale de Kusatsu (草津温泉) est un endroit décrit comme astringent par nos amis japonais (en fait le mot utilisé, SHIBUI 渋い a plusieurs sens). Ce mot d’apparence effrayante est plutôt facile a retenir car utilisé dans le nom Shibuya (渋谷) un des quartiers les plus emblématiques de Tokyo : la vallée astringente (même si Boilet qui se pique de savoir que Tokyo est son jardin pense que cela signifie « vallée amère ».

Donc, à défaut d’une réputation sulfureuse, c’est une odeur de souffre qui plane sur tout le village. On n’y échappe pas non plus à la station de ski attenante, modestement nommée « Kusatsu International ». Station qui se pique d’une histoire relativement ancienne puisque elle a accueilli le premier télésiège ouvert au public au Japon en 1948.

Trempés par la pluie au pied des pistes, nous nous dépêchons de prendre de la hauteur en quête de neige. Notre attente ne sera pas déçue puisque après deux télésièges, des oeufs puis encore un télésiège, nous voilà à plus de 2000 mètres d’altitude (c’est relativement haut pour une station japonaise) dans la tempête de neige. La visibilité est nulle : hélas, nous ne pouvons pas voir le tout proche sommet du Kusatsu-Shiranesan (草津白根山), figurant dans la liste des cents montagnes célèbres du Japon, connu pour son lac de cratère turquoise que je me promets d’aller voir cet été. La station de ski en elle même ressemble beaucoup aux autres stations japonaises que j’ai pratiquées : de grandes pistes peu difficiles, un petit champ de bosse histoire d’avoir une piste noire. La descente depuis le haut de la station est cependant bien agréable ; il semblerait que ce soit la plus longue piste du Japon.

Avant de venir au Japon, et même avant ce voyage, la seule image que j’avais de la préfecture de Gunma (群馬県), c’était ça. Donc, une préfecture connue pour sa culture maraîchère, sur laquelle malheureusement un voile de suspicion a été jeté par l’accident de Fukushima, puisque ces deux préfectures partagent une petite frontière commune. Mais Gunma est également connu pour ses sources chaudes au rang desquelles Kusatsu occupe une place privilégiée.

Le héros local, outre les membres de l’équipe de football du village dénommée « Thespa » (ce n’est pas une quelconque divinité grecque, mais juste la contraction des mots anglais « the spa ») qui est présente en deuxième division japonaise, est le Dr. Baelz un médecin allemand qui fut en son temps le docteur attitré de la famille impériale japonaises et qui a scientifiquement (et longuement) « étudié » les vertus médicinales de l’eau de Kusatsu. Il faut croire que les propriétés bénéfiques de cette eau, qui viendraient de sa forte acidité, étaient néanmoins connues de longue date puisque sur la place du village un panneau nous explique que Tokugawa Ieyasu (encore lui !) en aurait fait porté à Tokyo pour son usage personnel.

Comme nous l’avons souligné au début, une des caractéristiques de la source est sa très forte température. Elle serait de 94°C à la source : il faut donc la refroidir avant de l’utiliser pour se baigner. Mais il ne faut pas la diluer sous peine d’en perdre les bénéfices, c’est pourquoi deux techniques ont été mises au point pour ce faire.

La première est le Yubatake (湯畑), littéralement « le champ d’eau chaude ». Il s’agit d’une impressionnante construction faite de multiples canaux en bois qui trône sur la place du village. L’eau passant dans ces canaux se refroidit naturellement au contact de l’air avant d’être redistribuée dans les différents bains du village. Il y a bien sûr de nombreux bains payants et autre ryokans, mais de-ci de-là on trouve également des bains gratuits, simples cahutes de bois abritant un bain rempli d’eau à une température excessive.

La deuxième est le Yumomi (湯もみ). Une technique qui n’est plus guère pratiquée de nos jours sinon à l’occasion d’un spectacle payant qui sera un point de parcours obligé pour tout touriste qui se respecte, ne serait-ce que pour entendre chanté en live le chant traditionnel qui l’accompagne. Elle consiste à remuer le bain, comme on ferait avec son café/thé, avec en guise de cuiller une longue planche de bois. Dès lors, le chant est nécessaire pour garder le rythme et la motivation ! Comme on peut s’en douter, la durée de cette tâche de Sisyphe implique un chant avec de nombreuses strophes. Voilà un rapide tentative de traduction de certaines d’entre elles.

Venez voir une fois le bon village de Kusatsu
Où dans la vapeur même des fleurs fleurissent

Bonheur de printemps dans la neige fine
Flotte la silhouette de l’être aimé

A l’automne dans le bon village de Kusatsu
Une rivière d’eau chaude charrie des feuilles écarlates

Ni les médecins, ni les eaux de Kusatsu
Ne sauraient guérir les maladies d’amour

Je ne saurais dire avec certitude si c’est le lieu décrit dans la troisième strophe ci-dessus, mais à l’ouest du village se trouve une petite combe où coule une rivière et où l’on trouve de multiples mares d’eau chaude. En haut de cette combe un bain en plein air le bain en plein air de « Sai no Kawara » (西の河原). L’entrée est payante (quelques centaines de yens) mais le lieu est chaudement recommandé : le bain est immense, il y a une vue sur la forêt et les montagnes environnantes et lorsque nous y étions nous avons même eu le droit à la fine neige de printemps. D’ailleurs mesdames, si la silhouette de l’être aimé tarde à apparaître comme dans la chanson, n’hésitez pas à poursuivre sur le chemin qui remonte à droite du bain : vous aurez une vue complètement dégagée sur le bain des hommes (messieurs ne rêvez pas, le bain des femmes est lui protégé des regards indiscrets par de hautes palissades).

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Gala-gla

mars 19, 2012

Avant que la saison de ski ne soit tout à fait finie, il est grand temps de poster ce compte-rendu de ma première escapade à Gala Yuzawa.

« Un long tunnel entre les deux régions, et voici qu’on était dans le pays de neige »

Il en aura fallu du temps pour que je mette finalement le pied dans la préfecture de Niigata et que je puisse dépoussiérer la célèbre citation par laquelle tant de jeunes gens on étés introduits à la littérature japonaise. Mais ce samedi, l’expérience était à la hauteur de l’attente. D’un côté l’orient rosissant portait les promesses d’un jour d’hivers radieux, de l’autre, au sortir du souterrain, le blizzard.

Arrivés à Echigo-Yuzawa, étrange sensation de déjà vu, la bordure de la fenêtre du train se situe exactement au niveau du sol, et nous voyons les skieurs impatients se ruer hors du train en légère contre-plongée ! Ce n’est pas tant un rappel du fameux « plan tatami » de Ozu qu’une réminiscence du RER A, et une première pour moi dans le Joetsu shinkansen (Joetsu est le nom de la ligne, le nom du train est « MAX Tanigawa »). A ma connaissance c’est le seul shinkansen à deux ponts, d’ailleurs la combinaison du nez allongé présent sur tous les shinkansen avec la légère surélévation dûe aux deux étages lui donne un air légèrement pachydermique.

Nous repartons pour deux minutes pour arriver au terminus Gala-Yuzawa, la station de shinkansen qui fait également office de station de ski (où alors l’inverse). Nous sommes a moins de une heure et demie de Tokyo, a peine sortis du train que nous voila au guichet pour échanger les forfaits de notre « Gala hikaeri ticket » (un ticket pour une journée qui comprends le shinkansen, le forfait et une réduction de 10% sur la location pour la pas si modique somme de ~13000 yens). Au guichet, les langues parlées par le staff sont indiquées par des pancartes, et il y a même un guichet francophone ! A coté un écran plat nous annonce la couleur : -7 degrés et 340cm de neige (évidemment rien de comparable avec la vague de froid qui a frappé la France au même moment). Forfait échangé, a deux pas, la file pour la location. Le matériel est plutôt bonne qualité par rapport à d’autre stations. Ensuite les casiers (à 1000 yens ils ne sont pas donnés), et à peine le temps de dire « ouf! » nous voilà déjà dans les oeufs, sans avoir même a nous exposer a la neige insistante et au vent hiémal. Du moins pour le moment…

A Gala, les remontées mécaniques portent le nom de voitures. Voitures a l’ancienne, tirées par des chevaux. C’est d’ailleurs l’occasion d’apprendre du vocabulaire : Phaeton, ce n’est pas que une figure mythologique ou une automobile de marque ; mais aussi sociable, barouche, buggy… Et si jamais vous n’avez pas la moindre idée de ce a quoi ces mystérieux attelages ressemblent, pas de panique, il y a une jolie illustration façon art déco sur le fronton de chaque bâtiment de télésiège. D’ailleurs nous voila vite arrivés au terminus de la diligence. Nous enchaînons de suite pour aller au sommet de la station qui culmine a 1181 mètres, et découvrons vite que sur les sièges, avec la neige et le vent de travers nous nous refroidissons vite. Enfin l’arrivee au sommet nous permet de faire notre première descente sur la piste appelée Grenoble, ce qui ne manque pas de réjouir l’ami savoyard avec qui je suis parti.

La station de Gala n’est pas bien grande, les pistes ne sont pas bien pentues, par contre la neige est au rendez-vous en termes de qualité et de quantité (peut-être même un peu trop sur ce dernier point). Le matin toutes les pistes ne sont pas ouvertes, et nous commençons a tourner en rond sur les deux pistes qui sont ouvertes en premier quand, a l’approche de l’arrivée du télésiège nous entendons une annonce comme quoi une nouvelle partie du domaine est ouverte : juste le temps d’arriver et nous sommes parmi les tous premiers a faire les traces dans la neige ! Notre chance ne devait pas s’arrêter la : alors que un peu plus tard nous redescendions pour vérifier si la liaison avec une autre partie du domaine était ouverte, nous voyons un pisteur (ici ils s’appellent patororu) discuter avec trois japonais et leur ouvrir la piste. La encore nous sommes les premiers a faire la trace dans la neige tout juste tombée.

Par contre certaines pistes ne devaient pas ouvrir du tout ce jour la. Depuis le télésiège nous voyons le staff de la station descendre le long des pistes fermées, avec de la neige jusque la poitrine, pour remonter les piquets de délimitation des pistes sur le point de se faire submerger par la nouvelle neige.

Comme le fait justement remarquer mon ami savoyard, nous sommes dans une station facile a atteindre depuis Tokyo, donc sûrement branchée : encore plus que a Hakuba, la musique (une soupe J-pop qui varie de audible a infâme, parsemée de quelques bons morceaux qui s’ils ne sont effectivement pas désagréables a écouter n’en sont pas moins hors de propos) est omni-presente, et parfois (sous les poteaux de télésièges) au niveau sonore d’une discothèque. Ah… le calme de la montagne.

Toute journée au ski mérite son katsukare (curry avec côtelette de porc pane), dont acte. Mais a peine assis, voila qu’arrive une petite famille japonaise qui nous demande si ils peuvent prendre nos sièges une fois que nous aurons fini. Il faut dire qu’il y a foule. Mais du coup alors que nous venions juste de commencer de manger, les enfants de la famille nous regardaient avec de grands yeux affamés comme les petits orphelins dans la boulangerie… Enfin heureusement, ils ont fini par pouvoir manger leurs spaghetti bolognaises !

Sur le chemin du retour, nous avons pu profiter d’être assis a l’étage supérieur du shinkansen, qui est vivement recommande si vous voulez voir autre chose pendant le trajet que des murs anti-bruit. Entre les stations de Gala et de Echigo-Yuzawa, sur la gauche, un adorable petit temple dans la foret : le haut du tori vermillon qui garde tant bien que mal la tête hors de la neige a attire mon regard, tandis que juste dans l’alignement le toit du temple, recouvert de trois mètres de neige est seul a dépasser de la couche de trois metres de neige.

Après cette expérience intéressante mais rude a Gala, j’ai eu la chance de pouvoir y retourner, cette fois-ci par beau temps. Ce qui m’a permis de prendre quelques photos et a permis a un ami canadien de faire la video du début de l’article.

Hakubababa, j’en suis bibi !

janvier 14, 2012
De Hakuba Janvier 2012

De retour dans les Alpes du Nord, où plutôt dans leur contreforts, pour la première sortie de ski de l’année. Profitant d’un jour férié, le jour du « passage à l’âge adulte » (成人の日) qui voit tous les jeunes fêtant leur vingt ans dans l’année vêtir leur plus beaux kimono pour aller au temple, nous partons pour un week-end de trois jours organisé par Tokyo Gaijin. Tokyo Gaijin est une sorte d’association visant principalement les étrangers. Comme ils organisent le séjour pour un grand nombre de personnes (~50) ils peuvent bénéficier de réductions qui doivent leur permettre de faire la petite marge nécessaire à leurs opérations tout en nous proposant un prix décent pour de bonnes conditions de transport (bus dédié) et d’hébergement.

Premier bon point, dans notre respectable (comme dans « un âge respectable) ryokan, nous avons un onsen, ce qui nous évite les péripéties de l’an dernier. La temperature de l’eau est même très chaude, je pense que c’est pour éviter que les hôtes ne passent trop de temps dans le bain, créant ainsi l’embouteillage.

Un autre bon point, c’est que nous avons les petits-déjeuner et les dîners compris, ce qui nous évite d’avoir à dévaliser la combini pour nous sustenter.

Mais le mieux, c’est que nous allons skier dans trois stations différentes, et après tout si nous sommes au Japon c’est bien pour voir du pays ! En effet le village d’Hakuba comporte de nombreuses stations, reliés de façon pratique par des navettes gratuites circulant environ toutes les demi-heures. Le point névralgique du réseau, Hakuba Happo Information Center est situé à deux pas de notre hôtel.

Le premier jour nous allons à Tsukaike Kogen (栂池高原). Il s’agit d’une station plutôt petite, que je pense les tout débutants apprécierons particulièrement : le bas de la station est une étendue quasiment horizontale sillonée par quatres télésièges. Je me dis que la station porte bien son nom (Kogen signifie plateau). Les rares pistes noires indiquées sur le plan par contre sont en fait plutôt des pistes rouges qui sont néanmoins bien agréable alors que nous skions sur le blanc velour tombé pendant la nuit. Un bon choix pour ne pas commencer l’année de façon trop brutale.

Au rayon des curiosités, le télésiège avec une seule place, dommage qu’il ait été désaffecté. Puis, alors que je suis tranquillement abrité dans la gondola (c’est le mot anglais/japonais pour les oeufs) je vois arriver, en face, sur le chemin de la descente donc, un vieux monsieur grisonnant et bedonnant qui redescent dans une cabine à toit ouvert. Alors qu’il se rapproche, et le voyant immobile et impassible, je me dis intérieurement qu’il a bien du courage pour ne pas trembler devant l’altitude et le froid dans son costume blanc. Las ! Il s’agit du colonel Sanders (en statue) qui fait de la réclame pour le KFC se trouvant en haut des pistes !

J’arrive à prendre la gondola à 16h18 alors que elle ferme à 16h20. Donc je me retrouve au sommet à 16h40. Et en hiver, au Japon, il fait… …nuit ! Heureusement la plupart des stations propose du ski en nocturne et ont les éclairages adéquats. Au long de la descente, les taches oranges et bleues des lumières altérnées donnent un éclairage féérique à la piste, mais sont de peu de secours en ce qui concerne la vue du relief !

Le deuxième jour, nous voilà en route pour Iwatake (岩岳). C’est également une petite station, qui a une position un peu inhabituelle : la gondola amène directement au sommet, et de là les pistes partent en étoile. Il semblerait que cette station ait les meilleures vues sur le massif environnant (au sommet nous avons une vue à 360°). Dommage, durant les trois jours les nuages bas nous empêchent de contempler le paysage. Enfin nous avons quelques vues sur la vallée, mais aucune sur les montagnes des Alpes du Nord environnantes. Les pistes ont un niveau un peu plus relevé, mais, sans que je sache pourquoi la plupart des pistes noires indiquées sur le plan étaient fermées. L’autre inconvénient de la disposition en étoile c’est d’un point de vue cartographique : il n’est pas évident de représenter cela de façon claire, en conséquence de quoi il n’est pas évident de trouver la bonne piste. Bon faut dire que le -7°C en début de matinée ne donnait pas trop envie de sortir la carte/enlever les gants.

Le troisième jour, nous allons skier à Happo One (八方尾根, il semblerait que « One » n’ait rien à voir avec le d’adjectif numéral anglais). Il s’agit de la station qui a acceuilli les épreuves de vitesse des Jeux Olympiques de Nagano, à savoir la descente et et super-G. La station est la plus grande des trois auxquelles nous sommes allés cette fois-ci, et elle est également légérement plus grande que Hakuba Goryu/47 où nous étions l’an passé. Mais rien de grandiose pour qui est habitué aux immenses domaines des Alpes. D’ailleurs la descente masculine avait fait légérement débat à l’époque des Jeux Olympiques car jugée trop courte par les autorités de la fédération internationale de ski.

La visibilité est réduite à son strict minimum alors que d’énormes flocons tombent sans discontinuer pendant toute la matinée et une bonne partie de l’après-midi. En haut des pistes nous retrouvons quand même les cabanes qui ont servi aux départs de la descente femme et homme. D’où se sont élancés le fortuné Jean-Luc Crétier et l’un peu moins fortuné (pour la descente) Hermann Maier.

Happo semble être la station « sérieuse » de la région : il y a beaucoup moins de pistes pour les débutants, et l’on voit depuis les télésièges un grand nombre d’excellents skieurs dévaller les pistes.

Pour finir, le fait d’être allé dans ces trois stations trois jours d’affilé m’a permis de remarquer un petit détail amusant dans les noms des gondolas de ces différent domaines : à Iwatake, elle est nommée « Noah » (« Noé » en anglais), à Tsugaike, elle est nommée « Eve », et à Happo, « Adam » !